Le zèle de ta maison me dévorera

2007

Jésus est dans le Temple, son regard parcourt la foule des changeurs, des marchands de colombes, de brebis et de bœufs ; il n’en peut plus, il se fait un fouet de cordes et il les chasse tous du Temple en s’écriant avec colère : “Ôtez cela d’ici, ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic !” Les disciples assistent médusés à ce geste du maître, mais ils se souviennent de ce verset du psaume qui spontanément remonte à leur mémoire : “Le zèle de ta maison me dévorera !

L’évangile de saint Jean s’ouvre par la grande annonce du mystère de la venue de Dieu parmi nous : “Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous…” Puis, immédiatement viennent les premières rencontres de Jésus avec ceux qui deviendront ses disciples, Jean et André, Simon-Pierre et Philippe, sans oublier Nathanäel qui ne comprend pas comment le Messie pourrait venir de Nazareth ce village perdu de Galilée.

Alors arrive l’invitation aux noces de Cana où Jésus accomplira son premier signe annonçant mystérieusement la signification même de sa mission : célébrer ses noces avec l’humanité. Depuis toujours Dieu n’a pas trouvé de plus belle image que celle des noces pour nous dire son projet d’amour, nous donner de ne faire plus qu’un avec lui dans l’amour. Il est prêt à tout pour célébrer ses noces, même si pour cela il doit aller jusqu’à mourir sur une croix. Son cœur brûle de ce désir d’amour et à Cana “Il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui”. Et le voilà dans le Temple, mais il ne supporte pas de voir tout ce gâchis : la maison du Père devenue une maison de trafic !

Et si notre monde était devenu cette maison de trafic ? Et si notre cœur était devenu une véritable caverne d’Ali Baba ? Et si l’Évangile était là pour nous rappeler que notre monde est la maison du Père ? Et si l’Évangile était là pour nous redire que nous sommes le Temple de Dieu et que ce Temple est saint ! Combien de choses inutiles habitent nos vies, nous ne cessons de courir dans des vies de plus en plus trépidantes pour des choses trop souvent sans réelle valeur au regard de l’essentiel, de l’unique nécessaire.

Notre vie de baptisé ne consiste-t-elle pas à laisser Jésus agir en nous pour nous obliger à vivre cette véritable conversion du cœur qui nous conduira à recentrer nos vies sur l’essentiel : demeurer avec lui, en sa présence dans l’amour. Par le baptême, nous sommes devenus enfant de Dieu et nous devons le devenir de plus en plus en nous laissant habiter par le Christ chaque jour davantage ; toute notre vie doit être éclairée par cette urgence première : “Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi”. Nous avons à expérimenter cette présence du Christ dans le quotidien de nos vies jusqu’à ce que cette présence devienne vitale pour nous et aille jusqu’à tout changer dans nos vies, impossible de vivre comme avant.

Notre mission de chrétien n’est-elle pas de conduire nos frères jusqu’auprès de Jésus pour leur permettre à eux aussi de vivre cette merveilleuse rencontre qui viendra bouleverser leur vie comme elle a changé la nôtre. Jésus continuera à se faire un fouet de cordes pour chasser tous les idoles de leurs cœurs et leur permettre de vivre une conversion qui viendra changer leur vie pour leur donner de passer des ténèbres à la lumière dans la lumière de celui qui est la Lumière du monde et la source de la Vie.

En ce début d’année pastorale, je vous souhaite à tous de faire vôtre le double mot d’ordre du prophète Élie : “Il est vivant le Dieu en présence de qui je me tiens !” et “Je brûle d’un zèle jaloux pour le Seigneur”. Oui, malheur à nous si nous n’annonçons pas l’Évangile et “je ne veux rien savoir parmi vous sinon Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié”.

+ Mgr Jean-Pierre Cattenoz
2007