Une morale, non, mais une vie avec Jésus, oui !

4 février 2015

 

Le christianisme ne serait-il pas devenu aux yeux de beaucoup une morale, certes respectable car riche de plus de vingt siècles de christianisme, mais une morale quand même et qui de plus apparaît aujourd’hui en totale rupture avec la vie de notre société d’aujourd’hui ?


Voilà une question importante. Il est impossible de l’éluder car pour beaucoup de gens, même dans l’Église, la croyance, la foi, se résument dans des règles, des commandements, une manière de vivre marquée de manière vague par les préceptes de l’Évangile et qui jusqu’à maintenant organisait tant bien que mal le “vivre ensemble” dans notre bonne terre de France. On passait à l’église quatre fois dans la vie, question de sacraliser ses moments importants : la naissance, le passage à l’âge adulte, l’amour et la mort. Les curés nous donnaient alors le baptême, la “communion solennelle” qui marquait la fin de notre enfance et marquait aussi la fin de toute pratique habituelle, le catéchisme étant pour les enfants ; enfin, ils nous revoyaient pour le mariage et une dernière fois pour notre enterrement.


Une telle réalité n’expliquerait-elle pas la déchristianisation galopante que vit notre société, bien aidée en cela par tous les tenants de la mise en place d’une nouvelle religion sous la haute autorité de la République, comme le souhaitait récemment encore un de nos ministres de l’Education. Récemment encore, les conflits autour des crèches ont secoué nos Provinces jusqu’à provoquer un débat télévisé où le grand maître du grand Orient de France a déclaré que les crèches n’avaient pas leur place dans un état laïc, ajoutant qu’il n’y aurait cependant aucun problème à les garder, à condition bien sûr d’en retirer l’enfant Jésus, Marie et Joseph. Et nous revoilà dans une morale devenue républicaine où tout le monde est gentil et heureux sous le regard émerveillé du ravi ! Sauf que tout le monde le sait bien : ce n’est pas le cas !


Depuis Noël, j’ai eu l’occasion d’aller jusqu’à Bethléem avec les bergers pour contempler l’enfant emmailloté et couché dans une mangeoire ; je suis resté là dans le silence à contempler l’Emmanuel, Dieu avec nous. Je l’ai pris dans mes bras et serré sur mon cœur et j’ai senti battre le cœur de Dieu, d’un Dieu qui nous aime tant qu’il a voulu venir partager notre vie humaine. Depuis, avec Marie, je rumine tous ces événements dans mon cœur.


Avec les mages, je suis venu le voir ; je ne lui ai apporté ni or, ni encens, ni myrrhe, mais je suis venu me prosterner devant lui pour reconnaître en lui mon Roi, mon Seigneur et mon Sauveur. Pendant ce temps, les boulangers vendaient leurs galettes accompagnées de couronnes et tous, grands et petits, chrétiens ou non chrétiens se déclaraient roi ou reine au gré des fèves. Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ! Le roi, c’est lui, c’est l’enfant et je peux aller déposer la couronne auprès de lui car il est vraiment mon Roi, mon Seigneur et mon Sauveur ! Il devient tout pour moi.


J’ai pris le temps de relire l’Évangile et j’ai senti jaillir en moi la joie de sa présence. Il a fait sa demeure en moi. Il est devenu ma lumière, il est pour moi “le Chemin, la Vérité et la Vie”, il m’appelle encore et toujours à le suivre, à mettre mes pas dans les siens et sans faire de bruit il fait mon éducation pour m’apprendre à vivre au rythme de son amour, à aimer en lui et avec lui. Si je tombe, cela n’a pas d’importance, il me relève en me disant : “Va et désormais ne pèche plus.”


Croire, c’est l’accueillir, l’écouter, vivre avec lui, marcher à sa suite, entrer dans son intimité. Croire, c’est demeurer en sa présence, c’est partager la convivialité de table à laquelle il m’appelle avec tous les paumés de la terre. Croire, c’est le suivre jusqu’au calvaire et mettre mes pas dans ceux du disciple bien-aimé. Croire, c’est brûler de zèle à annoncer Jésus, oui malheur à moi si je n’annonce pas l’évangile, la bonne nouvelle de Jésus, le Sauveur, le Fils de Dieu.


Dans cette lumière et en elle seulement, Jésus dans le sermon sur la montagne m’apprendra à vivre avec lui et je découvrirai la joie d’être pardonné et aimé, la joie de me savoir frère parmi mes frères, joie qui est celle que le pape François voudrait nous transmettre à tous.


Ces dernières semaines, j’ai regardé trois films, et j’aimerais vous inviter à les revoir : “Le grand silence” de Philip Gröning – je me suis accroché pour aller jusqu’au bout, mais il m’a bouleversé -, “La passion du Christ” de Mel Gibson et j’ai pleuré, “Cristeros” un film de Dean Wright, j’ai été bouleversé, j’ai pleuré et je me suis senti vraiment disciple de Jésus avec le jeune José et avec tous les Cristeros.
 

Avignon, le 1er février 2015
+ Jean-Pierre Cattenoz, archevêque d’Avignon