Mot de l’évêque - RCF, 27 mai 2016

28 mai 2016

Actualité tendue en France :

Il y a une situation politique où on a l’impression que le pouvoir vacille ; certains restent droits dans leurs bottes, coûte que coûte, alors que la rue veut dire autre chose. Où va t-on ? On prend en otages des millions de personnes, avec quelques dizaines de salariés qui peuvent bloquer un pays : où est le bien commun ? Que défendent les syndicats et les membres du gouvernement ? Gauche et droite s’emparent de ce qui peut permettre d’attaquer l’autre et de le battre ; où est une société où on regarde le bien vivre dans la cité, le pays ?

Il y a des urgences et, en même temps, on a l’impression qu’on a un pouvoir politique qui veut absolument courir et faire passer le maximum de choses pendant les quelques mois qui leur restent. D’autre part, comment se fait-il que la loi El Khomri s’occupe des fêtes religieuses ? En effet, je suis étonné que dans cette loi, soit marquée la suppression des fêtes catholiques. Nous avons des racines chrétiennes ; on pourrait éventuellement donner des libertés à nos frères musulmans de pouvoir fêter l’Aït ou autre, mais comment se fait-il qu’une loi en profite pour faire passer autre chose en son sein ? Il me semble vraiment qu’il y a une agression, agression qui continue d’ailleurs, car depuis le début du quinquennat, il est clair qu’il y a eu une volonté d’abîmer l’Église et de l’attaquer de plus en plus. Aujourd’hui on y assiste dans les médias, partout ! De la même manière, la loi sur l’euthanasie est passée un vendredi soir à main levée, au parlement ! Quelle est cette société, qui, lors d’une course de 1000 mètres, se permet de faire des lois essentielles dans les 500 derniers mètres ?
On pourrait en dire autant du système européen : qu’est ce qui fait marcher l’Europe ? Le bien commun de l’Europe ou les questions économiques, ou politiques (l’exit du Royaume uni, l’entrée de la Turquie ou pas) ?

Il faudrait s’asseoir autour d’une table et se dire : « on arrête car il faut repartir sur des bases nouvelles ! »
Par rapport à cette loi du travail, moi, je ne prends pas parti car elle a de très bons éléments, mais il faut quand même que tout le monde arrive à se parler dans ce pays !


Nominations

Les nominations ne sont pas encore publiées mais j’en ai donné la primeur aux prêtres qui doivent changer, pour aller voir leur nouvelle paroisse et pour commencer à dialoguer.
Les nominations sont le moment clé dans la vie d’une Eglise et c’est l’occasion pour moi de dire deux choses :
d’abord je voudrais remercier l’ensemble des prêtres qui acceptent très facilement d’être disponibles là où l’Église a besoin d’eux. Ensuite, je voudrais m’émerveiller de l’ensemble des paroisses, sauf peut-être avec une restriction sur l’une d’elles, où les chrétiens accueillent leur pasteur avec une foi étonnante. Souvent un prêtre arrive : il ne fera pas l’unanimité mais les chrétiens l’accueilleront parce que c’est leur pasteur ; un autre ensuite arrivera, avec d’autres qualités et défauts, et là encore les chrétiens l’accueilleront ! Il y a une capacité des chrétiens d’accueillir et de cheminer avec les pasteurs qui leur son donnés et cela, d’une manière quasi générale, c’est merveilleux.


Bilans en paroisse

Partout dans le monde, les gens sont appelés à faire un bilan de leur vie professionnelle, ou tout simplement de leur vie : qu’est ce que je vis, où j’en suis ?
Dans les paroisses, on a souvent un mal fou à s’arrêter pour se dire : "Qu’est ce qu’on vit exactement ? N’aurait-on pas à se remettre en cause sur tel ou tel aspect ?" Nos Eglises gagneraient à avoir le courage de se poser ces questions.
Un curé d’un diocèse voisin avait fait appel à un pasteur protestant célèbre qui, lui, se remettait en cause sans arrêt. Et ce curé lui avait demandé de venir faire un audit de sa paroisse. Cela avait été, pour la paroisse en question, un moment de grâce fabuleux ! Tout à coup, quelqu’un avec un regard extérieur, mais avec beaucoup de charité, est venu dire ce qui était bancal dans leur paroisse. Ainsi, la paroisse a redémarré !

Lorsque le Pape François publie un texte, c’est bien parce qu’il veut définir un objectif. Quand Jean-Paul II recevait les jeunes, il leur a toujours montré le terme du chemin sur lequel ils devaient aller !
Pour ma part, mon bilan est d’essayer d’inviter de plus en plus les paroisses à avoir le courage elles-mêmes, de faire de véritables audits sur la vie paroissiale. Dans certaines paroisses, il n’y a pas eu de changements depuis 10 ans : on a les mêmes chrétiens très engagés dans la paroisse qui se donnent à fond pour l’Église, mais personne n’est venu rajeunir la vie paroissiale ! Ça devrait poser question car si on ne se renouvelle pas, ces paroisses sont en train de se scléroser.