C’est l’Amour seul qui compte !

mars 2004

De nouveau des murmures montent dans la fraternité chrétienne naissante : les frères de langue grecque se plaignent de voir leurs veuves toujours désavantagées dans les distributions ! Une telle situation ne cesse de se reproduire ; déjà, à peine sortis de l’esclavage de l’Égypte, le peuple de Dieu ne cesse de murmurer, de récriminer contre Moïse et contre Dieu et, de génération en génération, des murmures, des jugements, des récriminations ne cessent d’habiter le cour des hommes.

Jésus ne nous a-t-il pas laissé un unique commandement : nous aimer les uns les autres comme il nous a aimés. La fraternité chrétienne trouve dans ce commandement son fondement, sa lumière, sa vie et ces paroles de Jésus viennent confirmer cette certitude : “C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres qu’on vous reconnaîtra pour mes disciples”. L’apôtre saint Jean, de son côté, a pu écrire dans sa première lettre ces mots terribles : “Mes bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, puisque l’amour vient de Dieu. Tous ceux qui aiment sont enfants de Dieu et ils connaissent Dieu. Celui qui n’aime pas ne connaît pas Dieu car Dieu est amour” (1 Jn 4, 7-8). Nous pouvons vérifier notre amour pour Dieu à la mesure de notre amour pour nos frères : “Si quelqu’un dit : “J’aime Dieu” alors qu’il a de la haine contre son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère qu’il voit est incapable d’aimer Dieu qu’il ne voit pas” (1 Jn 4, 20).

En même temps, nous touchons sans cesse du doigt notre incapacité à aimer vraiment et cela serait dramatique si, au jour de notre baptême, Dieu n’avait pas greffé dans nos capacités d’aimer son propre amour divin et si l’amour de Dieu - au dire de saint Paul - n’avait pas été répandu en nous par l’Esprit Saint qui nous a été donné (cf. Rm 5, 5). Mais, malgré tout, trop souvent, le manque de charité est un véritable cancer qui mine nos communautés chrétiennes et diocésaines. Nous n’arrêtons pas de porter des jugements les uns sur les autres, nous n’arrêtons pas de nous critiquer les uns les autres. Et le démon sait très bien comment mettre par terre une communauté chrétienne, il y sème quelques germes de divisions ! Alors, pendant le carême, puissions-nous demander au Seigneur qu’il nous renouvelle dans son amour, qu’il vienne au secours de notre faiblesse et qu’il vienne lui-même être source d’amour entre nous car seule la charité édifie.

Mais, revenons aux Actes des Apôtres pour examiner comment la fraternité naissante va résoudre ce conflit : d’abord les Douze convoquent l’assemblée des disciples et ils commencent à rappeler que leur mission d’apôtres n’est pas de délaisser le service de la prière et de la Parole pour le service des tables. Ils demandent donc à l’Église de désigner des hommes pour ce service en précisant quels devaient être les critères de choix : “Des hommes estimés de tous, remplis de l’Esprit Saint et de Sagesse ; et ils ajoutent : nous leur confierons alors le service des tables” (cf. Ac 6, 3-4). Les premiers diacres ont ainsi été désignés par la communauté en fonction de ces critères, mais en même temps, ils reçurent leur mission des Apôtres qui, après avoir prié, leur imposèrent les mains. Nous ne devrions jamais oublier ces critères de discernement : l’estime de tous, la sagesse et surtout la présence de l’Esprit Saint remplissant celui qui est pressenti pour un ministère. Mais il ne faut pas l’oublier non plus : dans la fraternité chrétienne, toute mission est reçue, on ne se la donne pas à soi-même, on la reçoit de l’Église après discernement des frères.

À peine le conflit résolu, les Actes ajoutent : “La Parole du Seigneur était féconde, le nombre des disciples se multipliait fortement...” (Ac 6, 7). Dès que la fraternité naissante a retrouvé son unité dans la charité, immédiatement, la fécondité de la Parole de Dieu éclate et le nombre des disciples se multiplie. Les Actes soulignent ainsi la puissance de la Parole de Dieu : elle touche les coeurs et les féconde pour faire naître en eux la foi et conduire ceux qui la reçoivent à dire aux Apôtres : “Frères, que devons-nous faire ?” Et ceux-ci ne diront jamais autre chose que Pierre dans la lumière de la Pentecôte : “Convertissez-vous et que chacun de vous se fasse baptiser pour la rémission de ses péchés et vous recevrez le don de l’Esprit Saint”. La conversion est une étape indispensable, la Parole de Dieu en illuminant les coeurs conduit l’homme à faire la vérité en lui et à changer de vie, à faire l’apprentissage de la vie en Christ sous la conduite de l’Esprit Saint. Cet apprentissage est sans cesse à reprendre pour grandir dans cette vie nouvelle et à entrer dans cette grande fraternité des enfants de Dieu dont l’unique règle est de se laisser habiter et conduire par l’Esprit Saint sur le chemin d’une vie fraternelle et d’une amitié vraie et avec Dieu et avec nos frères.

+ Jean-Pierre Cattenoz
Mars 2004