Le Noël de la girafe

27 décembre 2016

Bloc-notes, janvier 2017

L’année 2016 s’est achevée pour nous à Avignon avec un goût amer dans la bouche ; un lobby largement minoritaire continue à nous imposer la vision de la société qui est la sienne.

La grande girafe s’est répandue par toute la ville avec la volonté de chasser de l’espace public tout ce qui pourrait rappeler de près ou de loin la famille, les traditions provençales de Noël, et au-delà même de nos racines chrétiennes. Je ne sais pas si la grande girafe est arrivée jusqu’à la salle du conclave pour en chasser toute mémoire chrétienne. Tout cela dans le but, comme l’indiquait l’affiche, de célébrer Noël AUTREMENT : pour célébrer autrement, c’est réussi ! Je reste cependant avec une question : pourquoi cet acharnement à vouloir non seulement faire disparaître du hall de la mairie la crèche, désormais bien cachée dans l’église des corps saints, mais aussi le marché de Noël qui, après avoir été envoyé aux quatre coins de l’intra-muros, est désormais reparti à Bethléem et parmi les marchands du temple à Jérusalem !

Mais oublions si vous le voulez ces souvenirs glauques pour nous tourner résolument vers cette nouvelle année qui commence. Les livres ne manquent pas pour nous faire rêver de lendemains qui chantent. A gauche comme à droite, les candidats nous promettent monts et merveilles, promesses qu’ils seront incapables de réaliser comme nous venons de nous en apercevoir durant le quinquennat qui s’achève. A chacun d’essayer d’y voir clair ; il ne convient ni aux prêtres, ni à l’évêque de prendre position, sinon pour inviter les chrétiens et les hommes de bonne volonté à aller voter et à prendre le temps de chercher à identifier le candidat qui répond le mieux au souci du bien commun qui doit nous habiter tous.

Personnellement, la nuit du nouvel an, j’ai commencé l’année, seul dans un ermitage, en adoration devant le saint-sacrement dans l’action de grâce pour tout ce que nous avions vécu de beau durant cette année et pour tout ce que nous allions vivre de beau durant cette nouvelle année qui commençait. Le premier janvier, la liturgie m’a invité à fêter la Vierge Marie, mère de Dieu. Oui, Dieu a voulu venir partager notre aventure humaine, le Fils bien-aimé du Père a pris chair dans le sein de Marie et s’est fait homme. Il est né humblement dans une crèche et il continue de naître d’année en année au milieu de nous, pour nous entraîner avec lui au cœur même de la vie de Dieu.

L’ange de Bethléem continue désespérément de souffler dans sa trompette pour annoncer au monde la naissance de l’enfant-Jésus qui vient nous apporter la Paix de Dieu. Il souffle d’autant plus fort qu’il l’a constaté : les gens ne veulent plus accueillir la sainte Vierge ni saint Joseph ; ils ne veulent plus de la crèche ni dans les halls de mairie ni ailleurs, ni de Jésus, ni de la sainte famille.
Saint Joseph a l’air bien pensif, il ne comprend pas pourquoi, depuis plus de 2000 ans, le monde n’a pas compris que l’enfant Dieu vient nous apporter sa Paix, sa Joie, son Amour et tous ses trésors divins. La sainte Vierge, elle, comme une mère, nous montre l’enfant pour nous inviter à l’accueillir, à le prendre dans nos bras, à nous laisser transfigurer et habiter par lui. Le Ravi, lui, malgré tout, continue de s’émerveiller de tout ce qu’il voit de beau au cœur de notre monde et il nous invite à nous émerveiller avec lui.

En ces jours de Noël et à l’aube d’une nouvelle année, au fond de mon ermitage, j’ai prié pour notre Église diocésaine, pour tous les habitants de notre département, à toutes les intentions que je portais en mon cœur, l’Afrique, le tiers et le quart monde, les prochaines élections, la Paix dans le monde et en chacun de nos cœurs.
Aussi, vous me permettrez de vous offrir à tous mes vœux à l’aube de cette nouvelle année, dans la lumière de la Vierge Marie et des mages qui continuent à répandre la bonne nouvelle, la manifestation de Dieu présent au cœur de notre monde. Puissions-nous tous accueillir cette Paix, cette Joie et ouvrir notre cœur à un authentique vivre-ensemble dans notre terre de Provence qui devient avec Lui un petit coin de paradis.

+ Jean-Pierre Cattenoz, archevêque d’Avignon