Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’au bout !

avril 2004

Une nouvelle fois, nous sommes invités à suivre Jésus sur le chemin de sa Pâque, à nous laisser entraîner par lui pour passer avec lui de ce monde à son Père. Avec toute la foule, nous pouvons l’accueillir et l’acclamer, lui notre Roi, au moment où il entre dans Jérusalem : “Béni soit celui qui vient, lui, notre Roi, au nom de Seigneur. Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux !” Mais comment oublier qu’il était alors monté sur un ânon, le petit d’une ânesse, mystère de l’humilité de Dieu, lui le Prince de la Paix, de Bethléem au Golgotha.

Le lendemain, nous pourrons entrer avec lui dans le Temple, le voir se faire un fouet de cordes et chasser vendeurs et changeurs avec leurs bêtes, leur table et leur monnaie avant de l’entendre s’écrier : “Ma Maison est une maison de prière et vous en avez fait un repaire de brigands”. Or le Temple de Dieu est sacré et ce Temple, c’est nous.
Au matin du Jeudi saint, avec les disciples, nous pourrons assister aux pré­paratifs de la Pâque et rejoindre les douze dans la chambre haute. Avec le dis­ciple bien-aimé, alors qu’il fait déjà nuit, nous aurons à nous pencher sur la poi­trine de Jésus pour entendre battre le cour de Dieu, ce cour lourd de tout le péché du monde mais surtout débordant de l’amour divin qui a soif de se ré­pandre, de se communiquer, de se donner, qui a soif du salut du monde, de mon salut.

Nous aurons ensuite à sortir du Cénacle pour accompagner Jésus jusqu’au jardin des Oliviers. Jésus nous appellera à veiller et à prier pour ne pas en­trer en tentation, mais comme Pierre et les autres, nous ferons l’expérience de notre incapacité à veiller avec lui, au moment même où sa sueur devint comme des gouttes de sang sous le poids de la souffrance, de cette souf­france qui l’accable, sous le poids du péché du monde, sous le poids de mon propre péché. Il m’a aimé jusque-là ! Et au moment même où cette souf­france l’envahit, Jésus laisse transparaître l’intimité inouïe qui l’unit à son Père, l’appelant du nom utilisé par l’enfant pour s’adresser à son Père : “Abba !” “Papa !”.

Mais déjà la troupe arrive avec lampes, torches et bâtons, Judas est à sa tête. D’un baiser, il trahit son Seigneur, au moment même où celui-ci, d’un mot, leur révèle le mystère de son être divin : “Je suis”. Les soldats se sont emparés de lui, le voilà lié. Avec le disciple bien-aimé, nous pourrons entrer dans la maison du grand-prêtre et nous approcher du feu pour nous y réchauffer avec Pierre au moment où il reniait son Seigneur : “Je ne connais pas cet homme, je ne sais pas de qui vous voulez parler.” Comment ne pas repenser à tous nos propres reniements alors même que nous croisons le regard de Jésus qui se pose sur Pierre, que nous entendons le coq chanter et assistons à l’effondrement de Pierre écla­tant en sanglots. Seigneur, aie pitié de moi pécheur, tu le sais bien, tu sais que je t’aime !

De chez Anne, il est conduit pour être condamné par le grand Conseil avant d’être transféré chez Pilate qui seul pouvait donner l’ordre d’exécution. Mais le voilà bafoué, défiguré, couronné d’épines, un sceptre de roseau à la main, il n’a plus figure humaine : “Ecce homo”, “Voici l’homme !” Nous voudrions rester là à le contempler, lui notre Seigneur et notre Sauveur, à communier à sa souf­france pour entrer dans le mystère : “Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique”. Pilate donnera l’ordre d’exécution du Fils bien-aimé et il or­donnera que soit libéré “Barrabas”, “le Fils du Père” devenu un criminel : par ta Croix, Seigneur, tu nous rends la vie.

Toujours avec le disciple bien-aimé, nous pouvons accompagner Jésus jusqu’au pied de la Croix et nous tenir là avec la sainte Vierge ; le regard de Jésus se po­sera sur nous et nous l’entendrons nous dire : “Voici ta Mère” et dire à celle-ci “Voici ton fils !” Alors, comme le disciple bien-aimé, nous pourrons prendre Ma­rie chez nous, elle deviendra notre Mère pour nous enfanter et faire de nous les membres du corps de son Fils. Mais déjà Jésus vient d’expirer ou plus exactement, il vient de remettre l’Esprit, de répandre l’Esprit pour que naisse un monde nou­veau, une création nouvelle. À l’aube de la création, l’Esprit planait sur les eaux : de nouveau l’Esprit est là pour donner vie à la nouvelle création.

Les soldats arrivent pour achever les condamnés ; l’un d’eux s’approche de Jésus, il est déjà mort mais d’un coup de lance, il lui transperce le côté et il en jaillit de l’eau et du sang. Les torrents d’eau vive jaillissent et descendent de son cœur transpercé pour redonner vie au monde. Par les eaux du baptême et par l’eucharistie, je peux reprendre vie, cette vie pour laquelle Dieu m’a élu en lui dès avant la création du monde, déterminant par avance que je serais pour lui un fils par adoption. Sa propre vie divine, il me la donne en son Fils, le Bien-Aimé.
Maintenant, avec Joseph d’Arimathie, lui qui attend le Royaume de Dieu, je peux aller demander le corps de Jésus, Pilate croit ne nous remettre qu’un cadavre, mais moi, je le sais, je reçois le corps de mon Seigneur ! Avec Marie et les Saintes Femmes, nous assistons à la mise au tombeau dans la foi pure et l’espé­rance.

Au matin de Pâque, dans la nuit, les Saintes Femmes partent au tombeau, il est vide, mais deux hommes se présentent à elles et leur disent : “Pourquoi cher­chez-vous le Vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici, il est Ressuscité !” Quand elles racontent tout cela aux Apôtres, leurs propos leur semblent délirants et ils n’y croient pas. Comme eux, nous sommes lents à croire mais Jésus nous rejoint au moment même où nous repartons de Jérusalem, tout tristes. Il nous rejoint là où nous en sommes et il nous oblige à faire la lumière sur nos vies, sur tout ce qui habite notre espérance. Il chemine avec nous, à nos côtés et progressivement, il nous explique les Écritures et notre cour est tout brûlant alors même qu’il ouvre notre esprit à l’intelligence de sa Parole. Nous voudrions bien rester à cheminer avec lui en ce soir de la Pâque, mais déjà il se fait tard. Nous l’invitons bien à res­ter avec nous, mais lui nous offre son corps en nourriture. Il nous partage le pain, pour nous aider à comprendre comment désormais nous pourrons le rejoindre, le retrouver et continuer à cheminer avec lui sur le chemin de nos vies quoti­diennes le cour tout brûlant de le savoir là à travers sa parole et son corps eu­charistique. Il est là ! Il est là avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde !

Bonne fête de Pâques à tous.

+ Jean-Pierre Cattenoz
Avril 2004