Mot de l’évêque

11 février 2015

RCF, 6 février 2015

70ème anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz 

La première fois où j’ai été à Birkenau (camp de femmes) et à Auschwitz à côté, j’y ai passé une journée entière avec 2 autres personnes ; et mon premier souvenir est le silence, silence dans le froid et la neige de l’hiver ; puis la voie ferrée immense, les fours crématoires au bout….et je voyais les images défiler dans ma tête de tous les trains qui arrivaient avec ceux qui étaient envoyés directement aux douches de cyclotron et ceux qui partaient dans les baraques pour travailler. Et là immédiatement on se dit : mais où était Dieu à ce moment-là ? Les frères juifs avec lesquels j’ai pu en parler, ainsi que les personnes qui sont sorties d’Auschwitz étaient habités par cette même question.

En élargissant au monde, on voit que partout, les peuples sont capables d’atrocités, que ce soit au Rwanda, dans les camps soviétiques, chinois, durant la révolution française... En même temps je pense à Maximilien Kolbe, capucin, qui avait monté la 1ère entreprise moderne de communication pour faire rayonner un journal, le journal de l’Immaculée, en Pologne. Il avait monté l’imprimerie la plus moderne de son temps avec 600frères qui y travaillaient. Cet homme a donné toute sa vie pour la communication-le Cross Media d’Avignon est d’ailleurs sous son patronage- Il a d’abord été envoyé au Japon où mystérieusement il avait dit que le couvent devait être construit à tel endroit et pas à tel autre….mystérieusement du coup, plus tard, la bombe atomique préservera leur couvent. Revenu en Pologne, il a été arrêté par les nazis et envoyé en camp de concentration. Or, un matin, après que certains prisonniers ont cherché à sortir du camp, le chef décide que 13 personnes mourront dans la salle N°11 du camp d’Auschwitz. Et quand le chef de camp désigne un père de famille, ce dernier éclate en sanglots et crie : « Ma femme et mes enfants ! ». Maximilien Kolbe s’avance et demande au chef de camp de prendre sa place. Tous ceux qui étaient présents ont entendu et pensaient que le chef de camp allait tuer directement Maximilien Kolbe. Et mystérieusement le chef de camp dit : « D’accord, tu prends sa place ». Ceux qui ont continué à vivre dans ce camp racontent que cet événement-là a changé la vie du camp. Tout d’un coup le climat a été modifié, parce qu’un homme a été capable de rayonner l’Amour de Dieu, l’Amour de la Croix, à la manière du Christ.

Je pense que des Maximilien Kolbe, il y en a eu beaucoup à Auschwitz, comme dans tous les camps de concentration dans le monde : les hommes sont capables de manifester, d’une manière mystérieuse, la présence de la Croix. Lorsque le Christ meurt sur la Croix, tous les disciples auraient pu se demander pourquoi Dieu restait silencieux.
On ne peut entrer dans un tel mystère que celui d’Auschwitz qu’en méditant sur toute l’histoire du peuple de Dieu et toute l’histoire de l’humanité à travers toutes les horreurs dont les hommes sont capables.

Liberté d’expression

Tout homme a le droit d’exprimer sa liberté de penser et de s’exprimer, mais à condition de respecter ses frères. Je suis scandalisé par un attentat comme celui contre Charlie hebdo ; pour autant je pense que quand on représente le Pape Benoît XVI en train de se faire sodomiser par quelqu’un, moi,en tant que catholique et chrétien, je suis scandalisé. La liberté d’expression, c’est une évidence, mais dans le respect des personnes. On a le droit et le devoir de se respecter mutuellement, sinon il n’y a plus de vie sociale possible. Je ne vois pas pourquoi un dessinateur aurait le droit de bafouer des personnes alors même qu’il n’y a pas de vivre ensemble sans le respect des uns et des autres. On s’est enflammé –à raison- pour Charlie hebdo, mais ensuite on continue à vivre de cet évènement d’une manière qui n’est pas juste ; il faut que la raison reprenne le dessus et que des journaux comme Charlie hebdo ne blessent pas nos frères musulmans ou nos frères juifs ou quelque homme que ce soit.

Rencontre annuelle des personnes consacrées, à Pertuis dimanche 1er février 

Dans une église diocésaine, la présence de moines, de moniales, de consacrés est essentielle. Ces hommes et ces femmes témoignent que Dieu suffit à habiter leur vie, et que Dieu s’intéresse à notre monde au point que eux donnent leur vie pour être présence de Dieu au cœur du monde.. Un frère évêque venu d’Afrique me disait : "Dans mon diocèse, l’Eglise ne sera fondée que le jour où il y aura un monastère et je pourrai dire que des hommes et des femmes sont là pour intercéder pour toute l’humanité, pour être présence de l’humanité au pied de la Croix."

Les consacrés ont une place évidente et centrale dans toutes nos églises. Et dans le cadre de cette année de la Vie consacrée, je souhaite à tous ceux qui le peuvent, de pouvoir aller s’arrêter à Blauvac, au Barroux, chez nos sœurs Clarisse ou au Carmel d’Avignon, là où les moines et les moniales sont. Car pour tout homme, c’est une grâce de pouvoir rencontrer des consacrés. Et il est bon de découvrir comment ces hommes ou ses femmes qui vivent souvent seuls et isolés, au lieu de s’enfermer sur eux-mêmes, rayonnent au contraire d’un amour des autres, d’une joie de vivre étonnante qui ne peut trouver sa source qu’en Dieu. Le Saint Père a voulu que durant l’année 2015 (année qui se terminera le 2 février 2016 !), l’Eglise s’interroge sur l’importance des religieux, des religieuses, de tous les consacrés à travers le monde d’aujourd’hui : quelle est leur place, leur mission, leur fonction avec une multiplicité de formes de vie consacrée : les moines dans leur monastères, les ermites, des vierges consacrées, les frères et sœurs apostoliques (de Saint Jean ou Carmes messagers de l’Esprit Saint par exemple pour notre diocèse). Et je souhaite que tout le monde puisse découvrir cette année le rayonnement des personnes consacrées.