Messe chrismale 2006

13 avril 2006

Homélie

En cette fête du sacerdoce, avec mes frères prêtres, je voudrais me souvenir de l’appel du Seigneur, de son amour.

Comme avec Simon et André, Jacques et Jean, un jour, il a posé son regard sur nous, et nous a dit : “Viens-toi aussi à ma suite et je ferai de toi un pécheur d’homme”. Un regard, une parole et ma vie en fut transformée.

Comme avec Lévi, un jour il m’a dit : “Viens !” Et il m’a invité à sa table en me disant : “Je ne suis pas venu appeler les justes mais les pécheurs.

Comme pour les deux disciples de Jean le Baptiste, un jour je lui ai dit : “Maître, où demeures-tu ?” et il m’a répondu : “Viens et vois !” Je suis venu et je suis resté avec lui.

Comme dans l’évangile de Marc, un jour il m’a choisi et appelé et je suis venu auprès de lui. Alors, en même temps que les autres disciples, il m’a façonné pour être avec lui et pour m’envoyer prêcher.

Comme aux apôtres, un jour Jésus m’a posé la question : “Pour toi, qui suis-je ?” m’obligeant à creuser tous les liens qui m’unissent à lui.

Comme les apôtres, au soir de la Cène, j’entendrai le Seigneur nous dire : “Prenez et mangez, ceci est mon corps ; prenez et buvez, ceci est mon sang, le sang de l’alliance !” Et cette alliance, nous en sommes devenus les ministres car le Seigneur nous a dit : “Faites cela en mémoire de moi”.

Avec le disciple bien-aimé, aujourd’hui, je peux m’asseoir à côté de Jésus, me pencher sur sa poitrine pour entendre battre le cœur de Dieu. Demain, je pourrai venir jusqu’au pied de la Croix pour entendre Jésus me dire en regardant Marie : “Voici ta mère !” Et comme lui, je pourrai prendre Marie chez moi.

Comme Pierre et les autres, je me sais bien capable de l’abandonner et de ne rien comprendre devant ce Christ devenu une loque humaine abandonnée de tous : “Non, je ne sais pas de qui tu parles !” Alors comme Pierre, il me restera à pleurer amèrement après le chant du coq.

Avec Pierre et le disciple bien-aimé, je pourrai courir vers le tombeau vide pour à mon tour voir et croire !

Au soir de Pâques, Jésus ressuscité nous redira : “La paix soit avec vous”, il soufflera sur nous et nous donnera son Esprit Saint pour que nous puissions faire toutes choses nouvelles : “De l’or, de l’argent, je n’en ai pas, mais ce que j’ai, je te le donne, au nom de Jésus-Christ lève-toi et marche !

Enfin, au bord du lac, comme avec Pierre, Jésus me pose de nouveau la question aujourd’hui et par trois fois : M’aimes-tu ? M’aimes-tu d’amitié ? Alors il me dira : “Sois le berger de mes brebis, de mes agneaux !

Maintenant, avec mes frères diacres, je voudrais faire mémoire du geste de Jésus lavant les pieds de ses disciples, celui qui voudra être grand se fera le serviteur de tous.

Avec eux encore, je voudrais entendre Jésus nous donner l’unique commandement de l’amour : “Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés.” Saint Jean ne nous dit rien de la célébration de la Cène ou plus exactement, il nous en livre les fruits à travers le double don de l’appel au service et du commandement de l’amour.

Enfin, avec vous tous, je voudrais faire mémoire de la source qui coule de dessous le côté droit du temple. Le soldat romain d’un coup de lance a brisé le mur du Temple saint et il en sortit de l’eau et du sang, l’eau symbole du baptême, le sang symbole de l’eucharistie, le baptême et l’eucharistie, les sacrements qui nous donnent la vie.

Avec vous tous, je voudrais faire mémoire de la vie baptismale qui continue à déployer en nous toutes ses richesses divines pour nous faire enfant de Dieu : oui, vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ !

Avec vous tous, je voudrais faire mémoire de l’eucharistie où il nous est donné de communier au corps du Christ pour communier au corps du Christ dont nous sommes les membres. Impossible de communier au corps du Christ sans me sentir solidaire de tous mes frères.

Avec vous tous, je voudrais faire mémoire de l’instant où le Christ, inclinant la tête “donna” l’Esprit. L’Esprit qui planait sur le tohu-bohu primitif pour être le maître d’œuvre de la Création est le premier fruit de la Pâque pour devenir le maître d’œuvre de la nouvelle Création, de l’Église !

Avec vous tous, je voudrais faire mémoire du jeune homme vêtu d’un drap qui laissant le drap s’en alla tout nu, en lui tous les catéchumènes se reconnaissent, ils vont descendre nus dans les piscines baptismales, le vieil homme y sera mis à mort, mais c’est le Christ qui donnera sa vie et ensuite sera enseveli dans le drap dont était revêtu le catéchumène : il a pris sur lui nos infirmités et s’est chargé de nos maladies.

Avec vous tous, je voudrais faire mémoire du jeune homme vêtu d’une robe blanche du matin de Pâque. En lui, nous tous les baptisés nous nous reconnaissons. Les femmes ne diront rien à personne, mais cela est sans importance car désormais le message de Pâque nous est confié à tous : “Vous cherchez Jésus, le crucifié, il n’est pas ici, il est vivant, il vous précède dans la Galilée de vos vies quotidiennes, c’est là que vous le rencontrerez comme il vous l’a dit.

Avec vous tous, je voudrais faire mémoire des premiers mots du Christ en entrant dans le monde : “Tu n’as voulu ni sacrifice ni holocauste, alors j’ai dit : je viens, ô Père, pour faire ta volonté.

Avec vous tous enfin, je voudrais faire mémoire des dernières paroles de celui qui avait à manger une nourriture que nous ne connaissions pas, sa nourriture était de faire la volonté du Père, de Celui qui l’avait envoyé : “Tout est accompli”. Le roi a été intronisé, l’homme a été révélé, “Ecce homo !” et chacun de nous peut dire en toute vérité : “Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi, ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi”. C’est l’Amour seul qui compte. Amen.

+ Mgr Jean-Pierre CATTENOZ
13 avril 2006