Une année jubilaire

1er juin 2008

Mot de l’évêque - Église d’Avignon n°40 - juin 2008

A la demande du Saint Père, nous allons entrer dans une année jubilaire spéciale à l’occasion du bimillénaire de la naissance de l’apôtre Paul.

Ce jubilé commencera le 28 juin prochain pour se terminer le 29 juin 2009. Puissions-nous durant toute cette année nous mettre à l’école de Paul. Sur le chemin de Damas, il a rencontré le Christ et le Christ est devenu le centre de sa vie jusqu’à pouvoir dire : “Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi, ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi” (Gal 2, 20). Et sa passion pour le Christ l’a conduit à annoncer l’Évangile non seulement par la parole mais par toute sa vie, toujours davantage identifiée à celle de son Seigneur. Sa rencontre avec le Christ a révolutionné sa vie et le Christ est devenu la raison profonde de toute sa vie d’apôtre.

A travers toutes ses lettres transparaît son attachement au Christ et nous pouvons percevoir à quel point le Christ peut habiter et influencer la vie d’un homme, et donc également la nôtre. Paul vit du Christ et avec le Christ ; il ne vit plus pour lui mais pour le Christ et sa vie se construira désormais en Lui et pour Lui. Nous découvrons ainsi la véritable identité chrétienne : être dégagé de soi-même pour se recevoir du Christ et se donner avec Lui jusqu’à partager aussi bien sa mort que sa vie. Désormais nous sommes vivants en Jésus-Christ, nous sommes en Jésus-Christ. Il y a une véritable identification de notre personne avec le Christ et du Christ avec nous.

Cette appartenance radicale au Christ doit marquer notre vie quotidienne d’abord par une attitude d’humilité, d’admiration et de louange à son égard : tout ce que nous sommes nous le devons uniquement à Lui et à sa grâce. Ensuite, cette appartenance doit susciter en nous une attitude de confiance et de joie immense : “Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? […] Qui nous séparera de l’amour du Christ ? La détresse, l’angoisse, la persécution […]. Mais en tout cela, nous sommes plus que vainqueurs par Celui qui nous a aimés. Oui, j’en ai l’assurance : ni la mort, ni la vie […], ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ, notre Seigneur” (Rm 8, 31-39).

Par ailleurs, saint Paul met en lumière la place de l’Esprit Saint dans cette identification au Christ qui est au cœur de notre vie de chrétien. Il est présent en nous, Il habite en nous (cf. Rm 8, 9 ; 1 Co 3, 16 ; Ga 4, 6). L’Esprit nous modèle jusqu’au plus intime de nous-mêmes pour faire de nous des fi ls dans le Fils bien-aimé : “L’Esprit que vous avez reçu ne fait pas de vous des esclaves, des gens qui ont encore peur ; c’est un Esprit qui fait de vous des fils adoptifs ; poussés par cet Esprit, nous crions vers le Père en l’appelant : “Abba !”” (Rm 8, 15). Ainsi, par le baptême et la confirmation, l’Esprit nous établit dans une relation de filiation objective et originale avec Dieu, nous sommes devenus ses fils et cela est une invitation à vivre toujours plus en fils adoptifs dans la grande famille de Dieu. Toute notre vie doit être transformée par cette filiation divine.

Enfin, pour Paul, le Christ et l’Église ne forment qu’un tout. Son adhésion à l’Église résulte d’une intervention directe du Christ qui, se révélant à lui sur le chemin de Damas, s’identifia à l’Église et lui fi t comprendre que persécuter l’Église, c’était Le persécuter, Lui. Paul, à travers toutes ses lettres, nous aide à entrer dans la réalité de l’Église, Corps du Christ : ensemble nous ne formons qu’un seul Corps, le Corps du Christ. Le Seigneur nous a donné son corps en nourriture pour nous faire devenir son Corps : “Tous, vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus” (Ga 3, 28). Ainsi, il y a une certaine forme d’identification de l’Église avec le Christ lui-même, de là dérive la grandeur de l’Église et pour nous une authentique exigence de vivre réellement en conformité de vie avec le Christ.

Puissions-nous durant cette année jubilaire nous mettre à l’école de saint Paul jusqu’à pouvoir dire avec lui : “Je ne veux rien savoir parmi vous sinon Jésus-Christ et Jésus- Christ crucifié” et “Malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile”.