Les bases de la vie de la première communauté

octobre 2003

La prédication des apôtres s’accompagne de signes et de prodiges, Dieu est à l’œuvre à travers eux, sa présence ne fait pas de doute. Tout le monde en est conscient : Dieu est là !

Dieu est là au coeur de ce petit groupe qui témoigne que Jésus est vivant et qu’Il a changé leur vie ; la crainte dont nous parlent les Actes est justement le signe de la prise de conscience de la présence divine à l’ouvre : “La crainte gagnait tout le monde : beaucoup de prodiges et de signes s’accomplissaient par les apôtres.” (Ac 2, 43) Sommes-nous prêts à témoigner, aujourd’hui encore, de tout ce que Dieu fait au cour de notre monde ? N’avons-nous pas besoin de nous frotter les yeux pour voir, n’avons-nous pas besoin que l’Esprit vienne nous ouvrir les yeux pour voir Dieu à l’ouvre dans nos vies ? La foi est un regard nouveau capable de voir l’invisible, de voir Dieu présent et agissant sous nos yeux. Dieu ne cesse de nous faire signe, mais trop souvent nos yeux sont aveuglés. “Seigneur, fais que je voie, viens au secours de mon manque de foi !

Tous ceux qui étaient devenus croyants étaient unis et mettaient tout en commun” (Ac 2, 44). Un chrétien est quelqu’un qui est "devenu croyant" et les Actes emploient un verbe pour nous montrer que la foi est une action, une action qui engage toute la vie de l’homme pour la transformer, pour lui donner son sens. Une des premières conséquences de cette transformation est la solidarité qui se crée entre tous. Il n’y a plus des individus, mais des frères qui sont unis et qui mettent tout en commun. Cette unanimité peut nous paraître irréelle, irréalisable et, humainement, elle l’est. Elle ne peut être que le fruit de la présence et de l’action de Dieu au milieu de la communauté ; et il nous faut la mendier humblement en permanence comme un don de Dieu source de tout Amour. Aujourd’hui, dans nos paroisses, nous devrions demander comme une grâce de redécouvrir l’importance de la dimension communautaire et de pouvoir en vivre dans le quotidien : je ne peux être chrétien sans être en lien avec mes frères et soeurs, j’ai besoin d’eux comme ils ont besoin de moi et ensemble nous avons à nous laisser habiter par le Seigneur qui nous donnera de faire communauté, de faire Église.

Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens, pour en partager le prix entre tous, selon les besoins de chacun.” (Ac 2, 45) Le partage fraternel était un élément fondateur de la vie de la communauté avec non pas l’idée que chacun devait recevoir la même part, non : chacun recevait selon ses besoins, les besoins de l’un ne sont pas ceux de l’autre. La jalousie n’était pas de mise, mais au contraire le respect de chacun. Cette réalité de la vie matérielle de la première communauté chrétienne n’a pas duré, mais elle est cependant restée au cour de la vie de l’Église comme une exigence de sainteté pour chacun et pour toute communauté. Nous avons à porter le souci les uns des autres et à être attentifs aux besoins de nos frères ; nous avons à être ouverts au partage de toutes les richesses qui sont les nôtres à tous les niveaux, richesses que nous avons reçues pour les partager avec nos frères et non pour les garder jalousement pour nous. N’oublions pas que la paroisse est dans son être même une communauté, un lieu de vie et de partage fraternel dans le Christ.

Unanimes, ils se rendaient chaque jour assidûment au Temple ; ils rompaient le pain à domicile, prenant leur nourriture dans l’allégresse et la simplicité du coeur.” (Ac 2, 46) Toujours cette unanimité qui scande le texte des Actes des Apôtres comme un refrain, peut-être parce que l’auteur sait bien que l’unité dans l’amour de charité restera une pierre d’achoppement pour nous tous et que nous devrons sans cesse demander à l’Esprit Saint d’être lui-même en nous cette source d’amour qui seule nous permettra de vivre cette unanimité de l’Amour dans le Corps du Christ que nous formons. Une autre grande réalité est celle de la joie, de l’allégresse qui habite la première communauté. La joie est le signe de la présence rayonnante de Dieu dans le cour de l’homme, Dieu est là ! Cette joie peut s’accompagner de bien des difficultés, de bien des souffrances, mais au plus profond du cour la joie de Dieu est là.

Il faudrait encore souligner la simplicité du cour, signe là encore de l’Esprit Saint qui rayonne au plus profond des cours ; un chrétien est comme un enfant qui se laisse conduire par l’Esprit Saint dans la confiance et l’abandon. Il ne peut rien par lui-même, mais sa confiance en Dieu et en sa miséricorde est totale.

Ils louaient Dieu.” (Ac 2, 47) La louange est également un des traits caractéristiques de toute vie chrétienne, nous sommes faits pour entrer dans la louange, pour nous laisser habiter par elle, pour ouvrir nos yeux sur tout ce que Dieu fait de beau et de bon au cour de sa création et en chacun de nous. Chaque matin à notre réveil, nous devrions prendre quelques minutes pour louer Dieu pour la journée qu’il va nous donner, pour toutes les merveilles dont nous serons les témoins et chaque soir, l’action de grâce devrait monter de nos cours. En réalité, comme le dira Saint Paul, nous devons rendre grâce en toute circonstance, à chaque instant notre cour doit se laisser habiter par la louange et l’action de grâce et cela change notre regard, transforme notre vie.

Enfin, le livre des Actes ajoute : “Ils trouvaient un accueil favorable auprès du peuple tout entier. Et le Seigneur adjoignait chaque jour à la communauté ceux qui trouvaient le salut.” (Ac 2, 47) Là encore, les Actes soulignent la présence active du Seigneur dans la vie de la communauté. Il en est le maître d’oeuvre, il en est le pasteur ; il est vivant et agissant au cour de la vie de nos communautés aujourd’hui, au cour de la vie de notre diocèse et il en est le véritable pasteur, le bon pasteur.

+ Jean-Pierre Cattenoz
Octobre 2003