Homélie de la Messe Chrismale 2007

5 avril 2007

Métropole Notre Dame des Doms, Avignon - 5 avril 2007

Le jeudi saint, les chrétiens se rassemblent autour de leur évêque entouré de ses prêtres et de ses diacres pour célébrer la messe chrismale. Nous manifestons ainsi l’unité de notre Église d’Avignon dans la communion de tous les ministres que le Seigneur lui-même lui a donnés pour permettre à tous les saints de remplir leur mission : bâtir le Corps du Christ. Mais saints, nous ne le serons tous qu’à la condition de nous laisser habiter et conduire par l’Esprit Saint.

Nous tous baptisés dans le Christ, nous avons revêtus le Christ et nous avons été marqués du don de l’Esprit Saint qui nous donne justement de devenir des saints, de trouver notre place dans le Corps du Christ et de pouvoir déployer dans toute notre vie le dynamisme missionnaire de notre vie baptismale.

Et justement aujourd’hui, nous sommes réunis pour demander au Seigneur de renouveler au cœur de notre Église la source des sacrements qui nous donnent la vie. Nous allons ensemble implorer la venue de l’Esprit Saint sur l’huile des catéchumènes, sur l’huile pour les malades et sur le Saint-Chrême. Par l’huile des catéchumènes, les catéchumènes seront revêtus de la force de l’Esprit saint pour le combat spirituel. Par le sacrement des malades, nos frères malades recevront la force de l’Esprit pour vivre en chrétien l’épreuve de la maladie. Enfin, après avoir préparé le Saint-Chrême en mélangeant plusieurs essences parfumées à l’huile d’olive, nous demanderons à l’Esprit-Saint de le consacrer pour que tous ceux qui en seront marqués soient remplis de la présence de l’Esprit Saint. Ainsi tous les baptisés et les confirmés pourront vivre en enfants de lumière et rayonner la présence de celui qui est venu faire en eux sa demeure. Enfin, tous ceux qui seront ordonnés prêtres cette année revêtus de la force de l’Esprit Saint pourront, en vertu du sacrement de l’ordre, agir “in persona Christi” comme collaborateur de leur évêque.

Chers frères prêtres comment ne pas être bouleversés devant le désir de Jésus de continuer à exercer son sacerdoce à travers nous. Aujourd’hui rappelons-nous les gestes par lesquels le Seigneur a voulu faire de nous ses prêtres. L’imposition des mains par laquelle le Seigneur a pris possession de nous en nous disant : “Tu es sous la protection de mes mains. Tu es sous la protection de mon cœur. Tu es préservé dans le creux de mes mains et précisément ainsi tu te trouves dans toute l’étendue de mon amour. Reste dans l’espace de mes mains et donne-moi les tiennes.

Nos mains ont reçu l’onction de Saint-Chrême car le Seigneur veut que nos mains deviennent les siennes pour transmettre au monde son action divine. Par nos mains, nous pouvons façonner le monde dans l’amour même de Jésus au souffle de l’Esprit Saint.

Un jour nous avons rencontré le Seigneur et il nous a dit : “Suis-moi !” Comme Pierre, nous avons eu peur devant la grandeur de la tâche, mais Jésus nous a tendu la main pour nous soutenir, nous porter et nous permettre d’avancer au large.

La foi en Jésus Fils du Dieu vivant est le moyen par lequel nous prenons toujours à nouveau la main de Jésus pour nous laisser guider par lui. Oui, je le sais, ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi ! Et la prière qui monte de mon cœur est pour demander au Seigneur que jamais je ne sois séparé de lui.

Le Seigneur a été jusqu’à nous dire : “Je ne vous appelle plus serviteurs mais amis : comme nous le rappelait le Saint-Père, dans ses paroles nous avons comme l’institution du sacerdoce. Le Seigneur fait de nous ses amis. Il nous confie tout ; il nous confie sa personne pour que nous puissions parler en son nom ; il nous a confié sa parole pour que nous puissions la donner à nos frères ; il nous a donné son corps et son sang pour que nous puissions être les serviteurs de la construction de son corps, pour que nous puissions « mettre les saints – c’est-à-dire vous tous – en état d’accomplir leur ministère : bâtir le corps du Christ”. Il nous a donné d’être les artisans de la miséricorde à travers le pouvoir d’absoudre les péchés. Nous ne pouvons pas être prêtre sans nous engager chaque jour davantage dans une authentique amitié avec Jésus : devenir chaque jour davantage l’ami de Jésus. Et pour le devenir, nous devons le connaître d’une façon toujours plus personnelle en l’écoutant, en vivant avec lui, en demeurant en lui, c’est ainsi que se développe l’amitié. Ainsi et ainsi seulement nous pourrons apporter à nos frères le Christ et son évangile. Notre ministère ne pourra porter du fruit s’il ne naît pas d’une communion toujours plus intime avec le Christ. Le temps que nous passons à être avec Jésus est véritablement un temps d’activité pastorale, ce n’est qu’ainsi que nous pourrons être les amis de Jésus et parler en son nom.

En même temps, l’amitié avec Jésus est toujours une amitié avec les siens. Nous ne serons les amis de Jésus que dans une communion avec le Christ tout entier, avec tous ceux qui sont les membres de son corps.

Notre sacerdoce nous fait serviteur de la communion au cœur de l’Église et nos frères diacres sont là pour nous rappeler à tous les deux grandes lois qui sont au cœur de toute vie en Christ, la loi du service mutuel dans l’humilité de Jésus lavant les pieds de ses disciples et la loi de l’amour : “Aimez-vous comme je vous ai aimés”.

Avec le disciple bien-aimé, nous sommes tous invités à nous tenir au pied de la Croix avec Marie pour nous abreuver aux sources de la vie, à ce fleuve d’eau vive qui jaillit du côté transpercé de Jésus. Nous y recevons la vie, nous y recevons la force qui nous constitue en assemblée ce matin, et cette puissance qui change nos cœurs de pierre en cœurs de chair, et cette énergie divine qui nous lie les uns aux autres par les liens de l’amour.

Au moment même où Jésus meurt sur la Croix, il nous donne son Esprit pour faire toute chose nouvelle et pour réaliser le projet du Père, l’Eglise, et du cœur transpercé de Jésus jaillissent l’eau et le sang, l’eau symbole du baptême et le sang symbole de l’eucharistie, le baptême et l’eucharistie, les sacrements qui font l’Eglise.

Et dans l’Eglise, au souffle de l’Esprit, nous avons tous une place à remplir, tous les baptisés ont à être au cœur du monde les témoins de Jésus prêtre prophète et roi pour bâtir le corps du Christ dans la communion de l’amour, de leur côté, les diacres et les prêtres autour de leur évêque et avec lui sont les serviteurs de leur frères, les serviteurs de cette communion dans l’amour. De leur côté, les consacrés sont au cœur de notre Église le rappel vivant et indispensable de la présence de celui qui seul donne sens à nos vies.

Chaque fois que nous communions au corps du Christ, n’oublions pas que prenons l’engagement de communier à tous nos frères pour construire le Corps du Christ, oui, c’est l’eucharistie dominicale qui fait l’Eglise. Amen

+ Mgr Jean-Pierre CATTENOZ
5 Avril 2007