« Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous »

décembre 2005

Au moment d’écrire cet éditorial, les yeux tournés vers la venue de l’Emmanuel, des voitures brûlent chaque nuit, des jeunes expriment comme ils peuvent leur souffrance ; d’autres - peut-être - attisent cette flambée de violence.

Chaque nuit, des cocktails Molotov éclatent pour incendier, casser, détruire. Les forces de l’ordre et les pompiers sont lourdement mis à contribution pour éteindre des incendies qui sont le reflet d’une société où trop de personnes se sentent exclues, marginalisées et n’arrivent plus à percevoir le sens de leur vie et leur avenir. De même, dans le cadre de ma visite pastorale des mouvements, beaucoup m’ont dit leur souffrance devant tant de jeunes en état de précarité, tant de familles à la dérive et en même temps devant l’égoïsme qui habite notre société et chacune de ses composantes.

Dans son amour infini, Dieu est le premier à souffrir de cette situation et il n’a pas d’autre parole que son Fils qui s’apprête une nouvelle fois à venir naître au cœur de ce monde, dans le silence d’une nuit de Noël. Lui, le Fils bien-aimé du Père, la source de toute vie, la lumière du monde, lui qui est le chemin, la vérité et la vie, il vient prendre chair dans une crèche car il n’y a pas de place pour lui au cœur de ce monde.

En même temps, il ne nous demande qu’une seule chose : l’accueillir, le laisser naître en nous. Son seul désir est de pouvoir prendre chair en nous. Alors, le vieil homme pourra vraiment mourir en nous, notre vie baptismale pourra déployer toutes ses richesses, et nous pourrons grandir en enfant de lumière. Et la joie de l’Emmanuel sera de pouvoir rayonner sa lumière dans ma vie, dans ma famille, dans toutes mes relations. Le plus beau cadeau que je puisse offrir en ces jours de Noël, n’est-il pas justement cette lumière de Dieu qui a soif de dissiper nos ténèbres pour nous permettre à tous de vivre dans la lumière.

Dans notre pays, l’Église est devenue minoritaire, nous sommes souvent la risée des médias et de certains courants qui traversent notre société. Certes, nous avons à prendre acte que bien souvent nous sommes ceux qui ne pensent pas comme tout le monde. Pourtant, à la manière de l’Emmanuel, nous avons à être présents et actifs au cœur de notre société. Notre monde désemparé a besoin de chrétiens porteurs de la lumière du Christ, témoins concrets de son amour et le rayonnant tout simplement, sans tambour ni trompette.

Nos communautés chrétiennes paroissiales ont-elles aussi à vivre la grâce de Noël, chacune à sa manière. Chacune doit accueillir l’Emmanuel, le laisser prendre chair en son sein et se laisser habiter et transformer par sa présence. De même, les mouvements sont invités à vivre le mystère de Noël à leur façon au cœur de notre Église. Notre Église diocésaine, dans ses différentes instances diocésaines, doit, elle aussi, se laisser façonner par l’Emmanuel pour rayonner toujours mieux la lumière du Christ.

La Vierge Marie a enfanté Dieu dans la nuit de Noël, elle a enfanté le Christ, elle continue à enfanter dans la puissance de l’Esprit Saint le corps du Christ, le corps de son Fils qui est l’Église. Puissions-nous tous nous laisser enfanter par elle et la laisser exercer sa maternité divine sur chacun de nous et sur chacune de nos communautés.

En cette veille de Noël, je voudrais vous souhaiter à tous d’accueillir l’enfant Dieu, de le laisser naître en vous et en vos communautés, laissez-vous habiter par lui ; peut-être il vous bousculera un peu, mais il le fera à sa manière divine et au bout du compte, nous en sortirons tous grandis. Alors, nous pourrons apporter à notre société et à chacun de nos contemporains ce dont ils ont le plus besoin aujourd’hui, la présence de Celui qui seul peut révéler à l’homme qui il est et quelle est sa vocation.

Bon Noël à tous et par avance bonne année dans la lumière de l’Emmanuel !

+ Mgr Jean-Pierre CATTENOZ
Décembre 2005