Être missionnaire…

1er octobre 2006

Mot de l’évêque - Église d’Avignon n°22 - Octobre 2006

Le mois d’octobre est dans l’Église, le mois des missions et de nombreuses activités vont nous être proposées dans chacune de nos paroisses. Des prêtres, des catéchistes, des “témoins” viendront nous partager ce qu’ils vivent dans leurs Églises d’Afrique ou d’Asie. Nous pourrons ainsi percevoir la réalité de la mission sur le terrain.

A N’Djamena au Tchad, le diocèse achète des terrains dans les quartiers neufs, pose une clôture, construit un podium, pose des parpaings en guise de sièges et l’eucharistie peut être célébrée. Inutile de construire des Églises, elles seront trop petites en quelques semaines ou mois. Alors on construira seulement une maison paroissiale et un oratoire pour la réserve eucharistique et la prière silencieuse au pied du tabernacle. A Dédougou, au Burkina Faso, il faudra assurer la formation des familles qui arrivent à l’école des catéchistes ; les cours de formation à la transmission de la foi alternent avec des cours d’agriculture pour les hommes et d’hygiène maternelle et infantile pour les femmes. Pendant ce temps-là, les enfants qui arrivent des quatre coins de la région apprennent vite à communiquer entre eux malgré l’obstacle de la multiplicité des langues, mais, eux aussi, auront leur formation. A Bousso dans la brousse du Tchad, il faut trouver des vélos et des Mobylettes pour les catéchistes pour leur permettre d’aller annoncer la bonne nouvelle dans les villages les plus reculés. Partout, il faut construire des séminaires, assurer la vie des séminaristes, trouver des professeurs et les prendre en charge.

Nous pouvons ainsi participer à la mission d’une manière très concrète par nos dons le jour du dimanche des missions et cela n’est pas rien. Il y a une urgence à aider les jeunes Églises dans leur fonctionnement le plus quotidien. Nous avons à être attentifs à ces besoins matériels de la mission car je connais de nombreux diocèses où les économes diocésains ne savent plus que faire pour trouver de quoi permettre aux prêtres et à l’ensemble du personnel missionnaire de vivre et d’œuvrer pour le service de l’Église et pourtant tous vivent beaucoup plus pauvrement que nous.

Dans le diocèse, nous participons également à la mission en accueillant des prêtres venant de jeunes Églises pour un temps de formation en vue de devenir à leur tour des formateurs pour leur Église.

Il y a aussi des jeunes qui décident au nom de leur foi de partir pour le service de la mission soit avec “Fidesco”, soit avec “Point cœur” ou d’autres organismes. De jeunes retraités décident également de mettre leur compétence au service d’Églises dans le besoin. Je connais ainsi un boucher charcutier retraité qui part régulièrement passer un mois dans un pays d’Afrique pour former des jeunes à faire de la charcuterie qui pourra se conserver. J’ai rencontré un “métallo” qui occupe sa retraite en allant régulièrement dans le sud du Tchad pour former des forgerons aux techniques modernes pour pouvoir faire des roues de charrette, des socs de charrue ou des portes et des fenêtres pour une mission, parfois même en utilisant les carcasses de véhicules laissés sur le terrain à la suite d’une guerre.

Il y a enfin un autre aspect important de la mission que nous oublions trop souvent. Quand j’étais étudiant à Toulouse autrefois, lors d’une rencontre avec Dom Helder Camara, l’évêque célèbre du Nordeste brésilien, un étudiant lui avait demandé : “Mais qu’est-ce qu’on peut faire pour vous aider ?” Dom Helder Camara avait répondu : “Soyez missionnaires partout où vous Êtes et chaque jour de votre vie, alors vous serez pour nous un véritable soutien !” Il nous aidait à prendre conscience de la dimension missionnaire qui est partie intégrante de la vie baptismale. Pas moyen d’avoir vraiment rencontré Jésus-Christ sans sentir jaillir en nous le besoin de partager aux autres cette bonne nouvelle ! Oui, “malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile” nous dit saint Paul.

Sur ce dernier point, puissions-nous tous nous interroger car, par peur ou par timidité, ou encore sous prétexte de respecter la liberté de chacun, nous n’avons ni l’audace, ni le courage d’une annonce explicite de Jésus. Mais comment nos frères pourront-ils rencontrer le Christ s’ils ne trouvent pas sur leur chemin des chrétiens qui leur diront : “Toi aussi, viens et vois ? N’oublions jamais que la plus grande missionnaire de tous les temps, ce fut la Samaritaine : elle a rencontré Jésus, il a touché son cœur et en un week-end, elle a réussi ce que tous les prêtres rêvent de faire, elle a converti tous les gens de son village. Sa méthode, elle est toute simple, elle leur a simplement dit : “Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait, ne serait-il pas le Christ ?” Trois jours après les gens de son village pouvaient lui dire : “Nous l’avons vu et maintenant nous croyons qu’il est vraiment le sauveur du monde”.

Alors, bonne mission à tous !

+ Mgr Jean-Pierre CATTENOZ
octobre 2006