Je vous appelle mes amis !

juin 2004

Dans le dernier verset du Prologue de son Évangile, Saint Jean écrit : “Personne n’a jamais vu Dieu, Dieu Fils unique, qui est dans le sein du Père, nous l’a fait connaître et nous y conduit” (Jn 1, 18). Jésus est venu pour nous faire connaître le Père et nous conduire auprès de lui. Mais voilà que cette intimité avec lui prend un visage insoupçonné pour nous car Jésus lui-même nous dit : “Je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu auprès de mon Père, je vous l’ai fait connaître” (Jn 15, 15). Comment saisir le sens de cette mystérieuse amitié à laquelle Jésus nous appelle ?

Jean est le seul à employer ce terme d’ami pour désigner la relation qui nous unit au Verbe Incarné, au Fils bien-aimé du Père, à Jésus. Pour en saisir le sens, rien de mieux que d’aller rencontrer quelques-uns des amis de Jésus présent dans l’Évangile de Jean.

Vous avez tout d’abord Jean le Baptiste, l’ami de l’époux qui a vu l’Esprit descendre sur l’époux et demeurer sur lui. “Moi, je ne suis pas le Christ, mais je suis celui qui a été envoyé devant lui. Celui qui a l’épouse est l’époux ; quant à l’ami de l’époux, il se tient là, il l’écoute, et la voix de l’époux le comble de joie. Telle est ma joie, elle est parfaite. Il faut qu’il grandisse et que je diminue” (Jn 3, 29-30). Se tenir là, écouter la voix de l’époux, trouver sa joie à la voix de l’époux, et surtout, le laisser grandir en moi et accepter de diminuer pour qu’il soit tout en moi, voilà l’ami de l’époux, tout un programme pour chacun de nous.

Nous pourrions suivre aussi les premiers disciples et entendre Jésus nous dire : Venez et voyez ! Nous pourrions, nous aussi, demeurer auprès de lui. Alors, comme il l’a dit à Nathanaël, nous verrions des choses bien plus grandes, nous verrions le ciel ouvert et Jésus fera de nous ses amis.

Allons à Béthanie pour y rencontrer Lazare, un grand ami de Jésus avec Marthe et Marie ses soeurs. Elles envoyèrent dire à Jésus : “Seigneur, celui que tu aimes est malade” (Jn 11,3). Tout le monde connaissait l’amitié de Jésus pour Lazare, même les juifs pourront dire : “Voyez comme il l’aimait !” (Jn 11, 33). Pourtant, Jean ne nous dit rien des liens qui unissaient Jésus à Lazare. Nous ne savons rien de lui, sinon qu’il habitait Béthanie, la Maison du pauvre et qu’il était le frère de Marthe et de Marie. Il ne dit rien, il ne fait rien, il reste dans l’ombre. Ne serait-il pas le témoin de cette amitié de Jésus pour tout homme, aussi anonyme soit-il, aussi pauvre soit-il. Jésus m’aime, non parce que j’ai telle ou telle qualité ; non, il m’aime parce que son cour divin déborde d’amour, d’un amour qui a soif de se répandre et de se communiquer à tous ceux qui sont prêts à se laisser aimer par lui.

Mais, voici les disciples et parmi eux, “Celui que Jésus aimait”. Qui est-il ? La tradition l’a identifié, ce serait Jean. Cependant, l’évangile garde le silence et ce n’est pas sans raison. Le disciple bien-aimé, ce peut être chacun de vous, chacun de nous. Chacun de nous est appelé à chaque eucharistie, à se tenir auprès de Jésus, à se pencher sur sa poitrine pour entendre battre le cour de Dieu. Chacun de nous est invité à se tenir au pied de la croix pour entendre Jésus lui dire en lui montrant sa Mère : “Voici ta mère !” et pou entendre Jésus dire à sa Mère : “Voici ton Fils”. Paroles mystérieuses qui nous font fils et qui nous donnent Marie pour Mère. Comme lui, à l’aube de Pâque, vous pourrez entendre Marie de Magdala vous dire : “On a enlevé le Seigneur du tombeau, et nous ne savons pas où on l’a mis”. Alors avec Pierre, c’est-à-dire avec l’Église vous courrez vers le tombeau, vous serez les plus rapides car l’amour donne des ailes. Cependant, vous n’entrerez pas, vous attendrez Pierre car la foi se reçoit en Église. Alors, avec lui vous vous pencherez pour voir, et comme le disciple bien-aimé : Vous verrez et vous croirez !

Quel mystère que cette intimité à laquelle Jésus, le Verbe Incarné, le Fils bien-aimé du Père m’invite : comme un ami avec son ami !

Enfin, pour finir, il nous reste regarder Pierre et Jésus dans la dernière page de l’Évangile (Jn 21, 15 ss). Il ya quelques jours seulement, par trois fois, Pierre avait nié être un disciple de Jésus, mais voilà que par trois fois, Jésus lui demande : “Pierre, m’aimes-tu ?” Trois questions : “M’aimes-tu plus que ceux-ci ?”, “M’aimes-tu ?” et enfin “M’aimes-tu d’amitié ?” ou “Es-tu un ami pour moi ?” Trois missions : “Pais mes agneaux !”, “Sois le berger de mes brebis !”, “Pais mes brebis”. La tâche pastorale que Jésus confie à Pierre se fonde sur une relation d’amour et d’amitié, plutôt que sur des qualités humaines.

Pendant ces mois d’été, je vous souhaite à tous de savoir prendre du temps pour mettre vos pas dans ceux de tous ces amis de Jésus et pour vous laisser aimer par lui. Découvrez l’amour fou qu’il a pour chacun de vous et devenez à votre tour le disciple bien-aimé que vous vous êtes appelé à devenir.

+ Jean-Pierre Cattenoz
Juin 2004