Je suis plein d’espérance

2006

Mot de l’évêque - Église d’Avignon

Des cadenas ferment les entrées de nos lycées, les jeunes envahissent les rues pour manifester, les universités sont bloquées ; la société elle-même semble en panne. Par-delà le Contrat Première Embauche, les boussoles s’affolent : est-ce vraiment le changement d’un article de loi qui changera les choses ? Je ne le crois pas.

Les comprimés d’ecstasy se multiplient, des joints se fument sous mes fenêtres, la drogue sous toutes ses formes semble devenir pour beaucoup le remède à un monde qui ne sait plus où il va. Mais que faire ?

Non seulement les jeunes, mais les adultes eux-mêmes n’ont plus confiance dans le politique comme les taux d’abstention le montrent à chaque élection, mais que faire ?

Pourtant, je veux continuer à crier que le monde est beau, qu’il est merveilleux et plein de promesses. Prenons le temps d’ouvrir nos yeux et, au lieu de se critiquer les uns les autres, au lieu de broyer du noir à longueur de journée, prenons le temps de découvrir toutes les merveilles que Dieu met constamment sous nos yeux. Surtout ne cherchons pas à l’autre bout du monde, surtout ne nous réfugions pas dans la seule beauté d’un coucher de soleil ou d’une source qui jaillit au fond d’un vallon solitaire. Regardons simplement autour de nous, ceux qui vivent à nos côtés dans le quotidien de nos vies et apprenons à nous émerveiller de la beauté d’un frère ou d’une soeur, même en ce qu’il fait de plus humble. Nous le savons bien, critiquer un frère ne l’aidera jamais à grandir, par contre le conduire à découvrir le trésor qu’il porte en lui l’aidera à épanouir toutes les richesses qu’il a au plus profond de lui-même.

Oui, je suis plein d’espérance car les ressources cachées de chacun de mes frères sont merveilleuses. Certes, nous sommes tous des êtres blessés, abîmés, défigurés, désarticulés par le péché et toutes ses conséquences et il n’y aurait de quoi désespérer si le Christ n’avait pris sur lui toutes nos maladies et ne s’était pas chargé de toutes nos infirmités. Oui, je suis plein d’espérance en contemplant la Croix et je ne veux rien savoir sinon Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié : en lui, je découvre la source de la vie ; de son coeur transpercé, je vois jaillir les sources de la vie, les sources de l’amour. Cette source continue de jaillir aujourd’hui encore, ses eaux s’en vont par le monde entier pour faire jaillir la vie.

Certes, il nous faut naître de nouveau, il nous faut naître à une vie nouvelle. Il nous faut célébrer en nous les noces de la nature et de la grâce en acceptant que Dieu vienne greffer en nous sa propre vie divine. Alors, notre intelligence illuminée par la foi peut entrevoir la présence divine qui seule donne sens à toute chose. Alors, je me découvre capable d’aimer Dieu et mes frères d’un amour divin, Dieu a greffé au plus profond de mes capacités d’aimer son propre amour divin. Alors, ma mémoire, pourtant lourde de toutes les blessures de la vie, découvre un chemin de lumière sur lequel Dieu m’invite à marcher ; ce bonheur dont nous portons tous le désir au plus profond de nous-même, il est possible. L’espérance vient surélever ma mémoire pour me permettre malgré toutes les difficultés de la vie de marcher à la rencontre du Seigneur sur le chemin du bonheur. Cette nouvelle naissance porte un nom : le baptême !

Dès lors une vie nouvelle peut déployer en moi toutes ses richesses humaines et divines. Mais ce n’est pas tout, Dieu connaît mieux que quiconque toutes nos limites et nos faiblesses humaines ; il connaît toutes nos lenteurs et nos lourdeurs, aussi, il nous a fait un autre merveilleux cadeau qui vient compléter les richesses de la vie baptismale : au jour de notre confirmation, il fixe en nous comme une grande parabole qui nous permettra de capter non pas TPS ou Canal Satellite, mais Canal Esprit Saint. Ce nouveau bouquet de chaînes est merveilleux d’abord parce qu’il n’y a pas d’abonnement à payer, mais surtout parce qu’il possède un nombre de chaînes à l’infini ; il y en a autant que de dons de l’Esprit Saint. Si vous gardez votre parabole bien branchée et bien orientée, alors l’Esprit Saint quand il voudra et comme il voudra, pourra agir en vous, il pourra venir au secours de votre faiblesse. Il fera mieux encore, il prendra les choses en main et vous conduira à la plénitude de la vie.

Alors, n’ayez pas peur et avancez au large, la vie est plus belle que ce que vous pensez dès lors que vous laissez la lumière de Dieu vous illuminer. Dieu a un merveilleux projet d’amour pour chacun de nous et le Christ ressuscité nous rassemble tous en lui par l’Esprit Saint.

Les centaines de jeunes confirmands de cette année en ont fait l’expérience dans les retraites, les centaines de jeunes qui sont venus à Lourdes, auprès de Marie, avec nous l’ont expérimenté au milieu de milliers de pèlerins. Les jeunes qui sont partis à Taizé l’ont vécu. Les milliers de jeunes qui se rassemblent chaque année à Paray-le-Monial, à Lisieux ou ailleurs pourraient en témoigner : la vie vaut la peine d’être vécue, dans la lumière du Ressuscité et au souffle de l’Esprit, elle prend tout son sens.

+ Mgr Jean-Pierre CATTENOZ
2006