Avec le disciple bien-aimé

1er avril 2006

Mot de l’évêque - Église d’Avignon n° 18 - avril 2006

Il y a quelques jours, j’étais avec un groupe de pèlerins en Terre Sainte. Nous avons eu la joie de nous arrêter longuement dans l’église du Saint Sépulcre, pour prier au lieu dit Golgotha, là où Jésus fut crucifié.

Là, au pied du calvaire, je relisais l’évangile de Jean : “Or, près de la croix de Jésus se tenait sa mère, avec la sœur de sa mère, Marie femme de Cléophas et Marie-Madeleine. Jésus voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : “Femme, voici ton Fils”. Puis, il dit au disciple : “Voici ta mère”. Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui.” (Jn 19, 25-27). À aucun moment, l’évangéliste ne nous dit qui est ce disciple bien-aimé. Toute la tradition l’identifie à l’évangéliste lui-même, mais lui se refuse à se nommer et ce n’est pas sans raison. Plus je médite ces textes, plus j’ai la certitude que l’évangéliste reste dans l’ombre car chacun de nous est ce disciple bien-aimé. Nous sommes tous les disciples bien-aimés du Seigneur.

Alors, au pied de la croix, je pensais à chacun de vous et je vous voyais tous, mettant vos pieds dans ceux du disciple bien-aimé. Comme lui, vous étiez présents à la dernière cène ; comme lui, vous pouviez vous pencher sur la poitrine du Seigneur pour entendre battre le cœur de Dieu. Le cœur du Seigneur, à ce moment-là, battait au rythme même de l’amour divin ; il débordait de l’amour même de Dieu pour tous les hommes de tous les temps. Chacun de nous, nous sommes aimés d’un amour unique par Jésus ; à chacun, il peut dire, j’ai donné ma vie pour toi, je t’ai aimé jusque-là !

Au milieu des ténèbres du vendredi saint, nous pouvons nous tenir au pied de la croix, là où était le disciple bienaimé, les yeux fixés sur Jésus et recevant ces ultimes paroles qui s’adressent à chacun de nous : “Voici ta mère ; et chacun de nous peut l’entendre dire à sa mère : “Voici ton fils !” Chacun de nous peut alors, comme le disciple bien-aimé prendre Marie chez lui, pour se laisser enfanter par elle au rythme de l’amour ! Marie est Mère au souffle de l’Esprit et nous sommes ses enfants. Avec elle, nous assistons au dernier souffle de Jésus : “Il remit l’Esprit”. L’Esprit qui planait sur les eaux à l’aube de la création nous est donné de nouveau pour enfanter la nouvelle création et la conduire jusqu’à sa plénitude.

Mais voilà le soldat romain qui s’approche de Jésus, il voit qu’il est déjà mort, mais il se doit de lui donner le coup de grâce : il perce son côté et il en sort de l’eau et du sang ! L’eau symbole du baptême, le sang symbole de l’eucharistie, le baptême et l’eucharistie, les sacrements qui font l’Église. En réalité, des fleuves d’eau vive jaillissent de son côté transpercé. Nous pouvons nous y abreuver pour y refaire nos forces.

Mais ce n’est pas fini, par-delà la nuit du samedi saint, à la parole des femmes, au matin de Pâque, comme le disciple bien-aimé, nous pourrons courir avec Pierre au tombeau ; comme lui, nous courrons plus vite que Pierre, mais nous n’entrerons pas, nous attendrons Pierre, car nous le savons bien la foi ne peut se vivre qu’au cœur de l’Église. Alors, nous entrerons et comme le disciple bien-aimé, nous verrons et nous croirons : oui, il est vivant, il nous précède dans la Galilée de nos vies quotidiennes, c’est là que nous le rencontrerons comme il nous l’a dit.

Au pied de la croix, j’entendais encore Jésus nous dire à tous : “Je ne vous appelle plus serviteur, mais ami, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître !” L’impensable devient réalité, Dieu lui-même nous appelle à vivre une véritable amitié avec lui.

Pendant ces jours de Pâque, n’hésitez pas à mettre vos pas dans ceux du disciple bien-aimé, il vous aidera à entrer dans le mystère de cette amitié à laquelle Jésus nous appelle. Si vous gardez les yeux fixés sur le cœur transpercé de Jésus, l’Esprit Saint vous révélera le langage de l’Amour et dans un cœur à cœur, par-delà toute parole, vous entrerez à votre tour dans ce mystère de l’amitié à laquelle Jésus vous invite.

Je vous souhaite à tous une sainte fête de Pâque dans la joie du Ressuscité : oui, il est vivant et il nous ouvre le chemin de la vie, lui l’initiateur de toute vie.

+ Mgr Jean-Pierre CATTENOZ
Pâque 2006