Accueillir mon frère homosexuel ? Oui ! Me satisfaire de tout tolérer ? Non !

6 novembre 2014

 
« Charles, “homo”, une étiquette qui me colle à la peau depuis mon adolescence ! »
« Caroline, la lesbienne, un adjectif qui définit ce que je suis aux yeux de tous ! »
Mais nous ne pouvons accepter une telle stigmatisation.

« Charles, tu es d’abord un enfant d’homme, une personne humaine avec toutes ses richesses, et ce terme d’homosexuel ne saurait dire qui tu es. »
« Caroline, te présenter comme “la lesbienne” n’a aucun sens, toi aussi, tu es d’abord une personne humaine appeler à réaliser ta vie humaine, riche de toutes les qualités qui sont en toi ! »

Après avoir appelé Simon et André, Jacques et Jean ainsi que Lévi - les premiers ne sont que des pécheurs du lac de Galilée, des braves types, sans plus, et Lévi lui, un odieux collabo allié à la pègre locale -, Jésus est à table à la Maison. Autour de lui, des gens peu recommandables à bien des égards et tous les “gens bien” sont scandalisés et ils le disent : « Comment ! Il se dit prophète et il mange avec des moins que rien ». Alors, Jésus leur rétorque : « Ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin du médecin, mais les malades, je ne suis pas venu appeler “les justes”, mais tous les paumés de la terre ». Jésus accueille tout le monde sans commencer par demander aux uns et aux autres les étiquettes qui leur collent à la peau et si nous acceptions nous aussi de nous accueillir les uns les autres avant de porter des jugements à l’emporte-pièce qui cataloguent à tout jamais les uns et les autres.

Faut-il donc, pour autant, sous prétexte de respecter l’autre, accepter son comportement quel qu’il soit, au nom d’une sacro-sainte tolérance dont on nous rabat les oreilles à tord et à travers aujourd’hui ? Au festival d’Avignon, il y a quelques années un spectacle s’intitulait : « L’orgie de la tolérance ». Une mise en scène “hors norme” mettait en lumière les conséquences désastreuses d’un monde où la tolérance serait devenue la règle pour tous face à un monde où l’argent, la violence, le sexe, la volonté de puissance se déchaîneraient jusqu’à régner en maître. Notre monde deviendrait vite un enfer ! Non, la tolérance ne saurait devenir la règle pour notre monde.

La tolérance est-elle pour autant une vertu évangélique ? Non, et pour le comprendre, regardons la manière d’agir de Jésus dans l’évangile. Un jour, les autorités juives lui présentent une femme prise en flagrant délit d’adultère et lui demandent s’ils pouvaient la lapider comme le demandait la loi. Une première remarque m’invite à me demander pourquoi ils n’amènent devant Jésus que la femme, car prise en flagrant délit d’adultère, un homme était également en cause ! Jésus se garde bien de répondre à leur question, mais les invite à regarder leur propre comportement à eux et leur dit : « Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre. » L’évangile note alors qu’ils s’en allèrent à commencer par les plus vieux et Jésus resta seul avec la femme. Jésus peut maintenant regarder cette femme avec tout l’amour de son cœur et lui dire : « Personne ne t’a condamnée, moi non plus je ne te condamne pas ». Si Jésus en était resté là, alors oui, la tolérance serait une vertu évangélique, mais il ajoute : « Va et désormais, ne pèche plus ». Jésus accueille cette femme, comme il accueille tous ceux qui viennent à lui, mais il l’invite à changer de vie car son amour pour elle le porte à souhaiter qu’elle découvre comment l’amour se vit dans la fidélité. Il souhaite qu’elle puisse découvrir la grandeur de l’amour qui unit un homme et une femme avec ses exigences de fidélité, d’indissolubilité, de liberté et surtout d’ouverture à la vie. Tout cela est lié à la nature même de l’amour et tous les chants d’amour que nous entendons sur nos médias aujourd’hui encore le déclinent d’une multitude de manières, car cela n’est pas ringard ! Au contraire, Jésus est toujours en avance par rapport à notre temps. La lumière qu’il nous offre loin d’être un carcan est au contraire le déploiement de toutes les richesses inscrites dans le cœur de l’homme.

Le comportement de Jésus est toujours identique : il accueille tout le monde, quelle que soit sa situation, son amour est toujours premier. Il le sait bien, nous sommes tous des êtres blessés, défigurés par le mal qui habite le cœur de l’homme et il nous invite à arrêter de nous juger, de nous critiquer, de nous rejeter, nous sommes tous des pauvres, des pécheurs – n’ayons pas peur de le dire. Il nous enveloppe de son amour pour nous révéler un chemin de lumière, un chemin de vie et nous inviter à marcher à sa suite pour réaliser le merveilleux projet de Dieu sur nous.

Accueillir l’autre, quel qu’il soit, sans préavis, sans condition, oui, et nous avons vraiment à changer nos comportements pour le vivre. Notre Pape François ne cesse de nous harceler pour nous obliger à une vraie fraternité en Christ avec tous nos frères et en même temps, il nous faut inventer les sentiers de l’amour qui nous permettront à la manière de Jésus de les inviter à changer de vie pour découvrir la joie de vivre dans le Christ au souffle de l’Esprit.

« Chers Caroline et Charles, je voudrais vous accueillir tels que vous êtes, sans vous juger, sans vous critiquer, avec le même amour que Jésus. Je voudrais pouvoir vous dire l’amour de Dieu pour vous, un amour qui - peut-être - viendra bousculer votre vie comme il a bousculé la mienne et vous invitera à prendre ce chemin de lumière, de vie, d’amour que Jésus voudrait pour vous comme pour nous tous. Ce mystérieux sentier de l’Amour, saint Augustin le formulait de manière merveilleuse : “Tu nous as fait pour toi et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose pas en toi”. Puissent ces mots devenir vôtres ! »
 
+ Jean-Pierre Cattenoz,
 Archevêque d’Avignon