Tous mes vœux

4 janvier 2003

Au moment de vous offrir mes vœux pour la première fois en tant qu’archevêque d’Avignon, je voudrais vous dire tout d’abord la joie qui est la mienne devant toutes les merveilles dont je suis le témoin depuis six mois. J’ai envie d’imiter Barnabé arrivant à Antioche ; en effet, il vit la grâce de Dieu à l’œuvre.

Moi aussi, depuis que j’ai commencé à visiter chacun des prêtres, à rencontrer les conseils pastoraux, à circuler dans le diocèse pour des rencontres, des confirmations, etc., je ne peux que m’émerveiller devant tout ce que l’Esprit fait dans notre Diocèse. Et mon désir est vraiment de laisser ce dynamisme de l’Esprit se développer et s’amplifier au cœur de toutes nos communautés.

En même temps, je prends conscience que nous vivons une mutation profonde et rapide. Nous sommes en train de passer d’un paysage ecclésial connu à un autre paysage dont les contours commencent seulement à se dessiner.

Cependant, nous n’avons pas à avoir peur si, tous ensemble, nous avons comme unique désir, celui de nous laisser conduire par l’Esprit Saint, il saura nous montrer le chemin qu’il veut pour notre Église dans les années qui viennent.

J’ai demandé pour cela que pendant une année, nous nous enracinions davantage dans la prière pour demander à l’Esprit Saint sa lumière d’une manière particulière. Pour cela aussi, je souhaite que nous puissions continuer dans les prochains mois à réfléchir ensemble sur la manière dont nous pourrons dans nos zones, nos secteurs et nos paroisses mettre en œuvre toutes les orientations qui se sont dégagées de la dernière Assemblée post-synodale et qui sont inscrites dans le document « Avance au large ». Il ne s’agit aucunement de refaire encore un document de plus, mais de préparer ensemble, pour chaque zone, les grandes orientations que j’aurai à prendre comme évêque dans les prochains mois.

En effet, il m’apparaît clairement que nous allons devoir avancer vers des secteurs inter paroissiaux de plus en plus vastes dans lesquels les laïcs auront à prendre effectivement la place qui leur revient conformément à leur grâce baptismale. Ils ne seront plus seulement des aides pour les prêtres, mais véritablement co-responsables de la conduite et de l’animation des communautés chrétiennes. Quant aux prêtres, désormais beaucoup moins nombreux, nous aurons à réfléchir sur la manière dont ils devront se situer au sein des communautés chrétiennes pour continuer à en être les pasteurs au nom du Seigneur.

Je suis profondément marqué par une certitude inscrite dans l’Évangile : jésus a toujours envoyé ses apôtres en mission deux à deux. Cela fait partie de l’être de la mission, d’un de ses fondements et nous aurons certainement à revoir nos manières d’agir à ce niveau. Il n’est pas normal que les prêtres soient trop souvent seuls. Si les prêtres diocésains ne sont pas des religieux, ils n’en ont pas moins à vivre et à témoigner de la fraternité qui est au cœur de toute mission évangélique.

Je souhaite même que puissent se mettre en place dans les différentes zones des communautés de prêtres vivantes et rayonnantes qui auront peut-être en charge de grands secteurs inter paroissiaux mais qui sauront témoigner de l’importance du vivre en frères au sein du presbyterium diocésain. Les jeunes attendent de tels témoignages pour s’engager dans la mission.

De grandes questions continuent à m’habiter : comment rester ouvert au dynamisme de la mission ? Comment nous ouvrir davantage encore à la nouvelle évangélisation demandée par notre pape Jean-Paul II depuis plus de 20 ans ? Il s’agit là d’une urgence et d’une exigence vitale : n’ayons pas peur ! Soyons attentifs au contraire à tout ce qui jaillit dans l’Église et laissons-nous conduire au souffle de l’Esprit ! Comment accueillir des communautés nouvelles et leur donner leur place au cœur de notre Église diocésaine sans pour autant qu’apparaisse une Église à plusieurs vitesses ?Nous aurons à innover dans les mois qui viennent, il y aura certainement beaucoup de changements. Déjà, sur Avignon, tous nous le sentons bien, il faudra créer un seul secteur inter-paroissial intra-muros avec une seule équipe de prêtres. Sur Carpentras, nous aurons probablement aussi à réaliser un seul secteur interparoissial chargé de toute la ville. Quand je fais le tour des zones, les besoins sont immenses tant sur Bollène que sur Pertuis, sur le secteur des Coteaux du Ventoux que sur bien d’autres. Tous les changements n’iront pas sans susciter des incompréhensions, des résistances et des souffrances. Nous aurons à vivre un véritable exode, nous devrons accepter de changer nos habitudes et nos traditions, si légitimes soient-elles, pour vivre en Église d’une autre manière correspondant à la réalité qui est la nôtre aujourd’hui et à la lumière que l’Esprit Saint nous donnera pour marcher, pour aller de l’avant.

Concernant la préparation au mariage, vous avez lu les décisions prises lors de la dernière Assemblée plénière de l’épiscopat à Lourdes, nous aurons à les mettre en œuvre dans les prochains mois. Nous devrons aller vers des propositions nouvelles pour un véritable cheminement des fiancés dans la foi. Il sera demandé une année de préparation, les modalités, là encore, auront à être précisées au niveau diocésain avec audace. Progressivement, nous devrons aller plus loin dans une véritable proposition catéchuménale pour les fiancés qui n’ont jamais été catéchisés et qui cependant viennent demander à se marier à l’Église. Nous aurons à les aider à passer de la demande de sacralisation d’un moment important de la vie à la préparation d’un sacrement de Jésus-Christ.

Concernant la catéchèse, la réflexion de la Conférence épiscopale n’a abouti à aucune décision concrète. Personnellement, je souhaite qu’une réflexion s’engage pour que puisse cesser cette situation absolument anormale d’une catéchèse coupée de la vie eucharistique dominicale de nos communautés. Comment faire pour que la première communion ne soit plus la première et souvent la dernière avant la grande communion ? Comment faire pour que nos messes de familles ne laissent pas penser au plus grand nombre que désormais l’Église accepte de s’adapter et que la messe n’est plus obligatoire qu’une fois par mois. La messe n’a jamais été une obligation, mais elle est une exigence vitale pour celui qui veut vivre et grandir en chrétien. Nous aurons à réfléchir sur la manière d’être exigeant pour aider les enfants et leurs familles à prendre conscience de ce qu’est la vie chrétienne : non pas une morale mais une vie avec Jésus-Christ qui est en moi depuis mon baptême et qui ne cesse de me dire comme à Zachée : “Aujourd’hui, il me faut demeurer chez toi !”

Concernant la profession de foi et la confirmation, bien des questions se posent également ; certains voudraient que nous apportions rapidement des changements, mais nous ne pourrons ouvrir tous les chantiers en même temps. Faut-il remplacer la profession de foi par la confirmation et reporter la profession de foi à un stade ultérieur ? Faut-il remettre les sacrements de l’initiation dans leur ordre normal, baptême, confirmation et eucharistie ? La réflexion est ouverte et des orientations seront à prendre sur le plan diocésain.

Personnellement, je souhaite que dès que possible et en tout cas pour l’année 2003-2004, des retraites de profession de foi et de confirmation de plusieurs jours puissent être organisées sur le plan des secteurs et des zones. Les jeunes ont besoin de se retrouver au-delà des limites de leurs paroisses, ils ont besoin de voir qu’ils ne sont pas seuls à vouloir vivre en chrétien. Par ailleurs, les retraites organisées sur les secteurs ou les zones permettent la mise en œuvre de moyens plus importants pour permettre aux jeunes de vivre de véritable temps forts de la foi.

Je souhaite également que nous puissions entrer dans une des initiatives proposées lors de l’Assemblée de Lourdes. Profiter du carême pour aider les chrétiens à redécouvrir la Parole de Dieu en leur offrant un évangile, cette année celui de Marc, lors du premier dimanche et à se ré-approprier le Notre Père et le Credo les dimanches suivants. Mais nous en reparlerons.

Je voudrais également pouvoir actualiser le plus rapidement possible un projet dont plusieurs d’entre vous m’ont parlé, un projet de foyer vocationnel sur Avignon pour accueillir des jeunes en recherche.

La question du Séminaire interdiocésain m’habite également, nous aurons fin janvier une visite apostolique qui sera assurée par Monseigneur Raffin et ensuite, nous verrons avec les évêques concernés et en lien avec la Congrégation pour l’éducation catholique, s’il y a des orientations nouvelles à prendre. Je confie cela à votre prière dès maintenant car la question de la formation sacerdotale reste une question grave et difficile aujourd’hui.

Le service des vocations et la question de l’accompagnement spirituel des jeunes en recherche est également un chantier que j’aimerais pouvoir aborder dans les prochains mois.

Il y aurait encore de nombreuses questions qu’il faudrait pouvoir aborder, mais nous aurons l’occasion de le faire au fil des rencontres.

Vous avez appris également le changement de l’organisation de l’Église en France. Les régions apostoliques ont disparus au profit de provinces avec un archevêque métropolitain à la tête de chacune. Dans notre nouvelle Province, Marseille sera le siège métropolitain et nous nous séparons des diocèses de NÎmes, Mende et Montpellier. Nous allons devoir expérimenter une nouvelle manière de vivre en Église à ce niveau-là également. Un petit groupe d’évêques s’est mis au travail pour nous proposer dans les mois qui viennent un nouveau style de fonctionnement de la Conférence des évêques de France tant au niveau du Conseil permanent qu’au niveau des différents comités et commissions. Nous devrons vivre la collégialité d’une manière plus simple, plus légère et plus efficace. Nous n’avons plus les moyens de multiplier les structures et les réunions. Par contre, certains services devraient pouvoir ne plus être diocésains mais provinciaux. Tout cela se mettra en place petit à petit et l’expérience nous montrera le chemin.

Pour finir, vous m’excuserez, mais je ne peux pas ne pas partager le désir qui est le mien de nous voir tous redécouvrir la puissance de vie qui est la nôtre dans le Christ ! Laissons-nous habiter par le Christ et que le feu de l’Amour divin brûle en vous et rayonne dans nos vies. Je n’ai pas d’autres vœux à formuler pour vous et pour tous les chrétiens du diocèse en ces premiers jours de l’année.

Si chaque baptisé se laissait habiter par le Christ, laissait l’Esprit Saint déployer toute sa puissance d’amour en lui, alors le monde changerait.

+ Jean-Pierre Cattenoz
4 janvier 2003