Mot de l’évêque

14 septembre 2016

RCF, 9 septembre 2016

Ban des vendanges et laïcité

Le protocole officiel de la République a décidé que désormais, les représentants des cultes ne seraient plus cités que globalement ; nous sommes en quelque sorte marginalisés. Il est étonnant de voir qu’on veuille apprendre à vivre ensemble, éviter les communautarismes et en même temps, on ne respecte plus la personnalité des uns et des autres.
J’ai célébré la Messe avec une église remplie de vignerons et un quart d’heure après, les autorités civiles de l’Etat m’ignoraient complètement ; le symbole des barrières qui nous séparaient du podium m’a fait prendre conscience que la République élève des barrières alors même qu’elle essaye de développer un vivre ensemble.
Il y a donc une contradiction interne dans la manière dont la République agit ; quand je repense au mot de fraternité qui n’existait pas avant l’arrivée du christianisme et dont la République s’est emparé, je me dis qu’il faudrait maintenant que la République vive cette fraternité.
La fraternité c’est le respect des personnes avec chacun sa charge, ses responsabilités, ses points de vue. La République développe une conception de la laïcité qui, depuis quelques années, est fort étonnante.

Canonisation de Mère Teresa

Cette femme était une religieuse ordinaire, pieuse, professeur de géographie dans un couvent et un collège huppé indien. Et, tout à coup, dans un train, l’Esprit Saint touche son cœur et lui dit qu’elle a encore une autre mission à accomplir. Elle va attendre l’autorisation de ses supérieurs et de son évêque et immédiatement après, elle sort de son couvent et va simplement essayer d’accompagner les mourants dans la rue….Moins de 15 ans après, il y a près de 3500 sœurs de la charité. C’est un miracle qui montre comment le feu de la charité et de la miséricorde est capable de faire des merveilles aujourd’hui encore comme autrefois.
Elle a déclaré que l’avortement était le premier crime où la mère portait atteinte à l’enfant qu’elle portait.
Ma joie à Rome a été à l’issue de la Messe, de partager le repas avec une vingtaine de personnes d’Avignon venues de la Fraternité de la Parole, Fraternité qui avait été voulue par Mère Teresa et qui essaie de reprendre vie à Avignon aujourd’hui.
Il était également beau de voir la joie du Pape, à la fin de la célébration avec tous les officiels, quand le Pape a servi une pizza à 1500 personnes sans abri qu’il avait invitées à cette occasion. Les sœurs de la charité ont fait le service en compagnie du Saint Père.

Journée pour l’annonce de l’Evangile à l’église du Sacré Cœur le 17 septembre

Depuis le printemps dernier, on a mis en place une instance de la nouvelle évangélisation pour que l’ensemble des acteurs de la Pastorale dans le diocèse puissent davantage entrer dans une dynamique de disciple missionnaire, comme le Pape l’a demandé dans sa Lettre post synodale d’il y a 3 ans. Il nous disait que son texte ne devait pas être lu pour être ensuite rangé car ce sont des directives données aux pasteurs pour les 20 ans qui viennent. Donc, il faut vraiment qu’on continue à s’approprier ce texte pour le mettre en œuvre dans la vie de notre diocèse. En ce début d’année, le but est d’ouvrir des pistes pour un développement de cette Évangélisation voulue par Paul VI, Jean-Paul II, Benoît XVI et maintenant le Pape François à travers son slogan d’aller aux périphéries ; cela veut dire qu’il ne faut pas s’enfermer dans l’Église, mais aller au bout du Corps du Christ, et les plus pauvres des pauvres sont au cœur même du Corps du Christ ; et il faut donc aller au bout de la rencontre.

L’Islam au pluriel

Je n’ai pu participer que partiellement à ce congrès, mais ce qui m’a beaucoup intéressé, c’est qu’il y avait des spécialistes venus de Tunisie ; la conférence inaugurale était tenue par celui qui a rédigé la Constitution tunisienne. Ainsi, il a été dit que la notion de liberté est le cœur même de la Constitution d’un pays musulman. On sent une émergence d’une pensée complètement différente de celle que souvent on met derrière le mot d’Islam. Plusieurs intervenants venus du Liban et d’autres pays du Maghreb ont mis en lumière que les intérêts politiques sont en fait majoritaires derrière tous les conflits actuels. Attention donc de ne pas faire une collusion entre l’Islam et les conflits d’aujourd’hui. Il est très intéressant de mettre en lumière les sources des conflits. Par exemple, entre l’Arabie Saoudite et l’Iran, il y a un conflit d’intérêts économique et politique.

Essayons donc de mieux connaître l’Islam actuel dans ses mutations. De plus en plus, par exemple, des personnes reconnaissent que le Coran a été écrit au VIIème siècle et qu’il faut être prêts à faire une relecture de certains versets pour aujourd’hui ; alors que souvent il est dit que le Coran est la Parole de Dieu donnée à Mahomet et qu’il ne faut pas y toucher. Dans de nombreuses universités islamiques, on relit ce Texte à la lumière l’Histoire ; je crois que si on veut éviter une montée du salafisme dans notre pays, il faut essayer de mettre en lumière tout ce qui se vit dans des pays comme la Tunisie. Cet homme qui a été le père de la Constitution actuelle votée par une majorité musulmane, nous montre qu’il y a des universitaires qui ouvrent d’autres pistes que celles qu’on nous montre en focalisant tout sur trois femmes arrêtées ce matin qui risquaient de commettre un attentat !