Dans la lumière de la Pentecôte, je veux crier, crier la vérité !

mai 2004

L’amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné” (Rm 5, 5). Comment ne pas méditer au­jourd’hui sur ce don merveilleux ! Il nous a été fait pour venir au secours de toutes nos faiblesses et nous permettre de réaliser notre vocation : vivre d’amour.

Dieu a mis dans le coeur de l’homme un don merveilleux : l’homme est capable d’aimer. Malheureusement, le péché est passé par là ! Comme il est difficile d’aimer vraiment ! L’amour est sans cesse bafoué par une société qui a perdu ses repères et qui s’enfonce dans ses contradictions. La famille qui est le lieu de l’amour par excellence est mise à mal. Une nouvelle loi est venue favoriser le divorce ; une autre est venue transformer l’embryon humain en possible matériel de laboratoire et trois députés seulement ont eu le courage de s’élever contre cette loi lorsqu’elle est passée au parlement. De nouvelles dispositions permettent de mettre à mort une vie humaine commencée, jusqu’à douze semaines. Le don de la vie est devenu un champ de bataille sur lequel les cadavres ne se comptent plus. L’euthanasie est à l’ordre du jour ; elle est présentée comme le droit de mourir dans la dignité ! La stérilisation des handicapés ne pose plus de problème. Les mariages homosexuels sont proposés à l’opinion comme une alternative possible au mariage par lequel un homme et une femme se donnent l’un à l’autre pour s’aimer d’un amour riche de promesses. Les hommes politiques débattent sans état d’âme de la possibilité de célébrer ce nouveau type de mariage, des textes de loi circulent, de telles célébrations sont annoncées comme imminentes. Déjà la question de l’adoption d’enfants par des couples homosexuels apparaît à beaucoup comme inéluctable, inscrite dans le progrès de la société moderne. Mais où s’arrêtera notre monde devenu fou ? Sans par­ler de la télé-réalité et de la ferme des célébrités qui nous montrent jusqu’à quel point notre société est déboussolée ! Malheureusement voilà ce qui fait courir notre monde, un leurre qui trompe nos jeunes, une voie sans issue dans laquelle trop de gens s’engouffrent !

Et si nous les chrétiens, nous avions à témoigner de la nature même de l’Amour : aimer, c’est tout donner et se donner soi-même. L’amour vrai nous ouvre aux autres, nous permet de découvrir toutes les richesses de nos frères et de nous en réjouir. Il est aux antipodes de l’égoïsme et de la jalousie qui trop souvent nous minent. L’amour vrai nous unit les uns aux autres. Il est à la source de toute vie conjugale et familiale. Il est au cour même de toute vie en société ; un monde sans amour est un monde qui marche vers sa mort.

Et si nous, les chrétiens, nous avions à témoigner de la puissance de l’Amour au cour de ce monde qui est le nôtre. Au jour de notre baptême, Dieu a mis en nous une petite greffe d’amour divin, l’amour de charité, pour que nous puis­sions l’aimer et aimer nos frères avec son propre amour divin. Ainsi, nous pourrons répondre au seul commandement que Jésus nous a laissé : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » Et comme si cela ne suffisait pas, il nous a donné son Esprit Saint qui fait jaillir en nous les sources de l’Amour. Au jour de notre confirmation, Dieu a fixé en nous comme une grande parabole pour nous permettre de capter non pas canal satellite ou TPS, mais canal Esprit Saint. Ainsi, quand il voudra et comme il voudra, il pourra agir en nous pour nous don­ner tous ses trésors divins, toute sa force divine, tout son amour divin à condition cependant que nous restions bien branchés sur lui et attentifs aux émissions de son amour. Alors et alors seulement, nous pourrons vivre toutes les dimensions de l’amour : “L’amour prend patience, l’amour rend service, il ne jalouse pas, il ne plastronne pas, il ne s’enfle pas d’orgueil, il ne fait rien de laid, il ne cherche pas son intérêt, il ne s’irrite pas, il n’entretient pas de rancune, il ne se réjouit pas de l’injustice, mais il trouve sa joie dans la vérité. Il excuse tout, il croit tout, il espère tout, il endure tout.” Et tout cela est possible dans la puissance de l’Esprit Saint.

Quand je n’arrive plus à aimer, l’Esprit Saint est toujours prêt à venir à mon secours pour me permettre d’aimer envers et contre tout. Jésus lui-même ne nous a-t-il pas dit : “C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres qu’on vous reconnaîtra pour mes disciples.” L’amour de charité est le fondement même de la vie de l’Église, s’il y a la charité alors le corps du Christ pourra grandir et attirera les hommes, par contre s’il y a division, il n’y aura plus de croissance mais au contraire dépérissement du corps tout entier. Dans toutes nos paroisses et nos communautés, nous devons mendier cet amour à chaque instant. Il n’y a pas de supermarché de l’amour, mais l’Esprit Saint est prêt à nous en donner autant qu’il nous en faut à chaque instant.

Jean, le disciple bien-aimé de Jésus, lui qui a entendu battre le cour de Dieu au soir du Jeudi Saint, lui qui a assisté au jaillissement des sources de la vie et au don de l’Esprit, quand il arrive au terme de sa vie n’a plus qu’une chose à nous dire : “Dieu est Amour, c’est l’Amour seul qui compte”.

Saint Paul de son côté n’a qu’un chemin à nous indiquer pour trouver la vie, celui de l’amour de charité en nous laissant conduire par l’Esprit Saint : “Voici le fruit de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur, maîtrise de soi ; contre de telles choses, il n’y a pas de loi. Ceux qui sont au Christ ont crucifié la chair avec ses passions et ses désirs. Si nous vivons par l’Esprit, marchons aussi sous l’impulsion de l’Esprit.

En ces jours de Pentecôte, puissions-nous tous nous laisser modeler par l’Esprit Saint, habiter par lui, alors notre charité rejoindra Dieu pour nous unir à lui et pour nous unir à nos frères, pour être ensemble les enfants bien-aimés du Père et construire l’Église, la famille de Dieu où l’amour est roi.

Nous pouvons nous lamenter sans cesse devant les dérives de l’amour au cour de notre monde, mais cela restera stérile ; nous pouvons et nous devrions surtout rayonner de l’amour de celui qui nous habite, en être les témoins, des témoins convaincus, prêts à tout pour en vivre au jour le jour : don reçu à chaque instant au cour même de notre pauvreté et de toutes nos limites. Nous n’avons rien d’autre à apporter à nos frères : “De l’or, de l’argent, je n’en ai pas, mais ce que j’ai, je te le donne, au nom de Jésus-Christ, lève-toi et marche.

+ Jean-Pierre Cattenoz
Mai 2004