Lettre de saint Paul adressée aux chrétiens du diocèse d’Avignon

11 avril 2009

Conférence de Carême donnée par Mgr Cattenoz le samedi 4 avril 2009 en la Collégiale Saint-Pierre d’Avignon : « Je ne veux rien savoir, parmi vous, sinon Jésus Christ et Jésus Christ crucifié » 1 Co. 2,2

Moi, Paul, apôtre du Christ Jésus, je vous écris à vous chrétiens du diocèse d’Avignon, vous qui avez été sanctifiés dans le Christ par le bain du baptême, vous qui êtes appelés à être saints avec tous ceux qui dans le monde entier confessent Jésus comme leur Seigneur et leur Sauveur.

Sans cesse je rends grâces à Dieu à votre sujet pour tous les dons que Dieu vous a accordés dans le Christ Jésus. Aucun don de la grâce ne vous manque, à vous qui êtes appelés à la communion de Jésus-Christ notre Seigneur.

Je vous en prie, frères, par la puissance du Seigneur Jésus, qu’il n’y ait pas parmi vous de divisions, soyez étroitement unis dans le Seigneur. En effet, mes frères, il m’a été signalé qu’il y a parmi vous des discordes. J’entends par là que l’un prend le parti de Paul, l’autre se réclame de Jacques ou de Jean en proclamant : « Moi, je suis à Paul. » - « Et moi à Jacques. » - « Et moi au Christ. » Je ne vais pas vous faire une leçon de morale pour vous inviter à vivre davantage unis dans la charité. Je voudrais simplement vous demander : Le Christ n’est-il pas ainsi divisé ? Serait-ce Paul qui a été crucifié pour vous ? Ou bien serait-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés ?

Moi-même, Paul, je peux témoigner devant vous d’une chose : Christ m’a envoyé annoncer l’Évangile de la Croix. Or le langage de la Croix est folie pour le monde, mais pour ceux qui se sauvent, pour nous, et pour vous je l’espère, il est puissance de Dieu.

Aujourd’hui, devant vous, nous proclamons un Christ crucifié, scandale pour les uns et folie pour beaucoup d’autres, mais pour nous les croyants, il est le Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu. La folie de Dieu dépasse toute sagesse humaine et la faiblesse de Dieu surpasse toute force humaine.

D’ailleurs, frères, regardez parmi vous, il n’y a pas beaucoup de sages selon le monde, ni beaucoup de gens puissants, ni beaucoup de gens de haute naissance. Mais ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre les sages ; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre ce qui est fort. Ce qui dans le monde est compté pour rien, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre le monde.

Moi-même, j’en ai fait l’expérience : dans ma vie, la puissance de Dieu éclate au cœur de ma faiblesse. Pourtant j’aurais pu me glorifier : Hébreu, fils d’Hébreu, circoncis dès le huitième jour, de la race d’Israël, de la tribu de Benjamin, pharisien au regard de la loi et cela n’est pas rien ! Par toute ma vie, j’étais engagé dans l’observance la plus stricte de la loi, j’étais irréprochable quant au zèle et à la justice.

Je faisais fausse route, je croyais être quelqu’un, je croyais avoir droit au salut de Dieu et voilà que le Seigneur s’est révélé à moi. Il m’a fait comprendre que j’étais moi-aussi un pécheur, comme tous les autres, et que je n’avais aucun titre à prétendre au salut. Mais en même temps il m’a révélé son amour, un amour fou, et j’en ai été littéralement aveuglé.

Aussi, aujourd’hui, tous ces avantages dont j’étais pourvu, je les considère comme totalement secondaires à cause du Christ. Désormais, je considère tout comme accessoire à cause de la supériorité de la connaissance du Christ mon Seigneur. A cause de lui, j’ai accepté de tout perdre et je considère tout comme sans valeur afin de gagner le Christ. Et mon désir est que vous aussi, vous puissiez vivre la même rencontre avec Lui, une rencontre qui viendra bouleverser votre vie.

Je revois encore cet instant où Jésus s’est révélé à moi ; ce fut une illumination, j’ai compris qu’il me fallait revoir de fond en comble ma manière d’être et de vivre. Depuis ce jour, je n’ai plus qu’une certitude :

« Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi, ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi. »

Il m’a aimé d’un amour fou, d’un amour de miséricorde qui - tout à la fois - m’a fait comprendre combien je m’étais trompé, m’a donné son pardon et m’a appelé à me mettre totalement à son service.

Cette rencontre avec le Christ fut pour moi en même temps une illumination et un aveuglement, car la lumière du Christ venait éclairer d’une lumière terrible les ténèbres qui habitaient mon cœur.

Regardons la réalité en face : Je ne comprends pas ce que je fais, je suis incapable de faire le bien que je voudrais, et je fais le mal que je ne veux pas. Je désire vivre dans la lumière du Christ du point de vue de l’homme intérieur ; mais j’aperçois en moi une autre loi qui m’enchaîne au péché. Malheureux homme que je suis ! Qui me délivrera de cette loi de mort qui habite en moi ?

Ce que j’ai écrit autrefois aux Romains, pour décrire la réalité qui était la mienne et celle de notre monde, reste totalement vrai pour votre société à l’aube du 21ème siècle :

« remplis de toute injustice, de perversité, de cupidité, de malice ; ne respirant qu’envie, meurtre, dispute, fourberie, malignité ; diffamateurs, détracteurs, ennemis de Dieu, insulteurs, orgueilleux, fanfarons, ingénieux au mal, rebelles à leurs parents, insensés, déloyaux, sans cœur, sans pitié, connaissant bien pourtant le verdict de Dieu qui déclare dignes de mort les auteurs de pareilles actions, non seulement ils les font, mais ils approuvent encore ceux qui les commettent. »


Nous sommes en proie à toutes les formes de dépravation.

Je décris les choses telles que je les vois, et je sais très bien que ce dont je parle est également enraciné en moi-même. Nous portons tout cela au-dedans de nous et cela reste vrai pour vous. Chacun aura pu et aura su se reconnaître dans le catalogue que je viens de vous rappeler.

Mais Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont il nous a aimés, alors que nous étions morts par suite de nos fautes, nous a fait revivre avec le Christ – c’est par grâce que vous êtes sauvés ! -, avec Lui, il nous a ressuscités et fait asseoir aux cieux dans le Christ Jésus.

Oui, rendons grâce au Christ Jésus : par sa croix, il nous a rendu la vie. Le Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs. Par son sang, il nous a sauvés et il a fait de nous ses frères. Ainsi, vous n’êtes plus des étrangers, ni des hôtes ; vous êtes concitoyens des saints, vous êtes de la maison de Dieu. Car la construction que vous êtes a pour fondation les apôtres et leurs successeurs, et pour pierre angulaire le Christ Jésus lui-même.

Au moment où vous allez entrer dans la semaine de la Pâque, n’ayez pas peur d’aller au pied de la Croix pour contempler le mystère. Il est mort pour que nous ayons la vie, le sang de la Croix vient nous laver de tout péché. Il a été enseveli, il est sorti vivant du tombeau et dès lors il nous entraîne avec lui sur le chemin de la vie.

Chrétiens du diocèse d’Avignon, ignorez-vous que baptisés dans le Christ Jésus, c’est dans sa mort que vous avez été baptisés, que vous avez été plongés pour que meure en vous le vieil homme ? Nous avons été ensevelis avec lui par le baptême dans sa mort, afin de ressusciter avec lui par la puissance du Père pour vivre d’une vie nouvelle. Le baptême est pour chacun de nous un tombeau et un berceau.

Nous sommes devenus un même être avec le Christ par une mort semblable à la sienne. Comprenez-le bien, votre vieil homme a été crucifié avec lui pour que fût réduit à l’impuissance ce corps de péché et que vous cessiez d’être asservis au péché et à la mort.

Mais si nous sommes morts avec le Christ, nous croyons que nous vivons désormais en lui. Le Christ est ressuscité des morts et la mort n’a plus sur lui aucun pouvoir ; sa mort fut une mort au péché une fois pour toutes et sa vie est désormais une vie totalement à Dieu. Et vous de même, désormais, vous êtes morts au péché et vivants dans le Christ Jésus.

Je ne cesse de prier pour vous tous :

« Daigne le Dieu de notre Seigneur Jésus, vous donner un esprit de sagesse et de révélation qui vous le fasse vraiment connaître ! Puisse-t-il illuminer les yeux de votre cœur pour vous faire comprendre quelle espérance vous ouvre son appel, quel trésor de gloire renferme son héritage parmi les saints et quelle extraordinaire grandeur sa puissance revêt pour vous les croyants, selon la vigueur de sa force qu’il a déployée pour vous dans le Christ. »


Il vous a fait revivre avec le Christ – c’est par grâce que vous êtes sauvés ! Désormais pour vous, vivre c’est le Christ, en lui vous avez la vie.

Mais attention, que le péché ne règne plus en vous. Au contraire poursuivez votre route dans le Christ Jésus le Seigneur, tel que vous l’avez reçu ; soyez enracinés et fondés en lui, affermis ainsi dans la foi telle qu’on vous l’a enseignée et débordants de reconnaissance. Veillez à ne pas vous laisser détourner du Christ par tout ce que le monde peut vous proposer, mais au contraire, au cœur de ce monde, soyez de vrais témoins du Christ Jésus, votre Seigneur et le nôtre. En lui habite toute la plénitude de la divinité, corporellement et, en lui, vous vous trouvez associés à cette plénitude.

En lui, Dieu vous a pardonné toutes vos fautes ; vous êtes morts au monde du péché avec le Christ en Croix. Désormais soustraits aux éléments du monde, pourquoi vous plier aux règles du monde comme si votre vie dépendait encore du monde ? Du moment que vous êtes ressuscités avec le Christ par votre baptême dans le Christ, cherchez à vivre de cette vie nouvelle dans le Christ, votre vie. Vous êtes morts au monde et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu.

Faites donc mourir ce qui, en vous, appartient à la terre
 : débauche, impureté, passion, désir mauvais et cette cupidité qui est une idolâtrie. Débarrassez-vous de tout cela : colère, irritation, méchanceté, injures, grossièreté sorties de vos lèvres. Plus de mensonge entre vous, car vous vous êtes dépouillés du vieil homme avec ses pratiques, et vous avez revêtu l’homme nouveau – vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ – et il n’y a plus ni Grec ni Juif, ni circoncis ni incirconcis, ni barbare, ni Scythe, ni esclave, ni homme libre, mais le Christ : Il est tout et en tous.

Dès lors, sanctifiés et aimés par Dieu dans le Christ, revêtez donc des sentiments de compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience. Supportez-vous les uns les autres et si l’un a un grief contre l’autre, pardonnez-vous mutuellement : comme le Seigneur vous a pardonnés, faites de même vous aussi. Et par-dessus tout, revêtez l’amour, c’est le lien de la perfection. Que règne en vos cœurs la paix du Christ à laquelle vous avez été appelés, tous en un seul corps. Vivez dans la reconnaissance.

Que la parole du Christ habite en vous dans toute sa richesse : instruisez-vous et avertissez-vous les uns les autres avec pleine sagesse ; chantez à Dieu, dans vos cœurs, votre reconnaissance par des psaumes, des hymnes et des chants inspirés par l’Esprit. Tout ce que vous pourrez dire ou faire, faites-le au nom du Seigneur Jésus, en rendant grâce par lui à Dieu le Père.

Tenez-vous à la prière ; qu’elle vous garde sur le qui-vive dans l’action de grâce. Que vos propos soient toujours bienveillants.

Chrétiens du diocèse d’Avignon, la prédication que vous avez reçue n’était-elle pas enracinée, fondée en Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié ? Dieu a envoyé son fils né d’une femme pour vous libérer, vous qui étiez assujettis à la loi du péché pour qu’il vous soit donné d’être fils adoptifs, d’appartenir au Christ par le bain baptismal. Fils, vous l’êtes bien et Dieu a envoyé dans vos cœurs l’Esprit de son Fils qui crie : Abba – Père ! Vous n’êtes donc plus esclaves, mais fils, et comme fils, vous êtes aussi héritiers.

Chrétiens d’Avignon, mes petits enfants que dans la douleur j’enfante à nouveau, jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous. Oh ! Je voudrais être auprès de vous en ce moment pour trouver les mots justes car je ne sais comment m’y prendre avec vous.

C’est pour que vous soyez vraiment libres que le Christ vous a libérés. Tenez donc ferme et ne vous laissez pas entraîner de nouveau sous le joug de vos esclavages. Pour celui qui est en Jésus Christ, la seule chose qui compte c’est la foi agissant par l’amour.

Vous, frères chrétiens d’Avignon, vous avez été appelés à la liberté. Seulement, que cette liberté ne donne aucune prise au mal et au péché ! Mais, par l’amour, mettez-vous au service les uns des autres. Car vous le savez bien, toute la loi du Christ trouve son accomplissement dans l’unique commandement de l’amour :
- 

« Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé ».

Mais si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde : vous allez vous détruire les uns les autres. Ecoutez-moi : marchez sous l’impulsion de l’Esprit et l’Esprit vous libérera de l’emprise du péché dont vous connaissez les œuvres de mort : libertinage, impureté, débauche, idolâtrie, magie, haine, discorde, division, jalousie, emportement, rivalités, dissensions, factions, envie et autres choses semblables : leurs auteurs – je vous le dis – n’hériteront pas du Royaume de Dieu. Mais voici le fruit de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur, maîtrise de soi. Ceux qui sont au Christ ont crucifié tous les désirs et les passions humaines. Si vous vivez par l’Esprit, marchez aussi sous l’impulsion de l’Esprit.

Entre vous, pas de provocations et, s’il arrive à quelqu’un d’être pris en faute, c’est à vous les spirituels, de le redresser dans un esprit de douceur. Oui, portez les fardeaux les uns des autres et ainsi vous accomplirez la loi du Christ.

Pour moi, je ne veux pas d’autre titre de gloire que la Croix de notre Seigneur Jésus Christ ; par elle, le monde est crucifié pour moi et moi pour le monde. Vous ne vous appartenez plus, vous appartenez au Christ, votre corps est le temple de l’Esprit qui est en vous et qui vient de Dieu.

Celui qui s’unit au Seigneur est un seul esprit avec lui ; il ne fait plus qu’un en lui. Or vous aussi, vous allez communier au corps du Seigneur. Le pain que vous allez rompre n’est-il pas communion au corps du Christ ? De plus, cette communion au corps du Christ porte en elle, pour vous tous, une autre exigence, celle de communier avec tous ceux qui sont les membres de ce Corps ; en effet, puisqu’il y a un seul pain, vous êtes tous un seul corps car tous vous participez à cet unique pain qui est le corps du Seigneur.

Chrétiens du diocèse d’Avignon, il y a parmi vous des divisions m’a-t-on dit, et je crois que c’est en partie vrai. Aussi, je voudrais vous rappeler ce que j’ai moi-même reçu du Seigneur et qui vous a été transmis :

« le Seigneur Jésus, dans la nuit où il fut livré, prit du pain, et après avoir rendu grâce, il le rompit et dit :  »Ceci est mon corps qui est pour vous, faites cela en mémoire de moi.«  Il fit de même pour la coupe, après le repas, en disant :  »Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang ; faites cela toutes les fois que vous en boirez en mémoire de moi.«  Or, chaque fois que vous mangez ce corps et buvez à cette coupe, vous vous unissez au corps du Seigneur pour ne faire plus qu’un en lui et pour ne faire plus qu’un entre vous. »

Le mystère de l’unité du Corps du Christ dans votre Église particulière s’enracine et se nourrit de l’eucharistie qui vous réunit chaque semaine, le jour du Seigneur. A chaque eucharistie, vous participez au mystère de la Croix, le Christ vous donne de participer à son sacrifice. Il vous donne de participer à sa mort pour faire mourir en vous le vieil homme, et à sa résurrection pour faire grandir en vous l’homme nouveau créé dans le Christ au jour de votre baptême. Il vous donne également de participer au mystère de son corps, de devenir toujours davantage membre de son Corps, ce Corps que vous formez tous ensemble. Quel mystère que l’eucharistie dominicale. Elle rassemble des hommes et des femmes qui, au-delà de leurs différences et de leurs divergences, se réunissent pour faire Église, pour devenir toujours davantage membres du Corps du Christ, membres les uns des autres dans ce Corps.

Prenons une comparaison : le corps est un et pourtant il a plusieurs membres, mais tous les membres du corps, malgré le nombre, ne forment qu’un seul corps ; il en est de même du Christ, du Corps du Christ que vous formez. Tous vous avez été baptisés dans le Christ, tous vous avez été baptisés dans un seul Esprit en un seul corps, tous vous avez été abreuvés d’un seul Esprit.

Le corps, en effet, ne se compose pas d’un seul membre mais de plusieurs et les membres se complètent les uns les autres pour assurer la vie et l’équilibre du corps tout entier, il en est de même du Corps du Christ que vous formez. Vous êtes les membres du Corps du Christ, chacun pour sa part. Et ceux que Dieu a disposés dans l’Église sont premièrement des apôtres, deuxièmement des prêtres et des diacres, troisièmement des catéchistes, mais eux tous ont pour mission de mettre les saints en état d’accomplir leur ministère : bâtir le Corps du Christ.

Vous tous, baptisés dans le Christ, habités et conduits par l’Esprit Saint, non seulement vous êtes membres du Corps du Christ pour votre sanctification, mais vous avez tous un ministère propre qui est vital pour le Corps tout entier, celui de construire le Corps tout entier en étant des témoins rayonnant du Christ au cœur du monde qui est le vôtre aujourd’hui. Alors nous parviendrons tous ensemble à l’unité dans la foi et dans la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’adultes, à la taille du Christ dans sa plénitude.

Confessant la vérité dans l’amour, nous grandirons à tous égards dans l’unité vers celui qui est la tête, le Christ. Et c’est de lui que le corps tout entier, coordonné et bien uni grâce à toutes les articulations qui le desservent, selon une activité répartie à la mesure de chacun, réalise sa propre croissance pour se construire lui-même dans l’amour.

Si vous cherchez les dons les meilleurs, je voudrais vous rappeler la voie la meilleure, celle de l’amour de charité. Vous auriez beau avoir tous les dons que la nature humaine peut donner à un homme, s’il vous manque l’amour de charité, vous serez comme un métal qui résonne, une cymbale retentissante. Vous auriez beau avoir une foi à transporter les montagnes, s’il vous manque l’amour, vous n’êtes rien. Vous le savez bien, s’il vous manque l’amour, votre vie perd son sens.

En même temps, vous expérimentez sans cesse la difficulté que nous avons à aimer en vérité ; nous ne cessons de buter sur notre incapacité à aimer vraiment. Mais, heureusement, l’amour de Dieu a été répandu en nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. L’Esprit vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas aimer comme il faut. Lui seul peut nous permettre de vivre au quotidien dans l’amour.

A travers les sacrements de l’initiation chrétienne, Dieu nous a donné de naître à la vie divine pour vivre notre vocation d’enfants de Dieu.
Au jour de notre baptême, Dieu a greffé en nous sa propre vie divine ; dans nos capacités d’aimer, il a greffé son amour divin, l’amour de charité qui vient surélever nos capacités d’aimer pour nous permettre d’aimer divinement.
Au jour de notre confirmation, Dieu a mis en place en nous ce qui permet à l’Esprit Saint d’agir en nous quand et comme il le voudra, pour nous permettre de dépasser toutes nos limites et arriver à vivre dès maintenant en enfants de lumière, dans la lumière de l’amour divin :

« L’amour prend patience, l’amour rend service, il ne jalouse pas, il ne plastronne pas, il ne s’enfle pas d’orgueil, il ne fait rien de laid, il ne cherche pas son intérêt, il ne s’irrite pas, il n’entretient pas de rancune, il ne se réjouit pas de l’injustice, mais il trouve sa joie dans la vérité. Il excuse tout, il croit tout, il espère tout, il endure tout, l’amour ne passera jamais. »

Je voudrais maintenant vous livrer ma propre expérience. Le Seigneur m’a conduit tout au long de ma vie à une désappropriation progressive de moi-même.

J’ai déjà dû renoncer à tous mes privilèges personnels de pharisien, d’Hébreu, fils d’Hébreu, des titres dont je pouvais me glorifier. J’ai dû renoncer à toutes mes qualités personnelles : le fait d’être doué d’une grande facilité de parole, d’un langage persuasif, fougueux, violent, bien supérieur à la pauvreté d’élocution des orateurs de ma génération. Par des expériences douloureuses, j’ai compris que Dieu est Seigneur et que le serviteur de Dieu doit libérer son cœur de tout ce qui pourrait être succès personnel pour devenir un instrument de plus en plus docile entre les mains de Dieu.

Je pourrais également vous partager ma souffrance lors de ma rupture avec Barnabé, alors qu’il était pour moi comme un père et un frère. Cet événement fut pour moi l’occasion d’approfondir et de comprendre ce que le Seigneur m’avait laissé pressentir quand il m’était apparu sur le chemin de Damas. Le Seigneur est le seul ami, parfait, toujours présent, le seul fidèle, le seul qui nous comprenne à fond, qui ne nous abandonne jamais. Tout cela a décanté en moi mon amour pour le Christ. Je l’ai aimé à l’extrême, de manière tendre et ardente, et mon cœur passionné a vibré de plus en plus profondément au rythme de cet amour qui devenait le tout de ma vie.

Le Seigneur nous a créés, il nous connaît jusqu’au plus profond de nous-mêmes, et toutes les amitiés humaines pâlissent devant l’intensité de la « connaissance du Christ mon Seigneur ». C’est pourquoi je fléchis les genoux devant le Père de qui toute famille tire son nom au ciel et sur la terre ; qu’il daigne, selon la richesse de sa gloire, vous armer de puissance, par son Esprit, pour que se fortifie en vous l’homme intérieur, qu’il fasse habiter le Christ en vos cœurs par la foi ; enracinés et fondés dans l’amour, vous aurez ainsi la force de comprendre, avec tous les saints, ce qu’est la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur et de connaître l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance afin que vous, chrétiens du diocèse d’Avignon, vous soyez comblés jusqu’à recevoir toute la plénitude de Dieu.

Oui, je peux vous le redire : Je regarde tout comme désavantageux à cause de la supériorité de la connaissance du Christ Jésus mon Seigneur. A cause de lui, j’ai accepté de tout perdre afin de gagner le Christ et d’être trouvé en lui, n’ayant plus ma justice à moi, mais celle qui vient de Dieu et s’appuie sur la foi ; le connaître lui, avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, lui devenir conforme dans sa mort, afin de parvenir si possible à ressusciter d’entre les morts. Oui, pour moi, la Vie c’est le Christ.

Le Christ est devenu pour moi l’ami inséparable ; et désormais, ni la tribulation, ni l’angoisse, ni la persécution, ni la faim, ni la nudité, ni les périls, ni le glaive, non, rien ne me séparera de l’amour du Christ. Pour moi, le Christ est le cœur de ma vie : tout le reste, tout ce que je fais ou dis, est annonce du Christ qui vit en moi. Mon intimité avec lui est le tout de ma vie.

Pour moi, toute amitié, toute relation humaine, acquiert son sens, sa signification, sa beauté dans mon amitié avec le Christ. Toute amitié avec les miens, avec les communautés que j’ai créées ou rencontrées, avec mes collaborateurs, se situe toujours dans la lumière de l’amitié plénière avec le Christ qui est devenu le cœur de ma vie.

Avec le recul de toute une vie, je suis bouleversé de découvrir comment le Christ a toujours été là, à mes côtés, pour me permettre d’entrer à mon tour dans le mystère de sa transfiguration. Toute ma vie fut une transfiguration progressive de tout mon être dans la lumière divine. Cette lumière qui, sur le chemin de Damas, m’a aveuglé, est venue illuminer toute ma vie de la lumière du Christ.

Nous tous, qui, le visage découvert réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image, allant de gloire en gloire, comme par le Seigneur, qui est l’Esprit. Cette transformation, cette transfiguration se poursuit tout au long de nos vies de plus en plus glorieuses par la puissance de l’Esprit Saint. Progressivement, il nous est donné de nous transformer à l’image de Jésus, et sa lumière nous transfigure pour nous permettre d’acquérir la luminosité du Christ.

Cette transfiguration, cette transparence progressive à la lumière du Christ, constitue l’un des secrets de toute vie en Christ, qui rayonne pour attirer. Cette transfiguration est toujours l’aboutissement d’un long chemin d’épreuves, de souffrances, de prière et de confiance en celui qui est notre lumière.

Vous aussi, chrétiens du diocèse d’Avignon, vous êtes appelés à acquérir une âme lumineuse et transparente en laissant la grâce de Dieu vous transfigurer dans la lumière du Christ. Dans vos paroles et dans vos actes doivent transparaître cette paix, cette sérénité, cette confiance qui échappent à toute description mais qui se devinent instinctivement comme fruits de cette transfiguration en Christ.

Je voudrais cerner pour vous les fruits de cette transfiguration dans la lumière du Christ. Bien sûr, ce trésor, nous le portons dans des vases d’argile, pour que cette incomparable puissance soit de Dieu et non de nous.

Oui, pressés de toutes parts, nous ne sommes pas écrasés ; dans les impasses, mais nous arrivons à passer ; pourchassés mais non rejoints ; terrassés mais non achevés ; sans cesse nous portons dans notre corps l’agonie de Jésus afin que la vie de Jésus soit manifestée dans notre corps.

Toujours, nous les vivants, nous sommes livrés à la mort à cause de Jésus afin que la vie de Jésus soit elle aussi manifestée dans notre existence mortelle. Oui, je ne veux rien savoir parmi vous sinon Jésus Christ et Jésus Christ crucifié.

Je voudrais essayer de mieux cerner les fruits de cette inhabitation du Christ, de cette transfiguration du croyant dans la lumière du Christ.

Le premier fruit de cette transfiguration est la joie qui habite le disciple, une joie qui surabonde même au milieu des tribulations ; cette joie n’est ni affectation, ni idéalisme ; cette joie extraordinaire vient de Dieu, elle est la marque de cette transfiguration, elle n’est pas humaine. Il s’agit d’une joie véritable, compatible avec tous les soucis qui pèsent sur le disciple, avec toutes ses épreuves. C’est aussi une joie qui rayonne sur l’entourage du disciple ; elle se répand sur sa communauté ; il ne la garde pas pour lui-même, elle rejaillit autour de lui, sur la communauté qu’il accompagne. Je peux vous le dire, mes communautés furent ma joie et ma couronne. Mais ne vous y trompez pas, il existe des rivalités, les communautés de Corinthe ou d’Éphèse n’étaient pas faciles à diriger, elles m’ont toujours causé bien des soucis. Et cependant, elles furent pour moi une joie que j’ai reçue comme le fruit d’une vision de foi qui va au-delà des apparences. Il s’agit d’un vrai don surnaturel, d’un don du Saint Esprit, qui habite tout baptisé et qui, progressivement, met son emprise sur les âmes.

Le second fruit de cette transfiguration est de nous donner de vivre dans l’action de grâce et la louange. Quand je pense à vous, chrétiens du diocèse d’Avignon, je rends de continuelles actions de grâce à Dieu pour vous tous : à vous grâce et paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ. Je rends grâces à mon Dieu chaque fois que j’évoque votre souvenir : toujours, en chaque prière pour vous tous, c’est avec joie que je prie à cause de la part que vous prenez à l’Évangile.

Par la grâce de notre transfiguration en Christ, nous recevons de Dieu la faculté de voir d’abord et toujours la grâce de Dieu à l’œuvre et nous recevons également la grâce de faire taire en nous toute lamentation stérile, amère et vaine.

Nous recevons la grâce de vivre dans la louange et je peux en témoigner : la louange devient comme une réalité qui habite notre vie quotidienne. Oui, béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, qui nous a bénis par toutes sortes de bénédictions spirituelles, aux cieux, dans le Christ.

Ma prière, telle que vous la connaissez par l’ensemble de mes lettres est d’abord une louange qui se continue en intercession, de sorte que la louange vient illuminer jusqu’aux pires moments d’obscurité : Oui, béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui nous console dans toute notre tribulation, afin que, par la consolation que nous-mêmes recevons de Dieu, nous puissions consoler les autres en quelque tribulation que ce soit.

Un autre fruit important de notre transfiguration dans la lumière du Christ est de nous donner de vivre dans une persévérance inlassable qui tient vraiment du prodige. Je l’ai moi-même expérimentée et je souhaite que vous tous vous puissiez en faire l’expérience dans votre vie de disciples de Jésus. Durant tous mes voyages missionnaires, j’ai toujours vécu la même réalité : j’annonce Jésus et Jésus Christ crucifié, je suis rejeté, humilié, tourné en ridicule, souvent persécuté et je suis obligé de partir ailleurs où je continue ma mission de prédicateur de l’Evangile.

Ce dynamisme qui m’a habité toute ma vie ne venait pas de moi, mais il venait d’en-haut ; il était le fruit de la charité, qui a été répandu dans mon cœur par l’Esprit Saint qui m’a été donné, un amour qui ne me manquera jamais, qui ne passera jamais.

Ce dynamisme est un don qui m’a habité, même au milieu des désillusions les plus graves, comme je l’ai écrit aux chrétiens de Rome : _

« Nous nous glorifions même dans les épreuves, sachant que l’épreuve produit la constance, la constance la vertu éprouvée, la vertu éprouvée l’espérance. Or l’espérance ne trompe pas, car l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. En réalité, la force du Ressuscité prend possession de notre faiblesse et nous habite jusqu’à devenir source de force et de puissance en nous. »

Enfin, je voudrais mettre en lumière un dernier fruit très important de la transfiguration en Christ, car il a pris une grande place dans ma vie et je souhaite qu’il en soit de même pour vous. Il s’agit d’une grande liberté intérieure qui nous permet d’agir non plus par contrainte ou par esprit de conformisme, mais poussé par la grâce qui nous habite.

Cette liberté n’est ni de l’arbitraire, ni de la présomption, mais le sens d’une appartenance absolue et totale au Christ, à son service. Dans cette lumière, la liberté devient une condition rigoureuse du service bien accompli : c’est pour que nous restions libres que le Christ nous a libérés. Donc, tenez bon et ne vous remettez pas sous le joug de l’esclavage.

Il est très difficile de trouver les mots pour exprimer tout ce que j’aurais voulu vous dire, sans les minimiser, les banaliser ; je vous invite à relire l’ensemble de mes lettres et à laisser agir en vous, avec tout leur poids, ces mots d’inspiration divine.

Au demeurant, frères, soyez dans la joie, travaillez à votre perfectionnement, encouragez-vous, soyez bien d’accord entre vous, vivez en paix, et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous. Saluez-vous d’un saint baiser. Tous les saints vous saluent. La grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu, et la communion du Saint Esprit soient avec vous tous."

Avignon, en la veille de la Grande Semaine

Paul