Nos cimetières sont en fêtes !

1er novembre 2006

Mot de l’évêque - Église d’Avignon n°23 - Novembre 2006

Depuis plusieurs jours, nos cimetières se préparent aux célébrations de la fête de Toussaint et de celle des Défunts. La plupart des tombes sont nettoyées et fleuries. Certaines restent à l’écart car les dates sur la pierre sont entrées dans l’oubli.

Les chrysanthèmes, à leur manière, par-delà le souvenir des vivants à l’égard de leurs morts, nous rappellent que la vie est plus forte que la mort. Leurs couleurs nous rappellent la beauté de la création et sa richesse. Le chapelet à la main, je chemine dans une allée ; je ne peux m’empêcher de penser à tous ceux dont le corps repose ici, à tout ce qu’ils ont vécu de beau, à toutes les merveilles que Dieu a fait à travers eux. Je pense également à tout le mal qui a habité leur vie, mais les croix qui se dressent vers le ciel sont là pour me rappeler que Dieu a tant aimé le monde qu’il lui a donné son Fils unique, son Bien-aimé ! Alors je perçois cette miséricorde qui ne cesse de couler du cœur transpercé de mon Sauveur pour venir me guérir, me libérer, me sauver aujourd’hui encore.

Dans notre monde qui parle tant de solidarité, je ne peux m’empêcher de penser à cette immense solidarité qui unit toute la création et toutes les générations. Je perçois la foule immense des anges, créatures toutes spirituelles, d’une richesse et d’une grandeur inouïe. Ils sont là tout proches de nous, solidaires de nous, toujours prêts à nous aider et à nous prendre par la main pour nous faire grandir et nous permettre de réaliser le désir de Dieu : faire de chacun de nous ses amis.

Je réalise combien le projet de Dieu est grand et merveilleux : toute la création matérielle, tous les univers ont été voulu pour préparer la venue de l’homme qui le premier parmi les créatures matérielles pourra enfin s’ouvrir à Dieu dans une relation de personne à personne et devenir son ami.

Tout en cheminant, je revois Jésus au désert, il est là entouré des bêtes sauvages et des anges qui le servent. Voilà enfin le nouvel Adam entouré de la création spirituelle et du monde matériel, l’un et l’autre à son service, au service de son Corps qui est l’Église. Alors je perçois toutes les solidarités qui unissent toutes les créatures autour du Christ, autour de Jésus. Cette solidarité nous unit tous, vivants et morts ou plus exactement nous qui sommes des apprentis de la vie et la foule immense de ceux qui ont lavé leur robe dans le sang de l’Agneau. Ils ont revêtu le Christ, ils ont laissé l’Esprit déployer en eux toute la richesse de la vie baptismale et maintenant, vivants auprès de Dieu, ce sont eux les vivants !

Je ne peux m’empêcher de penser à ma grand-mère paternelle, à mon grand oncle l’abbé, au Cardinal Journet, mon premier professeur de théologie, mais aussi à ces cadavres aperçus ce soir à la télévision, à toutes les victimes quotidiennes à Bagdad et partout à travers le monde. J’aperçois la Croix de Jésus une nouvelle fois, il est là les bras étendus, il porte le monde, il est entouré de la foule immense des saints qui achèvent dans leur corps ce qui manque aux souffrances du Christ pour son Corps qui est l’Église, tous ces saints cachés qui vivent au milieu de nous et qui mystérieusement participent au salut du monde.

Mais auprès de lui, je perçois également la présence de tous les saints du ciel et de tous les anges. Ils sont l à solidaires de l’unique sacrifice qui sauve le monde et nous redonne la vie. Tous sont l à, il n’en manque aucun et mystérieusement des liens se tissent entre le ciel et la terre, entre l’Église du ciel et celle de la terre. Ils se réjouissent d’accueillir tous ceux qui enfin émergent à la vie véritable ; ils intercèdent pour nous, nous ne les connaissons pas et pourtant nous serons émerveillés le jour où il nous sera donné de percevoir tous ceux et celles qui nous aurons aidés tout au long de notre apprentissage de la vie véritable. Ne croyez pas qu’il y aura de la jalousie au ciel. Les grands saints sauront bien que leur sainteté, ils la doivent à tel ou tel saint tout petit et caché qui les aura portés au moment critique où ils en avaient tant besoin. De leur côté, les saints les plus humbles se réjouiront d’avoir ainsi pu contribuer à la sainteté d’un saint François ou d’un saint Dominique. Tous seront parfaitement unis et la prière de Jésus sera parfaitement accomplie : “Que tous soient un comme nous sommes un, toi en moi et moi en eux”.

En ces jours de Toussaint, n’ayons pas peur de tourner nos yeux vers le ciel pour y découvrir émerveillés tous ces liens de charité qui nous unissent concrètement les uns aux autres par-delà la mort au cœur même de toute la création. N’ayons pas peur de découvrir tous les liens qui nous unissent à tous ceux de nos familles déjà entrés dans leur éternité. N’ayons pas peur de découvrir tous les liens qui nous unissent à nos frères aînés les anges ; n’ayons pas peur de les tirer par la manche pour leur demander leur aide. Alors, ensemble nous grandirons et l’Église sera belle de la beauté de Dieu et nous pourrons devenir chacun l’ami de Dieu, quelle merveille.

+ Mgr Jean-Pierre CATTENOZ
novembre 2006