Dans la joie de la Mission

1er janvier 2004

En ces premiers jours de l’année, j’ai encore les yeux et le coeur pleins de la joie de Noël, joie d’avoir pu accueillir l’enfant Dieu, joie d’avoir pu venir avec les bergers et tous les pauvres de la terre l’adorer, joie d’avoir pu rejoindre les mages au moment où ils arrivaient pour offrir à l’enfant l’or, l’encens et la myrrhe ; avec eux, j’ai pu reconnaître en lui mon roi, mon Dieu et mon sauveur, la lumière des nations.

Cette joie, j’ai envie de la partager avec tous les chrétiens de notre diocèse, et plus largement encore avec tous les hommes mes frères. Quelle joie de se savoir ainsi aimé par Dieu ! Quelle joie de se savoir ainsi appelé à vivre de la vie même de Dieu ! Nous devrions tous être comme les bergers de la crèche et avoir soif de partager la nouvelle.

Je voudrais également vous dire ma joie d’avoir pu rencontrer le Saint Père il y a quelques semaines lors de la visite “ad limina”, moment d’émotion devant ce vieil homme rayonnant de paix et d’écoute malgré la fatigue évidente d’un corps qui n’en peut plus mais qui puise sa force dans la force de Dieu. Justement, ce qui m’a le plus frappé dans cette rencontre, c’est le rayonnement de la grâce qui illumine sa faiblesse. Par-delà les mots échangés, le plus important est sa présence, véritable sacramental du mystère de l’Église et de la grâce de Dieu à l’ouvre au cour de notre faiblesse humaine. Je lui ai partagé les soucis qui sont les nôtres ; j’ai senti en lui une grande attention, le rayonnement d’un homme de prière, habité par le Christ et illuminé de sa présence. Le plus important ne tient même pas dans l’échange que nous avons eu, mais dans la communion profonde qui s’établit immédiatement à son contact.

En ces premiers jours de l’année, je voudrais vous partager maintenant mes espérances et mes soucis. Nous devrions pouvoir accueillir cette année, deux communautés religieuses nouvelles. D’abord des carmélites de l’Enfant Jésus, branche apostolique du carmel, née dans les pays de l’est, il y a quelques décennies et présentes actuellement en France dans les diocèses de Toulon et de Montpellier. Elles devraient pouvoir s’installer à la Métropole pour y assurer une présence d’accueil et de prière. Le diocèse désirait déjà depuis longtemps la présence d’une communauté religieuse à la Métropole pour donner à l’Église mère de notre diocèse une impulsion nouvelle, des contacts avaient déjà été pris avec diverses communautés et voilà que ce désir va prendre corps, normalement cette année. Nous devrions aussi accueillir, une communauté “Shalom”, communauté nouvelle de laïcs dont la vie est apostolique tout en étant solidement enracinée dans une vie de prière. Cette communauté est née au Brésil il y a quelques années ; elle est présente actuellement en Suisse, en Italie et en France dans le diocèse de Toulon. Après des contacts avec les fondateurs, un petit groupe est venu et ils pourraient arriver dans le diocèse à quatre ou cinq en septembre prochain. Ils devraient pouvoir s’installer dans le secteur inter paroissial du Sacré-Cour et de Jean XXIII. Leur mission serait, après une période d’inculturation, d’être au service du secteur inter paroissial et plus directement, selon leur charisme, au service de l’évangélisation des jeunes.

J’espère que d’autres communautés viendront travailler sur le diocèse dans les années qui viennent. Je m’emploie à multiplier les contacts ; l’été dernier, j’ai beaucoup circulé pour découvrir diverses communautés et faire connaître nos besoins. Ma méthode est un peu celle de la veuve importune de l’Évangile et il semble qu’elle commence à porter des fruits, mais le champ à moissonner est immense et les ouvriers peu nombreux.

La mort récente du Père Clément Montagne des Missions Étrangères de Paris qui était curé de Lauris, Puget et Mérindol, nous laisse désemparés. Nous sommes dans l’impossibilité de le remplacer et ce sont les prêtres du secteur qui vont devoir élargir le champ de leur apostolat. Il en est de même à Jonquières, Violès et Causans après le départ du Père Gérard Augier il y a quelques semaines ; le Père Jean-Marie Gérard et les prêtres du secteur devront prendre en charge ces trois paroisses. Nous touchons du doigt notre pauvreté. Il nous faut apprendre à vivre en Église d’une manière nouvelle. Plusieurs grands secteurs inter paroissiaux ont commencé à se mettre en place à la rentrée dernière et nous devons prendre conscience que ce n’est qu’un commencement.

J’espère cependant que des communautés sacerdotales pourront venir également travailler dans le diocèse, nous avons besoin de leur aide pour faire face aux besoins qui seront les nôtres dans les années qui arrivent. Je souhaite que tous, nous puissions être ouverts à la venue de prêtres venant de communautés nouvelles. Bien sûr ils arriveront avec leur charisme propre, leur manière d’être et ils devront apprendre à entrer dans la vie de notre Église diocésaine, mais nous devrons aussi les accueillir comme des frères et les aider à s’intégrer dans les meilleures conditions. Depuis deux siècles, beaucoup de missionnaires sont partis de notre diocèse pour le service de l’évangélisation dans le monde entier. Aujourd’hui, c’est nous qui avons besoin d’aide pour la mission et nous devons nous réjouir de pouvoir accueillir des frères et des sœurs qui viennent nous aider.

L’organisation du diocèse a également été remodelée ces derniers mois et de nouvelles structures se mettent en place progressivement. Il n’y a plus de vicaires épiscopaux et le nombre de doyennés a été ramené de dix à huit : Avignon, Grand Avignon, Orange Bollène, Vaison Valréas, Carpentras, Pertuis, Apt, et Cavaillon L’Isle-sur-la-Sorgue. Un Conseil des doyens a commencé à fonctionner, il aura un rôle important au service de la communion dans l’ensemble du diocèse. Le Conseil presbytéral a également été renouvelé et lors de notre première rencontre, nous avons travaillé sur de nouveaux statuts qui seront promulgués dans les mois qui viennent. Enfin, les statuts du Chapitre métropolitain sont également en cours de refonte, ils dataient, eux, de 1923 et avaient besoin après le Concile et le Nouveau Code de Droit Canonique d’une sérieuse mise à jour.

Plusieurs chantiers devront être ouverts dans les mois qui viennent :

* Une réflexion sur la formation sacerdotale dans notre diocèse. À la suite de la fermeture du Séminaire interdiocésain d’Avignon, je n’ai pas voulu prendre d’orientation dans l’urgence, mais nous allons devoir nous interroger à la lumière entre autres de ce que le Saint Père nous a dit lors des premières visites “ad limina” des évêques français. Je souhaite qu’une consultation aussi large que possible puisse se faire avant de devoir prendre des décisions.

* Le service des vocations est également un des grands chantiers ; comment mieux rejoindre tous les jeunes qui s’interrogent sur un appel du Seigneur, comment leur proposer un véritable accompagnement spirituel, comment être davantage appelant ? Ne faudrait-il pas aller vers l’ouverture d’un foyer vocationnel ? Cette année, pendant le pèlerinage à Lourdes, j’ai demandé à tous de prier à l’intention des vocations, en allant même jusqu’à dire que nous devions demander au moins quatre vocations sacerdotales pour cette année. J’ai écrit à toutes les communautés contemplatives en leur demandant d’ajouter chaque jour une intention à l’office du matin ou du soir pour les vocations sacerdotales diocésaines. Il nous faut prier le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. Il faudrait également que nous ayons l’audace de poser des gestes symboliques forts pour demander des vocations. Pourquoi ne pas organiser un pèlerinage diocésain exceptionnel dans un sanctuaire marial ou dans un sanctuaire à Saint Joseph ?

* Un autre chantier est celui de la formation à tous les niveaux. De nombreuses formations sont proposées dans le diocèse : l’I.D.F., la formation des catéchistes, des animateurs d’aumônerie, la formation décentralisée ; mais, en même temps, de nombreux laïcs, catéchistes ou responsables d’aumônerie manquent cruellement de formation à la transmission de la foi. Comment mieux coordonner toutes nos formations et aller peut-être vers des formations communes à divers services du diocèse ?

* Le 20 janvier prochain, nous allons commencer une formation en vue de préparer des laïcs à participer à la célébration d’obsèques. Dans certains secteurs inter paroissiaux, cela devient une urgence, il y a des moments et des jours où les prêtres ont besoin d’être aidés par des laïcs pour les obsèques, mais pour cela ces derniers doivent être préparés et recevoir mission dans ce but.

* La pastorale de la famille est également un des chantiers urgents, nous n’avons plus d’équipe diocésaine de la pastorale familiale. Or une des deux questions que le Saint Père m’a posées est justement celle-ci : “Où en est la pastorale familiale dans votre diocèse ? Il en va de la vie même de l’Église !” Nous avons en ce domaine un déficit évident à combler. Comment rejoindre les jeunes adultes, les jeunes couples, les jeunes professionnels ?

* Après vingt-cinq ans d’existence, le diaconat est également un des chantiers qui demande réflexion, même s’il a depuis des années un fonctionnement bien rodé. Après une génération d’expérience, il est important de s’asseoir pour se demander où nous en sommes.

* L’immobilier est aussi un des grands chantiers, au sens propre. La fermeture du Séminaire nous oblige à nous interroger sur l’utilisation de l’immobilier dans l’intra-muros. Pour avancer sur ce chantier, avec le Conseil épiscopal, nous avons établi un premier cahier des charges sur les besoins de l’Église au plan diocésain et paroissial sur l’intra muros. Une commission de l’Immobilier formée de professionnels autour d’Emmanuel Deluëgue a commencé à se mettre au travail pour voir quelles propositions pourraient être faites en fonction du cahier des charges et des structures existantes. Cette commission devrait pouvoir faire une première série de propositions dans les mois qui viennent. Une consultation sera alors ouverte, aussi large que possible avant qu’une quelconque décision soit prise. De toute façon toute décision sera soumise aux règles du droit de l’Église. De la même manière, il faudra, dans les années qui viennent que la commission de l’Immobilier puisse travailler à aider les paroisses dans la gestion du parc immobilier diocésain.

* Je voudrais mentionner encore le chantier d’une réflexion sur le fonctionnement des nouveaux secteurs inter paroissiaux à l’exemple d’autres diocèses comme celui de Grenoble qui a publiée une véritable charte diocésaine des paroisses ou de celui de Toulon qui réfléchit sur la notion de pôles missionnaires paroissiaux. Dans la même ligne, il serait important de réfléchir également dans la ligne de l’ecclésiologie de Vatican II sur la cohérence et les liens vitaux entre Église diocésaine et paroisses, quels nouveaux visages pour nos communautés inter paroissiales. Comment la paroisse vit de la vie même du diocèse ?

* Il faudrait mentionner également le chantier de l’apostolat des laïcs, nous sentons bien tous que des mutations profondes se vivent actuellement dans la manière de rejoindre et d’évangéliser notre monde. Certains mouvements se renouvellent, d’autres apparaissent, d’autres disparaissent et c’est la vie. Cependant, il est important de ne pas entrer dans des conflits inutiles et stériles, mais au contraire il est évident que chacun et tous doivent pouvoir apporter leur pierre à la construction de notre Église aujourd’hui. L’urgence demeure d’annoncer Jésus-Christ à tous doit être notre seule lumière.

* Actuellement, avec un groupe de prêtres et de laïcs du diocèse, nous réfléchissons sur la possibilité de mettre en place une communion ou un fraternité qui serait au service de la mission dans le diocèse avec comme ligne de fond la prière, la vie fraternelle et la mission. Tout cela devrait prendre corps dans les mois qui viennent et nous aurons l’occasion d’en reparler.

* Enfin, pour clore une liste qui pourrait cependant s’allonger, je voudrais que nous puissions nous interroger sur notre présence auprès des plus pauvres, sur la manière dont, à l’image du Seigneur, nous vivons la béatitude des pauvres et sur la manière dont nous sommes présents auprès des plus démunis souvent à nos portes.

Nous avons eu fin novembre début décembre une grande mission auprès des jeunes qui s’est terminée par un temps fort dans le cadre de la fête de l’Immaculée. Le samedi 6 décembre, nous avons eu une journée d’évangélisation à Avignon avec l’aide de plusieurs communautés nouvelles, ce fut un temps très riche pour tous. Le dimanche au Sacré-Coeur, nous avons eu après un temps de louange et une eucharistie solennelle, une consécration des familles à Jésus par Marie. J’ai été profondément touché par tous ceux et celles qui ont tenu à venir vénérer la Vierge Marie avant de recevoir en famille ou individuellement une bénédiction du Saint Sacrement. Enfin, le 8 décembre, comme chaque année, nous avons eu la clôture de la neuvaine à la Métropole dans la joie de fêter celle qui est la Mère de Dieu, la Mère de l’Église qu’elle continue à enfanter dans la puissance de l’Esprit Saint.

Cette mission a permis à beaucoup de prendre conscience de la dimension missionnaire de notre grâce baptismale avec toutes ses exigences.

Enfin, avant de terminer, je voudrais vous partager ce que j’ai dit au Saint Père lors de notre rencontre.

Je lui ai fait part de mon désir de tout faire pour aider les chrétiens :

* à redécouvrir ou à approfondir le dynamisme de leur grâce baptismale dans la puissance de l’Esprit Saint,

* à ouvrir leur yeux sur toutes les merveilles que Dieu ne cesse de faire dans nos vies

* à retrouver l’audace de porter témoignage dans leur vie familiale, professionnelle, et sociale.

Je lui ai fait part de mon désir :
* d’aider les communautés paroissiales à devenir toujours davantage des lieux de communion et de fraternité,

* d’aider les baptisés et les communautés à redevenir missionnaires, dans la ligne de la nouvelle évangélisation dont le Saint Père s’est fait le chantre depuis le début de son pontificat.

Pour terminer, je voudrais vous remercier tous pour tout ce que vous vivez, pour tout ce que vous êtes ; je suis conscient de la charge qui pèse sur vos épaules. Les prêtres sont souvent critiqués, jugés, et pourtant dès qu’une communauté n’a plus de curé, je reçois des lettres incendiaires pour trouver un prêtre qui puisse être disponible pour prendre le relais.

Enfin, j’entends parfois bien des critiques me concernant, sachez que j’essaye de répondre le mieux possible à la mission qui m’a été confiée et je souhaite qu’au-delà des turbulences créées par les changements qui sont toujours inévitables, nous puissions ensemble dans une communion sans cesse renouvelée par-delà les générations, être tous unis pour construire dans la joie le corps du Christ aujourd’hui dans notre diocèse.

+ Jean-Pierre Cattenoz
1er janvier 2004