Mot de l’évêque

28 mai 2015

RCF, 22 mai 2015

Année de la Miséricorde :

C’est une belle année qui approche, pour pouvoir redécouvrir la puissance de l’Amour divin, Amour qui devient Amour de Miséricorde, c’est-à-dire que le cœur de Dieu est bouleversé par tout ce qui peut arriver aux uns et aux autres et le désir de Dieu est de nous redonner son Amour en plénitude.
Concernant la question de l’avortement, le Saint Père ne veut pas changer totalement de pratique ; aujourd’hui, dans le diocèse d’ Avignon, quand quelqu’un confesse un avortement, le prêtre confesseur dit à la personne qu’il va demander à l’évêque de la relever de la peine encourue, et dès que ce dernier aura donné sa réponse, la personne reviendra voir le prêtre et à ce moment-là, le prêtre donnera le pardon selon ce qu’aura suggéré l’évêque. Car, l’avortement est littéralement un crime -la mise à mort d’un enfant qu’une femme porte dans son sein. Et pour les crimes, il est important que ceux ou celles qui les ont commis ou en ont été complices, puissent prendre le temps de réfléchir sur la gravité de leur acte.
D’autres péchés sont traités ainsi : on dit que ce sont les péchés réservés, et les prêtres ne peuvent pas donner l’absolution avant d’en demander l’autorisation à leur évêque. Mon prédécesseur avait déjà mis en place cette procédure, que j’ai continué à accepter. C’est dans le but d’aider les gens à prendre conscience de la gravité de leur acte. Devant des personnes qui n’ont aucune conscience de la gravité de l’acte qu’elles ont commis, il s’agit donc d’une pédagogie de la Miséricorde.

En revanche, ce que le Saint Père vient de proposer, c’est ce qui existe déjà dans tous les sanctuaires : les confesseurs ne renvoient pas les pénitents et peuvent pardonner les péchés réservés, alors que dans les diocèses, c’est l’évêque qui décide des péchés réservés, non seulement pour prendre la mesure du péché mais surtout pour prendre la mesure de la grandeur de la Miséricorde divine. Dans le cadre de l’année de la Miséricorde, le Saint Père élargit à tous les prêtres la possibilité qui est habituellement seulement réservée aux sanctuaires où les gens sont de passage.

Eglise protestante unie de France - la question de la bénédiction proposée aux couples homosexuels :

L’Eglise protestante unie de France résulte de l’union récente de l’Eglise réformée de France et de l’Eglise luthérienne de France (cependant, d’autres Eglises luthériennes, comme en Alsace Lorraine, ne sont pas entrées dans cette unité). Donc l’Eglise protestante de France a décidé, lors de son congrès annuel, de pouvoir bénir les couples homosexuels, avec quand même un certain nombre de réserves : les pasteurs et les paroisses seront libres d’accepter ou pas cette ouverture qui a été décidée quasiment à l’unanimité. Je respecte tout à fait leur décision, en rappelant cependant que pour nos frères protestants, le mariage n’est pas un sacrement, c’est une bénédiction. On invoque la bénédiction divine sur un couple, mais ce n’est pas du tout un sacrement de Jésus-Christ dans lequel Jésus -Christ donne son Amour pour permettre à un couple de grandir dans l’Amour même de Dieu.

Cependant, au sein de l’Eglise protestante unie, il y a un certain nombre de personnalités qui ont dit qu’elles n’acceptaient pas cette décision. Je ne veux pas m’immiscer dans une décision propre à un des organes de vie de l’Eglise protestante unie. Je dis simplement, que nous, catholiques, avons toujours pensé que nous ne pouvions pas unir d’une manière ou d’une autre, des personnes qui relèvent non du sacrement du mariage, mais d’une amitié homosexuelle. L’amitié homosexuelle est tout à fait respectable. Dans la ligne de la Parole de Dieu au Livre de la Genèse, le couple, c’est l’union d’un homme et d’une femme qui, dans une complémentarité réciproque, va permettre l’ouverture à la vie. Or, dans un couple homosexuel, il ne s’agit pas d’un amour conjugal qui ouvre à la vie. Le mot « couple » est galvaudé par son utilisation à multiples niveaux ; les personnes homosexuelles qui vivent ensemble vivent une amitié mais non une vérité de couple.

Je suis en train de préparer avec un prêtre d’un autre diocèse, une journée où j’inviterai les homosexuels, un peu comme il existe une journée pour les divorcés-remariés. Cela se prépare dans la réflexion : comment ne pas se faire piéger d’une manière ou d’une autre alors que le but est de manifester que la miséricorde divine rejoint tout homme, quelle que soit sa situation pour le faire cheminer. Lorsque Jésus reçoit un pécheur ou une pécheresse, Il lui dit : « Je te pardonne, mais, désormais va et ne pèche plus ». C’est là où un besoin de conversion doit naître dans le cœur des hommes et des femmes, et un chemin de vie que le catéchisme de l’Eglise catholique avait déjà mis en place il y a quelques années. Je souhaite que ces personnes découvrent de quel Amour Dieu les aime, comment Il les rejoint et comment Il leur propose de cheminer à leur manière, au cœur du mystère de l’Eglise et dans une relation avec Dieu qui peut les aider à grandir en vérité dans leur vie.

Pentecôte

C’est une fête essentielle pour nous. Il y a trois temps essentiels dans la naissance de l’Eglise : un premier temps quand Jean Baptiste met les premiers disciples entre les mains de Jésus pour cheminer avec Lui.
La deuxième étape est au moment de la mort de Jésus sur la Croix, où on nous dit que Jésus remit l’Esprit. C’est du cœur transpercé de Jésus que l’Esprit Saint est donné au monde pour organiser la nouvelle création, c’est-à-dire le mystère de l’Eglise.
Enfin, le jour de la Pentecôte, l’Esprit Saint descend en surabondance sur les premiers disciples pour leur donner d’être vivants en Lui et de pouvoir commencer à construire le Corps du Christ. Les premières cellules du Corps du Christ se mettent en place et commencent à se diviser, au sens de croissance, dès le matin de la Pentecôte, en déployant une pédagogie de l’émerveillement, sous la conduite de l’Esprit Saint qui est l’architecte, l’artisan, le maître d’œuvre de la construction de l’Eglise.

Aujourd’hui, nous avons à nouveau à nous laisser envahir par l’Esprit Saint pour participer, sous sa conduite, à la construction de l’Eglise, ici en Provence, dans nos paroisses. C’est comme cela que de génération en génération, l’Esprit Saint nous donne de grandir en sainteté, de manière à trouver notre place dans cette construction de l’Eglise. Je n’ai pas les plans de l’Eglise ; l’Esprit Saint seul les possède ; et en même temps, je dois collaborer à cette œuvre merveilleuse qui est la construction de l’Eglise.
Vivons sous son emprise et découvrons l’amitié qui doit nous lier à l’Esprit Saint !