Le Mot de l’Evêque

11 décembre 2014

Mot de l’évêque - RCF, 5 décembre 2014

Le Temps de l’Avent

Si le Seigneur nous invite à veiller et à attendre sa venue, c’est d’abord parce que personne ne sait le jour et l’heure où le Seigneur l’appellera à entrer dans la plénitude de la Vie. En même temps, le Seigneur est venu, il y a 2000 ans, partager notre aventure humaine, et mourir sur la Croix pour nous donner la Vie, et nous attendons son retour à la fin de l’Histoire. Il y aura une fin de l’Histoire ici-bas, et ce sera le retour en gloire du Seigneur. Et en attendant, il y a l’aujourd’hui de Dieu : en ce mois de décembre 2014, le Seigneur veut naître en chacun de nous, en la Fête de Noël. Et nous avons 4 semaines pour nous préparer à L’accueillir. Le récit de Noël nous rappelle qu’il n’y avait pas de place dans la salle commune de l’hôtellerie du village, et moi ? Vais-je laisser naître Dieu en moi, là où je ne l’ai pas encore accueilli ?

Finalement le Temps de l’Avent est un questionnement sur notre manière d’accueillir Celui qui vient. Vais-je Lui ouvrir ma porte ? Ou vais-je Lui ouvrir à condition qu’Il reste dans tel ou tel domaine de ma vie, mais surtout pas dans tel autre ? C’est une invitation à ouvrir grandes les portes de nos cœurs, de nos intelligences, pour laisser Dieu venir naître et transfigurer nos vies comme Il voudra et quand Il voudra.

 

Fête de l’Immaculée Conception

La Vierge Marie est l’icône de l’Eglise. Une des grandes avancées de Vatican II est de ne plus faire un traité de la Vierge Marie, mais d’intégrer la Vierge Marie comme icône de l’Eglise. Ainsi, dès aujourd’hui, en contemplant Marie, je peux voir la réalisation plénière du projet divin.
Elle est, dès aujourd’hui, cette réalisation aboutie. Le projet de Dieu pour nous est dans la pensée divine mais nous, nous avons à le réaliser au quotidien pour chacun de nous et dans l’Eglise. Quand je regarde Marie, je peux découvrir la réalisation du projet créateur et de Celui qui en est le maître d’œuvre : l’Esprit Saint. En ce Temps de l’Avent, il faudrait qu’on soit beaucoup plus attentifs à la présence agissante de l’Esprit dans la vie concrète de notre monde pour la construction de l’Eglise.

 

La Vierge Marie, point d’achoppement avec d’autres chrétiens ?

Personnellement, je suis de plus en plus émerveillé de voir beaucoup de frères protestants pour qui la Vierge Marie ne pose plus aucun problème. Il y a bien sûr, toujours un agacement par rapport à la piété des catholiques. Au pied de la Croix, à travers le disciple bien-aimé, le Christ dit à chacun de nous : Voici ta mère. L’Evangéliste note : A partir de ce moment-là, il prit Marie chez lui. Il y a une sorte de convivialité indispensable entre Marie et chacun de nous pour marcher à la rencontre du Seigneur et entrer dans une intimité avec Lui. D’autre part, si volontairement Saint Jean n’a jamais nommé le disciple bien-aimé, c’est parce qu’il veut nous dire que chacun de nous est le disciple bien-aimé. En tous les cas, et c’est quand même étonnant, si on reste dans une lecture spirituelle de l’Evangile, Marie prend sa place de manière naturelle dans le Mystère de la Révélation.

 

Voyage au Bénin

Je pars avec une petite délégation d’Orange et avec le Père abbé du Barroux qui est lié aussi à ce diocèse. Nous allons pour célébrer les 70 ans de la naissance du diocèse de Parakou, et aussi pour les ordinations sacerdotales qui auront lieu, ainsi que la consécration de la chapelle du séminaire en construction que le Père Denis Le Pivain a pour mission de construire et de mettre en route.

Cette année, les premiers séminaristes sont arrivés ; la chapelle est pratiquement terminée et l’évêque de Parakou m’a demandé de consacrer la chapelle le 8 décembre. C’est une grande joie de montrer le lien qui existe entre notre Eglise diocésaine et cette jeune Eglise d’Afrique, d’autant plus que notre diocèse essaie de financer la bibliothèque du séminaire (40 000 euros, nous en avons rassemblés aujourd’hui 10 000 et j’espère que dans les semaines qui viennent nous allons pouvoir rassembler le reste de cette somme. Dans la foi, j’ai signé le chèque de la bibliothèque, étant sûr que les chrétiens du Vaucluse et tous ceux qui veulent participer au développement d’une jeune Eglise, pourront envoyer des dons à l’économe diocésain)

 

Prière du Pape avec les musulmans en Turquie

Le Saint Père, tout au long de son voyage, a eu le souci de prier pour la paix et il a demandé plusieurs fois que les instances musulmanes quelles qu’elles soient, prennent des positions beaucoup plus courageuses par rapport aux conflits qui déchirent la Syrie, l’Irak et même la Palestine. Le désir du Saint Père est un engagement de tous nos frères musulmans pour une clarté plus grande sur tous les conflits terribles, sur la manière d’agir de l’état islamique. Le Pape a eu des paroles très fortes nous invitant et invitant nos frères musulmans à prendre position. Nous apprenons en effet que Boko Haram au Nigéria, ou l’état islamique en Syrie, tue et massacre ; et ce qui est étonnant, c’est que les responsables musulmans ne dénoncent pas publiquement ces manières d’être. L’Eglise catholique attend des prises de position beaucoup plus fortes. En revanche, que nous puissions tous prier pour la paix, c’est ce geste que le Saint Père a voulu poser en priant dans une mosquée de Turquie.

Dieu est unique. Il est unique en trois Personnes pour nous. Nous avons, chrétiens et musulmans, des manières particulières de voir ce Dieu unique. Moi, je me tourne vers Dieu, mon Père et le Père de Jésus Christ au souffle de l’Esprit. Les musulmans trouvent cela intolérable. Nous avons des points communs sur notre vison de Dieu, mais nous n’avons pas une communion pleine et entière sur nos relations avec Dieu. C’est une grande différence, et pourtant cela ne doit pas nous empêcher de prier Dieu les uns et les autres, pour la paix dans le monde et la miséricorde de Dieu. La miséricorde est un des titres divins qui est commun à nous tous.

Un jour, un religieux ami a été pris par des islamistes en Algérie ; et lorsque le chef, après avoir tout pillé dans leur maison, est revenu près de lui qui était attaché à une chaise, un des jeunes du commando lui a demandé s’il devait l’égorger. Et ce frère a dit à ce commando que s’il voulait l’égorger, qu’ils lui laissent le temps de prier. Il s’est mis à prier en chantant les noms communs de Dieu entre les musulmans et les chrétiens. Et lorsqu’il a chanté Dieu le miséricordieux, le chef a eu un mouvement d’humeur et a dit à tout son commando : « On le laisse et on s’en va… »
C’est une avancée merveilleuse de pouvoir se retrouver sur les notions communes de Dieu.