Nous ne pouvons pas, quant a nous, taire ce que nous avons vu et entendu !

10 mai 2003

Je suis bouleversé devant toutes les merveilles que Dieu ne cesse de mettre chaque jour sous mes yeux éblouis, comme devant cette jeune femme atteinte d’un cancer en phase terminale et qui vient de se convertir. Le prêtre qui l’accompagne hésite à lui donner les trois sacrements de l’initiation chrétienne, le baptême, la confirmation et l’eucharistie, elle n’est pas prête, mais elle lui dit : “Je souffre et je veux être configurée à Jésus sur la croix pour ne faire plus qu’un avec lui.” Comment lui refuser le baptême ?

Je suis émerveillé devant cette personne qui découvre que la puissance de l’Esprit Saint agit en elle pour lui permettre d’aimer au-delà de ses forces humaines ou devant ces jeunes qui se préparent à la confirmation et qui me disent avec leurs mots à eux leur désir de se livrer à l’emprise de l’Esprit Saint.

Je suis émerveillé devant cette communauté chrétienne qui, au début du carême, a voulu prendre du temps pour écouter intégralement l’évangile de saint Marc. Tous étaient bouleversés par la force de la Parole qu’ils entendaient et qui venaient toucher leurs cœurs.

Je suis émerveillé par tous ces chrétiens qui retrouvent le chemin de l’adoration eucharistique et qui me disent combien cette présence du Christ habite et illumine leur vie ensuite.

Je suis émerveillé devant notre assemblée de prière charismatique qui se réunit fidèlement chaque mois pour louer le Seigneur, écouter sa Parole et intercéder pour que nous puissions ensemble discerner ce que l’Esprit Saint veut pour notre Église diocésaine. Nous sommes toujours aussi nombreux sans compter les petits groupes qui se réunissent aux quatre coins du diocèse.

Je suis émerveillé devant tout ce qui a été vécu dans chacune de nos paroisses durant le carême et les fêtes de Pâques. De nombreux groupes se sont réunis tout au long du carême pour réfléchir ensemble, écouter la Parole de Dieu, faire une révision de vie.

Je suis émerveillé par tout ce qui se vit dans les cœurs et dont nous prêtres, nous sommes les témoins chaque jour à travers les rencontres qu’il nous est donné de vivre pour préparer un baptême ou un mariage, ou pour accompagner une famille en deuil, ou encore à l’occasion d’un temps d’accompagnement spirituel ou du sacrement de la réconciliation.

Comment ne pas louer le Seigneur pour toutes ses merveilles ! Comment ne pas rendre grâce pour la puissance et le dynamisme de l’Esprit Saint qu’il nous est donné de toucher du doigt ainsi au cœur de notre Église diocésaine comme au cœur du monde !

Aussi, je vous avoue que le matin, quand vous vous réveillez, je vous conseille de prendre toujours quelques minutes pour louer le Seigneur, lui dire par avance merci pour tout ce qu’il fera de beau dans votre vie durant la journée qui commence. Et le soir surtout n’oubliez pas de lui dire merci, merci pour tout. N’oubliez jamais les trois mots d’ordre que nous donne Saint Paul dans sa première lettre aux Thessaloniciens : “Soyez toujours joyeux, priez sans cesse, en toute chose rendez grâce à Dieu, c’est sa volonté sur vous dans le Christ, n’éteignez pas l’Esprit !” Que toute notre vie soit ainsi habitée par l’action de grâce, la louange et que l’Esprit nous donne un regard d’enfant capable de nous émerveiller devant tant de merveilles.

Tout cela ne m’empêche pas d’être tout autant bouleversé devant tant de frères et de sœurs abîmés, défigurés, déchirés par le mal et le péché. Nous sommes loin de pouvoir crier victoire, même en Irak devant tant de morts, tant de souffrances, de gâchis.

Je suis loin de fermer les yeux devant tous ces germes de morts qui habitent notre société. Je ne saurais rester insensible devant des chiffres qui m’annoncent qu’il y a toujours plus de 250.000 avortements chaque année dans mon pays, 250.000 crimes, vous comprenez. Je ne saurais me taire ! Nous devons dénoncer l’intolérable qu’une société justifie, sans pour autant juger les personnes, car Dieu seul connaît le cœur de l’homme ; mais un crime objectivement reste un crime car, selon les mots de Léon Bloy, “l’homme est homme de l’utérus au sépulcre”. De plus, on nous annonce l’arrivée sur le bureau de l’Assemblée nationale d’un projet de loi bioéthique qui devrait comporter une disposition autorisant l’expérimentation sur les embryons humains dans le cas d’embryons surnuméraires, expérimentation au nom de la recherche et du progrès scientifique. Mais une recherche dont les moyens ne respectent pas la vie de la personne humaine, quel que soit le stade de son développement, mais au contraire le manipule et le détruit ne saurait se justifier. Nous devons protéger l’intégrité de tout être humain en refusant toute démarche d’expérimentation sur l’embryon. La science dispose aujourd’hui d’autres voies de progrès, notamment dans les perspectives de recherche sur les cellules souches adultes qui ne portent pas atteinte à la dignité de l’être humain.

Il m’est impossible également de ne pas crier au scandale devant la légalisation de l’euthanasie dans plusieurs pays d’Europe, ou de me taire devant un article de journal qui s’émerveille de la force morale de telle personne qui vient de mettre fin à ses jours. La vie ne m’appartient pas, je l’ai reçue comme un trésor merveilleux et je sais que la mort s’ouvrira pour moi aussi sur un matin de Pâques.

Je ne peux pas non plus rester sans réagir devant tel théologien qui prétend que Jésus ne savait pas qu’il était le Fils de Dieu ou tel autre qui termine un article sur la naissance virginale du Christ par un point d’interrogation. Non ! Jésus est le Verbe incarné et en lui, il y a une seule personne, la personne divine, il n’y a pas de personne humaine dans le Christ et Jésus savait qui il était ! Non, Jésus n’est pas le fils biologique de Joseph. Je ne peux que relire le récit de l’Annonciation : “L’Esprit Saint viendra sur toi et la Puissance du Très Haut te couvrira de son ombre” (Lc 1, 35) ; ou celui de l’Annonce faite à Joseph : “Ce qui a été engendré en elle, vient de l’Esprit Saint” (Mt 1, 20). Après cela, dans ma foi, j’ai la certitude du fait de la conception virginale, même si le pourquoi m’échappe complètement et relève de la puissance divine.

Je ne saurais également cautionner l’édition d’une Bible qui semble avoir gommé volontairement tout le vocabulaire que l’Église avait forgé tout au long de son histoire pour rendre compte de la richesse du Mystère ; la foi est bien autre chose qu’une vague confiance ; le verbe croire ouvre mes yeux sur l’invisible et me donne dès maintenant de découvrir la présence et l’action de mon Seigneur au cœur de ma vie comme au cœur du monde. Non cette Bible n’est pas celle de l’Église !

Enfin, avec beaucoup de souffrance, je dois dire que je ne comprends pas pourquoi deux de mes frères évêques se sont fourvoyés dans la publication d’un livre intitulé “L’Église et l’art d’avant-garde. De la provocation au dialogue” (Albin Michel, 2002). Ce livre porte bien son nom : une provocation ; par contre, je me demande si les photos qui illustrent ce livre relèvent vraiment de l’art au sens dont en parlait Jacques Maritain dans son ouvrage “L’intuition créatrice dans l’art et dans la poésie”. Je suis tenté de répondre non car ces illustrations ne sont que le reflet des pulsions morbides et sexuelles qui habitent le cœur de l’homme blessé et défiguré par le péché et ne sauraient me conduire à percevoir la transcendance du Beau. D’ailleurs, toute cette recherche sur “La chair et Dieu” aurait mérité mieux et je connais des artistes qui ont refusé de participer à ce simulacre d’art. En tout cas, je ne saurais être de ceux qui sont prêts à monter dans n’importe quel train de peur de n’être plus en prise avec la modernité.

Enfin, pour finir sur une note plus positive et autrement plus importante, je voudrais vous inviter tous à lire la dernière lettre encyclique de notre vieux Pape, elle respire la lumière, la joie et la paix d’un homme qui s’est mis depuis toujours à l’école des saints pour nous conduire tous sur le chemin de la sainteté, une sainteté qui se construit de jour en jour par et dans l’eucharistie.

+ Jean-Pierre Cattenoz
10 mai 2003