Communiquer : oui ! Mais comment ?

1er février 2006

Mot de l’évêque - Église d’Avignon n° 16 - février 2006

La communication, ce mot est devenu l’objet de toutes nos prévenances. Nous n’arrêtons pas de communiquer. Nous utilisons Internet, les systèmes wifi, wap… Les emails s’accumulent dans les boîtes aux lettres de nos ordinateurs. Beaucoup d’entre nous ont des téléphones portables qui viennent vous agresser ou plutôt vous permettre de rester branché à toute heure du jour ou de la nuit. Tous ces outils sont merveilleux et nous permettre de communiquer plus vite et plus facilement qu’autrefois ; il faut s’en réjouir.

Mais que penser de ces gens que vous croisez dans la rue – quand ils ne vous bousculent pas – et qui ressemblent à des extraterrestres : ils pianotent sur leur portable pour rédiger un texto dans une langue ignorant allègrement les règles de grammaire, inattentifs à tout ce qui se passe autour d’eux attentifs seulement à l’envoi du texto dont l’urgence est peut-être tout à fait relative. Mais que penser de ces gens qui mettent dans leurs oreilles des écouteurs de la dernière génération pour pouvoir se couper du monde et écouter enfin un morceau de rap qui ne saurait attendre ! Est-ce cela communiquer ? Sans parler des milliers d’affiches qui couvrent nos murs, elles sont comme autant d’appâts nous invitant à communiquer et à consommer. Des cabinets entiers se sont formés de consultants en communication pour nous permettre d’utiliser au mieux tous ces merveilleux outils.

Par ailleurs, l’homme est un être extraordinaire, il a une capacité merveilleuse de se fermer les yeux pour ne pas voir tout ce monde qui l’agresse à chaque instant et la stratégie en communication devient de plus en plus subtile et difficile. Mais cet aveuglement est également quelque chose d’horrible, j’arrive à ne plus voir mon prochain malgré une acuité visuelle parfaite – 10 sur 10 –, j’arrive à l’ignorer totalement et à vivre dans la coquille de mon égoïsme avec une perfection sans faille.

Il y a certainement à nous interroger tous pour redécouvrir ce qui donne tout son sens à la communication : le besoin et le désir que nous avons de nous ouvrir aux autres, la joie de nous émerveiller devant toutes nos complémentarités, la joie de nous enrichir des richesses de nos frères et sœurs. En un mot la communication n’a-t-elle pas pour but de nous permettre de vivre en communion les uns les autres. Mais il n’y a pas de communion ni d’ailleurs de fraternité sans amour, sans charité au sens fort, nous avons à en être les témoins.

Seul l’amour de charité me permettra de m’ouvrir véritablement à mes frères pour les écouter, les accueillir et découvrir combien nous sommes liés les uns aux autres dans le projet de Dieu. Seul l’amour de charité dont nous parle Saint Paul franchira toutes les frontières, toutes les barrières pour établir enfin une véritable communication : “La charité est longanime ; la charité est serviable ; elle n’est pas envieuse ; la charité ne fanfaronne pas, ne se gonfle pas ; elle ne fait rien d’inconvenant, ne cherche pas son intérêt, ne s’irrite pas, ne tient pas compte du mal ; elle ne se réjouit pas de l’injustice, mais elle met sa joie dans la vérité. Elle excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout.” (1 Co 13, 3-7).

Si nous voulons œuvrer pour une meilleure communication au cœur de nos communautés chrétiennes et de nos villages, nous devons mendier auprès du Seigneur cet amour qui dépasse toutes nos capacités humaines et qui ne peut être qu’un don de Dieu, celui que le Seigneur nous a fait sur la croix : de son cœur transpercé continuent de couler des fleuves de vie, des torrents d’amour qui nous rejoignent pour nous permettre de grandir sur le chemin de l’amour véritable. L’Esprit Saint sera le grand artisan de notre croissance dans l’amour. Comme nous l’a dit Paul, ne l’oublions pas : “L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné” (Rm 5, 5).

+ Mgr Jean-Pierre CATTENOZ
Février 2006