La source de la vie et de l’amour

avril 2007

Le bon larron est là, pendu à sa croix, le souffle court ; il ne connaît pas ce Jésus avec lequel il vient d’être crucifié, mais il le regarde et dans son regard, il comprend tout : “Seigneur, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume !” Alors Jésus, le cœur battant au rythme de l’amour divin peut lui dire : “En vérité, dès aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis”.

De son côté, Pierre, dans l’ombre, ne cesse de pleurer amèrement. Il y a quelques heures seulement, dans le froid de la nuit, il avait répondu à la servante : “Je ne le connais pas !” “Je n’en suis pas !” “Je ne sais pas ce que tu dis”.

Depuis trois ans, il avait fait confiance à Jésus, mais voilà qu’il ne comprenait plus : Jésus était là, comme une loque humaine, comme un moins que rien. Il s’était laissé arrêter sans réagir, il était là, apparemment abandonné de Dieu. Tout ce qu’il a vécu avec Jésus s’effondre, ce n’était donc pas vrai. Pierre dans l’ombre de la nuit, regarde Jésus qui est là à trois pas, il ne comprend plus. Il ne sait plus où il en est. Mais voilà un coq qui se met à chanter et Jésus se retournant fixa son regard sur Pierre. Terrible face à face entre Jésus et Pierre ; alors Pierre se souvenant de la parole du Seigneur annonçant son reniement et sentant le regard de Jésus posé sur lui, un regard tout chargé de l’amour fou de Dieu pour lui comme pour nous tous se mit à pleurer amèrement.

Nous sommes tous déroutés devant la passion de Jésus. Devant cette croix terrible et froide, nous non plus nous ne comprenons pas, mais s’agit-il vraiment de comprendre ? Non, je ne le crois pas.
Hier, au soir de la Cène, ayant mis mes pas dans ceux du disciple bien-aimé, je me suis penché sur la poitrine de Jésus et j’ai entendu battre le cœur de Dieu. Il était lourd de tout l’amour divin, de toute la miséricorde qui depuis le premier soir s’accumulait dans le cœur de Dieu. Depuis ce premier soir, Dieu attendait la venue de ce nouveau soir où enfin l’amour divin pourrait de nouveau se répandre, se donner, se communiquer à chacun de nous, au larron comme à Pierre, à Marie-Madeleine comme au disciple bien-aimé.

Ce soir, je suis là au pied de la croix de Jésus, il n’y a rien à dire, il n’y a rien à comprendre, il suffit d’être là pour accueillir les flots de l’amour divin qui jaillissent du cœur de Jésus pour me rejoindre et m’envelopper de toute la tendresse de Dieu. Je sens la présence maternelle de Marie, dans la puissance de l’Esprit Saint, elle vit une nouvelle maternité, elle m’enfante dans le corps du Christ.

Or, tandis que je sens les torrents de l’amour me pénétrer, j’entends dans le fond de mon cœur le prophète Isaïe me murmurer : “Il s’est chargé de tes maladies, il a pris sur lui tes infirmités”. La parole de Jésus me revient en mémoire : “Ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin du médecin, mais les malades, je ne suis pas venu appeler les justes mais les pécheurs”. Je vois alors le regard de Jésus se poser sur moi et en me regardant, son cœur est bouleversé car je suis comme une brebis qui n’a pas de berger. Alors, il me prend sur ses épaules pour me rapporter dans l’enclos de la maison paternelle.
Alors, je tombe à genoux et je reste là, les yeux fixés sur Jésus. Dans le silence, je contemple le cœur de Jésus. Il n’y a plus rien à dire ou à faire, il suffit d’être là au pied de la croix. Oui, la croix demeure incompréhensible, scandale et folie ! Et pourtant, je reste là à contempler Jésus crucifié. Il est pour moi la vraie source de la vie et de l’amour, la seule source d’où jaillit pour moi la Vie.

Mais déjà se profile l’aube de Pâque par delà la descente aux enfers, dans les enfers de ma vie. Il est vrai qu’au matin de Pâques, les femmes et Marie-Madeleine ont bien trouvé le tombeau vide et ont vu deux hommes en vêtements éblouissants qui leur ont dit : “Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant. Il n’est pas ici, il est ressuscité”. Elles ont couru le dire à Pierre et aux autres, mais ces propos leur semblèrent du radotage et ils ne les crurent pas. Comme nous avons le cœur lent à croire !

Il faudra que Jésus rejoigne chacun de nous pour faire route avec lui. Il nous obligera à lui dire tout ce qui habite notre cœur, toute la souffrance qui nous habite. Alors, avec toute sa patience divine, il fera route avec nous, il ouvrira notre cœur à l’intelligence des Ecritures et notre cœur sera tout brûlant tandis qu’il nous parlera en chemin. Nous nous mettrons à table ensemble, lui près de moi et moi près de lui, et nous pourrons vivre l’eucharistie de Pâques dans la joie de communier à son corps et de communier ensemble au corps du Christ que nous formons.
Bonne fête de Pâques à tous dans la joie du Ressuscité et rendez-vous à Cavaillon pour fêter ensemble le bienheureux César de Bus et tous les saints de notre Eglise.

+ Mgr Jean-Pierre CATTENOZ
Avril 2007