La miséricorde à l’œuvre, ouverture de la porte sainte !

3 janvier 2016

Bloc-Notes, janvier 2016

Le 13 décembre dernier, le pape François a ouvert la porte sainte de sa cathédrale, Saint-Jean de Latran à Rome ; le jour même, il invitait tous les évêques du monde entier à ouvrir la porte sainte de leur cathédrale. Que signifie ce geste symbolique à l’aube de l’année de la miséricorde demandée par le saint Père pour l’Église universelle ?

Dans l’Évangile de Jean, Jésus lui-même nous dit : « Je suis la porte des brebis »  ; si vous voulez avoir accès auprès du Père, il vous faut passer par moi. Je suis le passage incontournable pour tous ceux qui veulent vivre de la vie même de Dieu. Impossible d’entrer en contact avec Dieu sans passer par Jésus, il est vraiment celui qui nous montre le chemin et nous conduit auprès de Lui.

L’année sainte, voulue par le pape François, vient nous toucher au cœur de toutes nos blessures. Si nous sommes vrais avec nous-mêmes, nous le savons bien, nous sommes tous des êtres blessés, vendus au péché comme nous le dit saint Paul dans la lettre aux Romains. Nous sommes tous des êtres blessés dans notre être le plus personnel ; nous sommes blessés, défigurés dans nos relations réciproques et nous sentons bien toute cette violence qui nous habite.

Dans nos relations mutuelles, nous connaissons tous les germes de divisions qui bouillonnent en nous. Nous avons tous conscience de notre incapacité à aimer vraiment nos frères : malheureux homme que je suis, je ne fais pas le bien que je voudrais et je fais le mal que je ne voudrais pas ! Nous connaissons tous les divisions qui habitent nos paroisses ou notre Église diocésaine, et je vous invite à prendre du temps pour lire ou relire la lettre de l’apôtre saint Jacques qui nous invite à faire la vérité en nous et dans notre comportement au quotidien.

Enfin, nous avons à faire également la vérité dans nos rapports avec la création toute entière. Comment se fait-il que nous les occidentaux, nous utilisions plus de 90% des ressources de la planète en laissant nos frères les plus démunis se contenter d’environ avec 10 % ? Comment s’étonner dès lors de ses raz-de-marée humains qui envahissent notre continent et finissent trop souvent sous la forme de cimetières marins au fond de la méditerranée.

Ces trois secteurs de notre vie sont comme pollués par notre égoïsme et dès lors que le Christ n’y a pas accès, la vie devient un enfer pour nous comme pour nos frères. Que faire ? Le saint Père nous invite à un revirement profond, à une conversion radicale. Il nous invite à accueillir la miséricorde du Père et à nous laisser transfigurer par elle.
Le cœur de Dieu n’a pas pu se faire au péché, son amour de création est devenu amour de miséricorde et nous rejoint aujourd’hui encore pour nous rendre la vie. Sur la Croix, Jésus ne cesse de nous redire : « J’ai soif », j’ai soif de ton amour. Laisse mon amour envahir ton cœur pour lui redonner la vie : « et de son cœur transpercé, jaillissent de l’eau et du sang, signe des sacrements qui nous redonnent la vie dans le Christ. »

En réalité, le saint Père nous invite à accueillir la miséricorde du Père, à retrouver en lui la communion et la paix d’abord en nous-même, puis dans nos relations avec nos frères et enfin dans notre relation avec la création tout entière.

Ici, sur le rocher des Doms, j’ai invité tous les baptisés, tous les prêtres avec leur évêque à retrouver la communion pour pouvoir témoigner de l’amour qui nous unis les uns les autres dans le Christ, non pas des mots, mais une réalité quotidienne qui nous rend frères.
Nous connaissons tous les divisions qui déchirent notre Église, elles sont un scandale pour tous et je ne sais pas comment il peut être possible à un prêtre ou à un chrétien de parler de communion, de miséricorde quand son cœur est déchiré et habité par une incapacité à pardonner. Il est impossible à quiconque de franchir la porte sainte sans accepter de faire miséricorde à son frère, sans accepter d’ouvrir son cœur et ses bras comme le Père de l’enfant prodigue l’a fait avec son fils.

Durant les premiers jours de cette nouvelle année qui arrive, je vous invite tous à ouvrir vos cœurs et à vivre la réalité de la miséricorde divine qui s’offre à nous pour vivre une vraie réconciliation. Il est impensable que nous puissions traverser cette année de la miséricorde sans retrouver cette unité qui, au dire de saint Jean, est le fondement même de tout témoignage missionnaire : vivre d’amour partout et en tout, aimer à la manière de Dieu, enfin, retrouver cette fraternité, cette communion qui est le cœur même de toute vie en Christ au souffle de l’Esprit.

Si je pouvais formuler un vœu, un seul à l’aube de cette nouvelle année et ce vœu, je me l’adresse à moi-même comme à chacun de vous : « Convertissons-nous et apprenons à vivre d’amour, à rayonner l’amour toujours et partout. »

Bonne année à tous dans la joie de la miséricorde !

+ Jean-Pierre Cattenoz, archevêque d’Avignon