Quinze années d’épiscopat...

5 novembre 2017

Bloc-Notes, novembre 2017

A l’occasion de mes quinze ans d’épiscopat, le rédacteur du “Bloc-notes” m’a demandé d’écrire quelques lignes sur ces années passées comme pasteur au service de notre Église d’Avignon. En guise de réponse, je me contenterai de reprendre de manière libre les propos du saint Père aux participants d’un congrès de la Congrégation pour le clergé.

La question qui doit nous tarauder est celle-ci : Quel évêque je veux être ? Un “évêque de salon”, tranquille et installé, ou bien un disciple missionnaire dont le cœur brûle pour le Maître et pour le Peuple de Dieu ? Quelqu’un qui se repose dans son propre bien-être ou un disciple en marche ? Quelqu’un de tiède qui ne veut pas d’ennui ou un prophète qui réveille dans le cœur de l’homme le désir de Dieu ?

Chaque jour, nous découvrons avec saint Paul que « ce trésor [qu’est le Christ], nous le portons comme dans des vases d’argiles, nous voyons bien que cette puissance extraordinaire appartient à Dieu et ne vient pas de nous » (2 Co 4, 7) Nous avons à nous détacher de nos habitudes confortables, des rigidités de nos schémas et de la présomption d’être les meilleurs pour avoir le courage de nous mettre en présence du Seigneur, alors Lui pourra nous façonner et nous transformer.

Pendant toute notre vie, chaque jour nous devons nous laisser former, modeler par le Potier divin, sinon nous deviendrons vite des évêques éteints, dans un ministère inerte, sans enthousiasme pour l’Évangile, ni passion pour le peuple de Dieu. Par contre, celui qui chaque jour se laisse modeler par les mains du Potier divin conserve dans le temps l’enthousiasme du cœur, accueille avec joie la fraîcheur de l’évangile, parle avec des mots capables de toucher la vie des gens et ses mains ointes au jour de son ordination sont capables d’oindre à leur tour les blessures, les attentes et les espérances du peuple de Dieu. 

Si nous nous laissons conduire par le Seigneur, plus que le bruit des ambitions humaines, nous préférerons le silence et la prière ; plus que la confiance dans nos propres actions, nous saurons nous abandonner à la créativité de la Providence, plus que de suivre des schémas préétablis, nous nous laisserons guider dans l’Esprit Saint par une salutaire inquiétude du cœur et pourrons ainsi entrer dans la joie de la rencontre avec Dieu et nos frères.

Alors, plus que l’isolement, nous chercherons l’amitié avec nos frères dans le sacerdoce et avec ceux que nous côtoyons chaque jour. Notre Église a besoin d’évêques capables d’annoncer l’évangile avec enthousiasme et sagesse, d’allumer l’espérance là où les cendres ont recouvert les bras de la vie, et de générer la foi dans les déserts de l’histoire.

Enfin, ne l’oublions pas, le peuple de Dieu, les gens avec leurs situations, leurs questionnements et leurs besoins sont là pour façonner l’argile de notre sacerdoce. Quand nous allons à la rencontre du peuple de Dieu, nous nous laissons façonner par ses attentes ; en touchant ses blessures, nous nous apercevons que le Seigneur transforme notre vie. Si une portion du peuple de Dieu est confiée au pasteur, il est vrai aussi que le pasteur est confié au peuple de Dieu. Et, malgré les résistances et les incompréhensions, si nous marchons au milieu du peuple et nous dépensons avec générosité, nous nous apercevrons que celui-ci est capable de gestes d’attention surprenants et de tendresse envers ses pasteurs. La vie du pasteur au milieu de ses brebis est une véritable école de formation humaine, spirituelle, intellectuelle et pastorale. L’évêque en effet, doit être entre Jésus et les personnes : avec le Seigneur sur la Montagne, il renouvelle chaque jour son union avec Lui ; avec les personnes, en aval, sans jamais avoir peur des risques et sans se raidir dans les jugements, il s’offre comme du pain qui nourrit et de l’eau qui étanche, passant et aidant ceux qu’il rencontre sur le chemin et leur offrant l’onction de l’évangile.


Avignon, le 11 octobre 2017
+ Jean-Pierre Cattenoz, archevêque d’Avignon