L’Église naissante et ses fondements

février 2004

De nouveau les Actes insistent sur l’unité de coeur et d’âme de ceux qui étaient devenus croyants. Celui qui s’approche du Christ, qui entend sa voix, qui laisse son regard se poser sur lui, impossible pour lui de ne pas être transfiguré, transformé par cette rencontre.

Non seulement la lu­mière du Christ illumine sa vie, non seulement sa parole porte du fruit en lui, mais immédiatement il devient un croyant, il adhère au Christ et entre dans une véritable communion de vie avec lui. Et cette communion devient communion avec ses frères croyants. Par une foi active qui engage toute la vie, chacun ne fait plus qu’un avec le Christ et le Corps du Christ devient réa­lité. La multitude est devenue une dans le Christ, il n’y a plus qu’un seul cœur et une seule âme. Une seule vie circule entre tous, un seul amour unifie les cœurs, l’Esprit Saint a été donné pour que jaillisse en nous l’amour de Dieu, un amour qui nous unit.

Dès lors, l’auteur des Actes peut continuer en nous disant : “Nul ne considé­rait comme sa propriété l’un quelconque de ses biens ; au contraire, ils mettaient tout en commun”. La communion, la fraternité est telle qu’il est impensable d’en rester à un “chacun pour soi”. La réalité de la communion ne peut que se tra­duire dans la vie quotidienne par une solidarité totale entre tous. La réalité de la fraternité est telle qu’elle ne peut que se traduire dans la vie quotidienne par une vie de famille sans faille.

Cette description de la vie des premiers croyants a souvent été considérée comme une utopie, un rêve qui n’a pas duré, mais en réalité l’Esprit Saint, par la bouche de l’auteur des Actes, met en place les fondements, les piliers de toute vie ecclésiale. Bien sûr, nous sentons tous notre impuissance à vivre cette commu­nion, cette fraternité et notre impuissance sont comme exacerbées par l’indivi­dualisme et l’égoïsme du monde dans lequel nous baignons. Mais Dieu continue à nous montrer sa lumière et le chemin sur lequel il veut nous conduire ; face à notre incapacité radicale à être à la hauteur, l’auteur des Actes continue en sou­lignant comment le Christ ressuscité est vivant et agissant dans le cœur des croyants ; la preuve de son action est justement cette grande puissance qui mar­quait le témoignage rendu par les apôtres et la grâce qui était à l’œuvre en eux tous. Quelle merveille ! La puissance de Dieu est à l’ouvre en ceux qui ont reçu mission d’être les pasteurs et en même temps la grâce, c’est-à-dire la vie même de Dieu est à l’œuvre en tous.

Le partage des biens, de tous les biens est fondamental dans cette vie frater­nelle, il n’y a plus d’indigent, mais chacun reçoit selon ses besoins grâce au par­tage de tous. Là encore, nous sommes loin dans nos communautés de vivre ainsi, mais il ne s’agit pas pour autant d’un rêve, il s’agit du chemin que le Seigneur nous indique pour trouver la vie. Demandons donc à Barnabé que nous présen­tent alors les Actes et qui entre pleinement dans cette dynamique de la commu­nion, de la fraternité dans le Christ, de nous prendre par la main : nous ne le re­gretterons pas.

Les Actes en viennent ensuite à une sombre histoire qui paraît bien étrange, celle d’un couple qui, lui aussi, semble entrer dans cette même dynamique de la communion ; mais en fait, Ananie et Saphire, car il s’agit d’eux, vont tricher et le mensonge va habiter leur coeur. Ils vont non seulement mentir aux apôtres, mais en réalité, ils mentent à l’Esprit Saint, à Dieu lui-même et cela est intolérable. Dieu les retranche immédiatement de la communion des frères, Ananie meurt le premier, suivi quelques heures plus tard de son épouse complice de son men­songe. L’enseignement est clair : dans le corps du Christ, le mensonge ne saurait avoir sa place, la communion, la fraternité sont incompatibles avec le mensonge. Quel drame pour nous dont le coeur est si souvent partagé, habité par le men­songe ou la duplicité ! Mais en même temps, quel chemin de lumière pour notre communauté diocésaine et pour nos communautés paroissiales : si le mensonge ou la duplicité trouvent place en nous, la communion et la fraternité deviennent impossibles.

L’Esprit Saint continue à mettre en place le mystère de l’Église ; depuis le dé­but des Actes, il précise les fondements de ce qui en fera la vie. Maintenant et pour la première fois, l’Auteur emploie le mot d’Église. Après avoir précisé l’im­portance de la communion, de la fraternité, après avoir mis en place les quatre piliers de toute vie chrétienne - la fidélité à l’enseignement des apôtres, la communion fraternelle, la fraction du pain (l’eucharistie) et la prière - après avoir rappelé que le mensonge était incompatible avec une vie chrétienne au­thentique, l’Auteur met en place maintenant la réalité ecclésiale : l’Église est l’as­semblée des croyants appelés par Dieu à devenir membres du Peuple saint, Corps du Christ et Temple de l’Esprit. Ainsi les premiers chapitres des Actes des Apôtres sont pour nous comme une charte pour notre Église aujourd’hui. Nous devons sans cesse revenir à cette charte pour y puiser aux sources de notre vie dans le Christ.

+ Jean-Pierre CATTENOZ
Février 2004