N’ayons pas peur de parler finances !

4 octobre 2017

Bloc-Notes, octobre 2017

A l’heure où paraissent les comptes groupés de l’Association Diocésaine et des Paroisses, il est important de prendre conscience des efforts que, prêtres et laïcs nous avons à faire dès maintenant et dans les années à venir. Comme tous les diocèses de France, nous sommes totalement dépendants des dons des fidèles et en même temps, toujours comme tous les diocèses de France, nous avons besoin de dons exceptionnels et de legs pour arriver à équilibrer nos budgets. Or nous constatons une baisse très forte de ceux-ci depuis deux ans, alors même que depuis près de quinze ans, nous avions pu garder des finances stables et gérer le diocèse en “bon père de famille” grâce à eux.

Les finances sont au service de la Pastorale et grâce à elles, toutes ces dernières années nous avons pu garder stable le nombre de paroisses ayant leur curé et même ouvrir des paroisses qui avaient été fermées depuis des années à la grande joie de beaucoup. De gros efforts ont été faits au niveau de l’immobilier pour entretenir les presbytères et l’ensemble des locaux paroissiaux et permettre ainsi à nos prêtres de vivre dans de meilleures conditions et à nous tous de nous sentir bien dans les locaux de nos paroisses. Devant l’hémorragie des communautés religieuses, nous avons pu accueillir des communautés nouvelles qui continuent à témoigner auprès de nous tous de l’importance de la vie consacrée au cœur de notre Église diocésaine.

Un groupe de travail formé de quelques laïcs va entreprendre un audit de la situation financière du diocèse, car même s’il n’y a pas de dépenses somptuaires, nous devons ajuster nos dépenses à nos moyens actuels. Ce groupe de travail sera conduit à nous faire des propositions dans les mois qui viennent.

Mais en attendant, nous devons tous, prêtres et laïcs, nous interroger sur la manière dont nous gérons les finances qui nous sont confiées, au niveau de l’archevêché, des paroisses et des services, et regarder si nous ne pouvons pas faire des économies dans tel ou tel secteur. Moi-même, le premier je regarde avec l’économat le “compte archevêque” avec l’idée d’arriver coûte que coûte à diminuer d’au moins dix ou quinze pour cent minimum l’ensemble des dépenses et je pense pouvoir y arriver en étant attentif à la moindre dépense quitte à reporter d’une année s’il le faut telle ou telle chose que j’aurais voulu pouvoir faire dès cette année.

Si nous voulons faire des économies, il faut d’abord commencer par fermer comme il faut tous les robinets qui fuient ; des fuites qui, si elles se multiplient, grèvent même lourdement notre budget. Nous pouvons aussi, comme nous avons commencé à le faire, faire davantage appel au “Cèdre” qui propose pour nos paroisses des tarifs réduits sur de nombreux produits, il en est de même de tous nos moyens de communication. Nous avons également à être très attentifs aux finances de nos paroisses, aux entrées comme aux dépenses. Nous avons dans nos paroisses de nombreux laïcs compétents non seulement pour nous aider, mais pour prendre en charge les finances paroissiales et les gérer eux-aussi en bons “père de famille”.

Nous avons également à mieux communiquer sur les finances de notre Église pour sensibiliser l’ensemble des chrétiens et tous ceux qui viennent nous demander un sacrement ou un service et qui sont toujours contents de trouver un prêtre disponible pour les écouter ou un laïc prêt à les accueillir. Il faut savoir les informer pour qu’ils réalisent mieux combien nous sommes totalement dépendant d’eux. Nous ne recevons rien ni de l’État ni du Vatican et pour ce dernier, nous participons à ses besoins à travers le denier de Saint-Pierre. Les principales sources de revenus sont le denier de l’Église, les casuels à l’occasion d’un sacrement, les quêtes, les troncs, les offrandes de messe. En parlons-nous assez autour de nous, à l’Église le dimanche, vous laïcs, vous sentez-vous engagés dans cette question ? N’ayons pas peur de dire à combien revient un prêtre par an et mettre ce chiffre en rapport avec le montant du denier de l’Église dans la paroisse, en tenant compte qu’il faut également faire vivre les prêtres au service du diocèse et payer les quelques salariés au service des paroisses à l’archevêché. N’ayons pas peur de partager en Église sur les finances de notre paroisse et de notre diocèse.

En Conseil Presbytéral, nous allons également regarder comment nous, prêtres, pouvons mieux ajuster nos différents besoins aux budgets disponibles, et nous aurons besoin de l’aide de tous pour voir comment faire des économies non négligeables ; chaque doyenné devra également participer à cette réflexion de manière concrète.
En Conseil pastoral et en Conseil économique, nous avons vraiment à travailler ensemble pour une meilleure gestion de nos paroisses et à sensibiliser ceux qui ne le sont pas ou peu à l’ensemble de nos besoins.

Malgré tout, je reste confiant, la Providence nous a toujours donné tout ce dont nous avions besoin, elle n’abandonnera pas notre Église aujourd’hui. Mais nous avons tous à prier davantage le Seigneur pour lui dire combien nous voulons tout attendre de lui et nous avons à vivre dans cette dépendance constante de la Providence. N’ayons pas peur de tirer Saint Joseph par la manche, il est celui qui a veillé sur les besoins de la sainte Famille, il veille sur nous aujourd’hui, même si parfois il nous fait attendre pour bien nous rappeler que tout vient de Dieu.

 + Jean-Pierre Cattenoz, archevêque d’Avignon