Homélie pour l’ordination de Frédéric Fermanel et de Pascal Munoz

juin 2005

Le Seigneur aujourd’hui encore ne cesse de donner à son Église des apôtres, des prêtres et des diacres afin de mettre les saints – nous dit Saint Paul – en état d’accomplir le ministère pour bâtir le Corps du Christ. Vous tous qui êtes baptisés en Christ, vous avez la charge de bâtir le Corps du Christ, l’Église.

Les baptisés ont pour vocation et mission d’être présents et agissants au cœur du monde. Ils sont ainsi appelés par Dieu à travailler de l’intérieur à la sanctification du monde, à la façon d’un ferment, en manifestant le Christ aux autres avant tout par le témoignage de leur vie rayonnant de foi, d’espérance et de charité au souffle de l’Esprit.

Mais le Seigneur pour permettre aux baptisés de remplir leur mission a donné à son Église des apôtres dont la mission est d’annoncer l’Évangile, de sanctifier le peuple de Dieu et d’en être les pasteurs au nom du Seigneur l’unique bon pasteur. Les apôtres eux-mêmes ont choisi des collaborateurs, des prêtres et des diacres, pour les seconder dans le ministère.

Saint Paul dans la lettre aux Romains vient de nous rappeler la première mission des apôtres : proclamer la bonne nouvelle, annoncer Jésus-Christ “mon Seigneur et mon Sauveur”. Ainsi la foi pourra naître dans le cœur des auditeurs de la Parole, et des hommes et des femmes, toujours plus nombreux, auront accès au salut dans l’unique Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. Alors il n’y aura plus de différence entre Juifs et Grecs, tous auront le même Seigneur riche envers ceux qui l’invoquent.

Saint Paul vient de nous rappeler un autre élément essentiel de tout ministère, en nous disant : “Comment le proclamer sans être envoyé ?” Personne ne peut se donner à lui-même sa mission, évêque, prêtres et diacres, nous la recevons de l’Église et par l’Église, du Christ lui-même. Le Seigneur a dit à ses apôtres : “Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie !” Ministres du Seigneur, nous avons tous à nous rappeler l’importance de l’obéissance apostolique.

L’obéissance ne saurait se comprendre sans un regard sur le Christ. Toute sa vie fut obéissance à son Père, une obéissance qui s’enracinait dans son amour pour Lui. Il a fait de l’obéissance sa nourriture (cf. Jn 4, 34). Le Christ ne demande pas au prêtre ou au diacre une soumission aveugle à une quelconque autorité. L’obéissance apostolique n’est rien d’autre qu’une disponibilité intérieure qui nous fait rechercher, non pas notre propre volonté, mais celle de Celui qui nous envoie en mission. Paradoxalement, l’obéissance est le chemin de la liberté véritable.

Dans un instant, je poserai au nouveau diacre et au nouveau prêtre la question : “Promettez-vous de vivre en communion avec moi et mes successeurs, dans le respect et l’obéissance ?” Et ils répondront : “Je le promets.” Devenu collaborateur de l’évêque pour le service apostolique, ils auront à vivre ce mystère de communion et d’obéissance dans un dialogue loyal, vrai et confiant.

En toute circonstance, leur obéissance à l’évêque sera confiante, large et humaine, à la fois responsable et empreinte de soumission surnaturelle, dans un esprit de don de soi. L’obéissance est pour les prêtres et les diacres le meilleur moyen de communier à la volonté de Dieu qui édifie l’Église et de participer à la fécondité qu’assure son accomplissement.

Ils auront à veiller à ne pas tomber dans la tentation de critiquer les orientations de l’autorité dès que celles-ci ne leur plaisent pas, quitte à brandir l’argument d’autorité, sans aucun scrupule, dès que celle-ci va dans le sens qu’ils espéraient. Dès que les orientations et les directives de l’autorité sont données, il ne s’agit plus de les remettre en cause, mais de mettre toute son énergie, toute son intelligence et tout son cœur au service de leur réalisation.

La finale de l’Évangile de Saint Matthieu vient de nous rappeler ce qui est au cœur du ministère du prêtre et du diacre, la mission de sanctifier le peuple de Dieu par la célébration des sacrements. Ils sont chacun à sa manière ministre des sacrements et de l’ensemble de la vie liturgique de l’Église. Dans les sacrements et spécialement dans l’eucharistie, le Christ ne cesse de nous donner sa propre vie pour faire de nous ses enfants et construire son Église. Le prêtre est ainsi, au cœur de la liturgie, le ministre de la sanctification et de la construction de l’Église ; les diacres sont à leur côté pour assurer la diaconie de l’autel.

Les prêtres doivent veiller à placer de manière effective le mystère eucharistique au centre de leur propre vie et de la vie de leur communauté. La Parole ne peut être annoncée avec fruit et la communauté qui leur est confiée ne peut être rassemblée qu’à partir de ce centre qu’est l’eucharistie. Ils doivent s’efforcer d’engager les chrétiens à participer activement à l’eucharistie dominicale. En elle, le Christ notre Pâque, lui le pain vivant, lui dont la chair, vivifiée par l’Esprit et vivifiante, donne la vie aux hommes, les invite et les conduit à offrir, en union avec lui, leur propre vie, leur travail et toute la création.

Toute la vie du prêtre doit devenir eucharistique. En dehors de la messe elle-même, il s’agit de vivre l’Évangile intégral : de faire monter une continuelle action de grâce pour les dons reçus, d’intercéder inlassablement pour ses frères et pour toute la communauté, d’offrir toutes les difficultés de la vie quotidienne en union avec la croix du Seigneur, signe et lieu de son amour. Par sa parole et sa conduite, il proclame la bonne nouvelle de l’Amour sauveur en allant volontiers vers les plus pauvres, il rassemble dans la foi, l’espérance et l’amour fraternel, une communauté de plus en plus chrétienne. Finalement, le prêtre, partant de l’eucharistie doit inviter tous et chacun à en faire le sommet de leur ascension humaine et spirituelle dans une existence pleinement eucharistique. Les diacres ont à s’associer de façon spécifique à cette mission eucharistique.

Le prêtre assume enfin, à sa place de collaborateur de l’évêque, la charge pastorale confiée par le Christ à ses apôtres, il remplit le service humble et fraternel de l’autorité pour tisser les liens de la communion ecclésiale. Il a pour mission de rassembler et de construire l’Église au-delà de tous les clivages qui trop souvent opposent les gens entre eux. Il remplit la charge de guide de la communauté et de serviteur de l’unité.

Le diacre, en communion avec l’évêque et le presbyterium du diocèse participe à cette même charge pastorale. Il l’exercera en servant et en aidant l’évêque et les prêtres pour une véritable diaconie de la charité, service de la charité dont le but est d’aider et d’encourager tous les membres de la communauté pour qu’ils puissent participer, dans un esprit de communion et selon leurs charismes, à la vie et à la mission de l’Église.

Le prêtre et le diacre ne sauraient concevoir leur mission comme celle de fonctionnaires ou gestionnaires de l’Église car il ne donnerait plus au monde la seule réalité qu’il attend de lui : Dieu. Bien au contraire, habité par la charité du Christ, le prêtre doit être tout donné à sa mission de serviteur de la Parole, de ministre de la liturgie et de guide du peuple de Dieu. Cette triple mission le conduit de jour en jour à se faire tout à tous et à se laisser lui-même conduire par le Christ jusqu’à la perfection de la charité pastorale. De même, le diacre doit se rendre semblable au Christ Serviteur pour être au cœur de notre Église le signe vivant que toute action de l’Église doit être signe de la charité du Christ et du service des frères.

L’Église est avant tout un lieu de communion, appelé à être signe et instrument, dans le Christ, de l’union des hommes avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain. Le prêtre et le diacre, chacun à sa manière, sont les ministres, les serviteurs de cette communion, ils se doivent d’être tout à tous, attentifs à chacun et au service de l’unité de tous dans le Christ.

Enfin, comment ne pas supplier le Seigneur de nous donner les prêtres et les diacres dont notre Église a besoin, un besoin urgent. N’ayons pas peur d’interpeller les jeunes de nos paroisses et de nos mouvements. N’ayons pas peur de casser les pieds au ciel – excusez-moi l’expression – l’Église a besoin de ministres. Veillons également à ce que les vocations ne soient pas étouffées par le souci du monde et le matérialisme dans lequel nous baignons. Enfin, prions la Vierge Marie qui ne cesse d’enfanter l’Église dans la puissance de l’Esprit Saint qu’elle nous donne beaucoup de prêtres et de saints prêtres, beaucoup de diacres et de saints diacres pour le service de notre Église.

En même temps, n’ayons pas peur de rendre grâce pour les prêtres que nous avons et qui sont totalement donnés pour le service de notre Église. Amen.

+ Jean-Pierre Cattenoz
(2005)