Un bilan de santé spirituelle

mars 2004

En ce temps de carême, nous aurions bien besoin de faire un bilan de santé spirituelle.

Nous pourrions commencer par un examen des yeux. En effet, nous sommes tous plus ou moins atteints d’une étrange maladie : nous avons une acuité visuelle formidable pour voir les défauts des autres et nous sommes souvent quasiment aveugles sur nous-même. Jésus nous pose la question : “Qu’as-tu à regarder la paille dans l’oeil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton oeil, tu ne la remarques pas ?” (Mt 7, 3) Et le livre de l’Apocalypse nous donne un conseil : “Viens acheter chez moi [.] un remède pour te frotter les yeux afin de voir clair” (Ap 3, 17-18). Grâce à ce remède, nous pourrons ouvrir nos yeux sur toutes les merveilles que Dieu ne cesse d’accomplir dans nos frères, en nous, dans le monde.

Ensuite, après ce premier examen, je vous propose d’aller visiter un autre spécialiste, cette fois-ci, un ORL. En effet, nous avons dans la bouche un petit organe qui s’appelle la langue qui nous permet de communiquer, de partager avec nos frères, mais qui trop souvent, au dire même de l’apôtre saint Jacques, “elle est une vraie peste, toujours en mouvement, remplie d’un venin mortel. Elle nous sert à bénir le Seigneur notre Père, elle nous sert aussi à maudire les hommes, eux qui sont créés à l’image de Dieu. Bénédiction et malédiction sortent de la même bouche. Mes frères, il ne doit pas en être ainsi !” (Jc 3, 8-10) Et l’apôtre poursuit son diagnostic en nous disant que la source en est la jalousie et l’orgueil. Alors demandons au Seigneur qu’il mette un frein à notre bouche et qu’il nous donne des lèvres pour bénir et non plus pour juger, critiquer ou maudire.

Profitons de notre visite chez l’ORL pour lui demander de regarder nos oreilles car, trop souvent nous avons un bouchon qui nous empêche d’écouter et d’entendre. Dieu ne cesse de nous parler à travers sa parole, à travers nos frères, à travers les événements et nous sommes la plupart du temps inattentif à cette parole. Alors demandons à Jésus, le médecin divin de mettre ses doigts dans nos oreilles et de mettre un peu de sa salive sur notre langue pour que nos oreilles s’ouvrent et que notre langue soit pleinement déliée pour pouvoir chanter les merveilles de Dieu (cf. Mc 8, 31-37). Demandons également à l’Esprit Saint qu’il nous donne des oreilles capables d’écouter sa parole, de prendre du temps chaque jour pour l’accueillir comme un don de Dieu, qu’il nous donne également cette attention de tous les instants à sa présence et aux nombreux signes qu’il nous fait à travers notre vie quotidienne pour nous montrer le chemin.

Je vous invite maintenant à un nouvel examen, cardiologique cette fois-ci. Pendant le carême, en effet, les prophètes ne cessent de nous dire que nous avons un coeur de pierre, un coeur incapable d’aimer, mais ils insistent en nous disant le désir de Dieu de nous donner un coeur nouveau, un coeur capable d’aimer au souffle de l’Esprit d’Amour. Alors n’ayons pas peur de demander au Seigneur d’opérer en nous une véritable transplantation cardiaque, vous verrez cela changera votre vie. Votre coeur battra au rythme du coeur de Dieu. Vous sentirez toujours votre incapacité à aimer vraiment, mais l’Esprit Saint deviendra en vous source d’amour et vous pourrez aimer avec l’amour même de Dieu dans votre coeur, dans vos yeux, dans vos mains.

Nous n’en avons pas encore fini pour autant, car le Seigneur lui-même nous invite maintenant à une véritable thérapie de groupe. Durant celle-ci, il voudrait nous aider à prendre conscience de tous les liens qui nous unissent les uns aux autres, à prendre conscience qu’on ne peut être chrétien tout seul. J’ai besoin de mes frères, de mes soeurs, j’ai besoin de vivre concrètement la réalité de ce que je suis devenu : membre du Corps du Christ ; je suis devenu membre de la grande fraternité chrétienne, et cette fraternité doit s’exprimer dans ma vie pour lui permettre de déployer toutes ses virtualités. Pendant ce temps de carême, toutes nos communautés chrétiennes auraient besoin de vivre cette thérapie de groupe sous la conduite du Seigneur lui-même. Cette thérapie nous conduira à découvrir et vivre toutes les solidarités qui s’imposent à nous de par notre être de baptisé. Nous aurons à en finir avec l’individualisme et peut-être entendrons-nous l’ange du Seigneur nous dire comme à l’Église de Laodicée : “Tu dis : “Je suis riche, je me suis enrichi, je ne manque de rien”, et tu ne sais pas que tu es malheureux, pitoyable, pauvre, aveugle et nu”. Alors, il nous faudra prendre au sérieux ses conseils : “Viens acheter chez moi de l’or purifié au feu pour devenir riche, des vêtements blancs pour te couvrir et cacher la honte de ta nudité” (Ap 3, 18).

Enfin, avant d’en finir avec ce bilan de santé, il nous faut passer voir une diététicienne pour revoir notre alimentation, nous en avons bien besoin. Comment continuer sans se nourrir de manière équilibrée. Le Seigneur a dressé pour nous deux tables, aussi indispensables l’une que l’autre, celle de sa parole et celle de son corps donné en nourriture. Profitons de ce bilan de santé spirituelle pour nous interroger dans chacune de nos communautés sur la place de l’eucharistie. Je ne peux vivre en chrétien sans me nourrir du corps du Christ chaque dimanche, il s’agit d’un besoin vital, d’une question de survie. Puissions-nous éduquer nos enfants et nos jeunes à cette exigence vitale pour un bon équilibre de vie en Christ.

Nous pourrions continuer encore ce bilan, mais, je laisse au Seigneur le soin de conduire plus avant ce bilan avec chacun de nous pour personnaliser nos besoins et nous permettre de retrouver une bonne santé chrétienne, celle même que Dieu veut pour chacun. Je vous souhaite un bon carême à tous.

+ Jean-Pierre Cattenoz
Mars 2004