Mot de l’évêque

10 mai 2016

RCF, 6 mai 2016

Loi sur le travail El Khomri et ses manifestations :

Je suis un peu étonné de cette situation où tout le monde s’en prend à ce projet de loi ; on laisse faire des manifestations où des casseurs se mêlent, et on a l’impression que l’état d’urgence est complètement oublié, qu’on risque des attentats d’un jour ou l’autre et, en même temps, on est revenu à nos bonnes vieilles habitudes des casseurs de cailloux, des gaz lacrymogènes...un vrai mal être en politique. On a l’impression qu’on baigne dans une situation de laquelle on ne sait pas vraiment comment en sortir. L’opposition est à peu près dans le même état de délabrement que la majorité. Il y a une perte de confiance quasi totale dans le politique aujourd’hui. Et quel avenir, quand ce sont des personnes de 75 ans qui proposent de devenir président de la République !
D’autres partis n’ont jamais été au pouvoir, proposent la dissolution de l’Europe, c’est à dire une méconnaissance complète des réalités économiques dans lesquelles nous sommes engagés, que nous le voulions ou pas !
Pourtant le politique est quelque chose de très beau : je le vois quand je rencontre les maires dans les villages ; on est là en présence d’hommes et de femmes qui ont donné leur vie pour le service de leur commune. Par contre, les hommes politiques ont besoin de se faire élire et ils se soignent eux-même d’abord, avant d’être au service du bien commun. Si on pouvait se demander quel est vraiment le sens du politique et comment lui redonner sa véritable identité à tous les étages de nos institutions, ce serait merveilleux !


Journée avec le conseil diocésain de la vie consacrée

J’avais souhaité aborder un sujet de fond : quelle place a la vie consacrée dans notre Eglise diocésaine et comment la vie consacrée pourrait mieux remplir sa mission au cœur de notre Eglise ?
On avait préparé, avec le bureau, un questionnaire un peu fort, et il est apparu que la journée a été insuffisante et donc, nous reprendrons ce thème pour le conduire à son terme et essayer d’en tirer des conséquences pratiques pour la vie dans notre Eglise diocésaine.
Il n’y a pas d’Eglise véritable sans la présence de vie consacrée, qui a pour mission de rappeler et d’aider les chrétiens à retrouver le lien avec Dieu. Nous sommes faits pour vivre en Christ, quelle que soit notre situation et il est important que nous puissions, avec l’aide de nos frères et sœurs consacrés, redécouvrir la joie de l’Evangile, la joie du don de soi. Ce sont des réalités qui sont moins intellectuelles que pratiques. Partager un temps la vie dans un monastère, retrouver des religieux apostoliques pour entrer à nouveau dans ce dynamisme évangélique, voilà ce qui doit vraiment illuminer notre Eglise diocésaine.

Conférence Thérèse Hargot sur une jeunesse sexuellement libérée

Aujourd’hui, les jeunes sont complètement décomplexés par rapport à tout ce qui touche à la vie affective et sexuelle ; cependant, ce sont toujours les mêmes problèmes de fond qui se posent, mais pas du tout dans le même contexte : la pornographie a investi toute notre jeunesse. Comment aujourd’hui aider les jeunes à devenir de véritables personnes humaines, à se construire en humanité en se dégageant de cette pornographie qui ne pourra jamais leur donner qu’un ersatz d’humanité.
Tous les adultes qui étaient à cette conférence ont pris conscience qu’on ne pouvait plus réfléchir de la même manière qu’avant, et que nos critères d’il y a 20 ans sont finis et il nous faut modifier notre réflexion sur l’aide à donner à un enfant à devenir un homme ou une femme dans le contexte qui est le sien aujourd’hui.

Amoris Laetitia

Il faut d’abord prendre le temps de s’approprier cette lettre et cela va demander de nombreux mois. Il est évident qu’on touche à quelque chose de très profond et le Saint Père lui-même l’a dit et écrit dans une des numéros de l’introduction.
A priori, pour l’instant, il y a une réflexion en diocèse et d’abord personnelle : je suis en train de travailler le texte mais je suis loin d’avoir fini.
Ensuite, il sera important de ne pas prendre de position isolée ; donc il faudra travailler avec les diocèses de la Province et c’est à la prochaine réunion de Province que nous aurons, j’espère, l’occasion d’aborder le sujet. Ensuite seulement, on pourra mettre en œuvre quelque chose. Je reçois tous les jours des demandes de personnes divorcées-remariées qui croient que tout est réglé et je leur réponds : êtes-vous prêts à prendre un chemin de conversion ? Car le chemin commence quand une personne a le désir de changer de vie. Jésus n’a jamais accepté la situation de n’importe qui. A la femme adultère, Il dit : « Moi aussi, je ne te condamne pas et désormais, va et ne pèche plus »
Si les gens ne sont pas prêts à se convertir, ils s’enfermeront dans une situation qui sera sans issue.
Ceci dit, il y a des cas où l’on pourra aller rapidement vers une reconnaissance de nullité de leur premier mariage parce qu’il sera très facile de montrer que l’acte qui a été accompli tel jour était sans valeur, parce que l’un des deux conjoints n’acceptait pas une des réalités du mariage chrétien. Donc, il ne faut pas se précipiter pour dire que maintenant les divorcés-remariés peuvent communier. Il faut d’abord voir comment on peut faire évoluer doucement les choses !

Mon espérance d’aujourd’hui, c’est que l’Esprit Saint est à l’œuvre. C’est Lui qui construit l’Église ; nous, nous avons simplement à être le plus dociles possible entre ses mains divines ; et moi, je lui fais une confiance totale : Il sait ce dont a besoin l’Église et je peux lui faire confiance dans une espérance totale !