Le témoignage d’Étienne a gardé toute son actualité

mai 2004

En ces jours de Pâques, je reviens avec joie au récit des Actes des Apôtres au moment où la crise suscitée par un problème entre groupes ethniques a été surmontée par l’institution des diacres et leur “ordination”.

L’auteur des Actes écrit alors : “La parole du Seigneur était féconde” (Ac 6, 7). Comment ne pas se réjouir devant la puissance de la Parole de Dieu et comment ne pas se sentir invité aujourd’hui encore à vivre de cette fécondité ? Oui, j’en ai la certitude : celui qui saura prendre du temps pour se nourrir de la Parole en goûtera les fruits dans sa vie. Un chrétien devrait pouvoir dégager chaque jour au moins un quart d’heure pour venir s’asseoir aux pieds de son Seigneur et écou­ter sa parole pour se laisser instruire. Il découvrira alors combien il ne s’agit pas d’abord d’un savoir mais d’une vie qui progressivement prend corps en lui. La Parole de Dieu est vraiment une semence de vie divine d’où sa fécondité divine dès qu’elle est écoutée et accueillie dans un cour humble et ouvert. Un baptisé qui ainsi se nourrira chaque jour de la Parole entrera dans une intimité toujours plus grande avec son Seigneur. Il en viendra à ne faire plus qu’un avec lui et à rayon­ner sa présence dans sa vie quotidienne.

Les Actes nous en présentent alors un premier exemple merveilleux dans la personne du diacre Étienne : “Il était plein de la grâce et de la puissance de Dieu, accomplissant parmi le peuple des prodiges et des signes éclatants” (Ac 6, 8). Dieu est à l’oeuvre à travers lui. Il n’agit pas de sa propre autorité, mais il s’est laissé habiter par Dieu et il est devenu son serviteur, son collaborateur, témoin de sa présence et de sa puissance au cour de notre monde. Un jour, il est pris à parti par une foule nombreuse venue des quatre coins du monde, “mais sans pouvoir tenir tête à la sagesse et à l’Esprit Saint qui inspiraient ses paroles” (Ac 6, 10). L’Esprit Saint, lui-même, comme Jésus l’avait promis à ses disciples, inspire à Étienne ce qu’il doit dire. Ses opposants vont alors soudoyer des hommes qui porteront de faux témoignages et permettront l’arrestation d’Étienne et sa comparution devant le grand conseil. Les faux témoins s’avancent, tout le grand conseil observe Étienne dont le visage est rayonnant comme celui d’un ange, illuminé par celui qui l’habite et qui est la lumière du monde.

Étienne, pour répondre aux accusations portées contre lui, nous donne toute une catéchèse fondée sur une relecture de l’histoire sainte. Il rappelle tout d’abord comment Dieu a appelé Abraham à quitter son pays et sa famille pour aller dans le pays que Dieu lui montrerait. Cet appel, chacun de nous est appelé à l’entendre et à y répondre en acceptant de quitter ses habitudes de vie pour se laisser conduire par Dieu. En effet, Dieu a un merveilleux projet d’amour pour chacun de nous et il nous invite à lui faire confiance et à nous laisser conduire par lui sur ce chemin de Vie.

Étienne rappelle ensuite comment la descendance d’Abraham devait habiter en terre étrangère mais Dieu veillait sur ses enfants pour qu’ils ne manquent de rien. Nous aussi, nous habitons en terre étrangère, notre véritable cité est le ciel. Nous sommes des pèlerins ici-bas et Dieu nous invite sans cesse à nous mettre en route et il veille sur nous pour que nous ne manquions de rien.
Ensuite, le peuple devint fécond et se multiplia ; les Égyptiens prirent peur et le peuple fut réduit en esclavage. Mais Dieu avait déjà suscité Moïse qui, mystérieusement sauvé des eaux, grandit auprès de Pharaon avant de devoir s’enfuir pour vivre au désert. Là, Dieu lui apparaît et lui dit : “J’ai vu, oui, j’ai vu la misère de mon peuple en Égypte ; j’ai entendu ses gémissements et je suis descendu pour les délivrer.” (Ac 7, 34). Souvent, au coeur de nos problèmes, nous pensons que Dieu est loin, et pourtant, Dieu est tout proche, il ne cesse de voir notre mi­sère, d’entendre nos gémissements et son unique désir est de nous délivrer de tous nos esclavages. Aujourd’hui encore, il veut nous faire sortir de cette terre d’esclavage et nous faire traverser non plus la Mer Rouge mais les eaux du bap­tême pour nous conduire vers la véritable terre promise. Il devra auparavant, comme autrefois, faire notre éducation, nous apprendre à vivre de sa vie et ce sera l’affaire de toute notre vie ici-bas.

Comme le peuple autrefois, nous refusons souvent d’obéir et rêvons de re­trouver la terre de nos esclavages ; comme autrefois, il nous arrive de demander à un nouvel Aaron de nous fabriquer des dieux marchant devant nous, des veaux d’or à notre mesure humaine que nous adorons et en qui nous mettons notre joie. Et pourtant, jamais Dieu ne nous abandonne, au contraire, comme autre­fois, il demeure au milieu de nous ; en Jésus-Christ, il est avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde. Il a scellé sur la Croix une nouvelle alliance, l’eau et le sang ont coulé du côté du Christ ; désormais, nous pouvons vivre de sa Vie !

Et pourtant, Étienne pourrait encore nous dire aujourd’hui : “Homme à la tête dure, votre coeur et vos oreilles ne veulent pas connaître l’Alliance, depuis toujours vous résistez à l’Esprit Saint ; vous êtes bien comme vos Pères !” (Ac 7, 51).

Puissions-nous tous demander cette grâce de ne pas résister à l’Esprit Saint, mais au contraire de l’accueillir pour qu’il ouvre notre coeur, nos oreilles et nous donne de connaître l’Alliance nouvelle et éternelle scellée sur la Croix : par la grâce du baptême et de la confirmation, il nous a été donné de naître de nouveau, de naître à la vie de Dieu ; et à chaque eucharistie, le Seigneur nous donne son corps en nourriture pour nous unir à lui. Sa vie devient ma vie !

Étienne nous a donné son témoignage, il le paiera de sa vie, il sera lapidé, mais auparavant, rempli de l’Esprit Saint, il lui sera donné « de voir la gloire de Dieu et Jésus debout à la droite de Dieu » (Ac 7, 56). Identifié à son Seigneur, il meurt en reprenant les paroles de Jésus en Croix : ““Seigneur Jésus, reçois mon esprit” ; “Seigneur, ne leur compte pas ce péché”” (Ac 7, 59-60). Dans un ultime témoignage, il nous invite à suivre son exemple pour nous laisser à notre tour identifier à Jésus.

+ Jean-Pierre Cattenoz
Mai 2004