Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ?

avril 2004

Au matin de Pâque, les femmes s’en allaient au tombeau pleurer Jésus, mais elles trouvent la pierre roulée et le tombeau vide. Elles sont désemparées et ne savent que penser : le corps du Seigneur a disparu. Or voici que deux hommes se présentent à elles ; ils ont, nous dit Saint Luc, un vêtement éblouissant. Nous n’en saurons pas plus sur leur identité. Pour l’évangéliste, le plus important n’est pas là, il est dans le message donné aux femmes : “pourquoi chercher le Vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici, il est ressuscité.

Leur question demeure toujours d’actualité : beaucoup de chrétiens, même parmi les pratiquants ne sont pas au clair sur le mystère de la Résurrection. Pour certains, Jésus est mort, mais est-il vraiment ressuscité, le doute subsiste ; pour d’autres, oui il est ressuscité mais il est monté au ciel et donc il n’est plus vraiment présent au milieu de nous ; d’ailleurs souvent on le prie mais il ne nous entend pas, il ne nous écoute pas !

Or, que disent ces deux hommes : Il n’est pas ici, il est le Vivant, pourquoi donc le chercher parmi les morts ! Ils se contentent de rappeler ensuite les paroles mêmes par lesquelles Jésus avait annoncé le Mystère de Pâque : “Il faut que le Fils de l’homme soit livré aux mains des pécheurs, qu’il soit crucifié et que, le troi­sième jour, il ressuscite.” Jésus est passé par la mort, mais il est le Vivant !

Les femmes s’en vont raconter tout cela aux disciples mais le résultat n’est pas brillant : “ces propos leur semblaient délirants et ils ne les croyaient pas.” Les choses n’ont guère changé. Aujourd’hui encore, si vous parlez de Jésus vivant aujourd’hui, bien des gens risquent de vous prendre pour un farfelu ! En réalité, Saint Luc veut nous montrer quelle pédagogie Jésus lui-même met en œuvre pour nous aider à entrer dans le Mystère de sa résurrection et il nous le dit dans le ré­cit qui suit : l’histoire des disciples d’Emmaüs.
Deux hommes s’en vont tout tristes, ils avaient cru en Jésus, ils l’avaient suivi sur les chemins de Galilée, ils avaient entendu son enseignement et ils avaient été pris par la lumière et la force de sa parole : enfin, ils comprenaient le sens de leur vie, un chemin nouveau s’ouvrait devant eux, un chemin plein d’espérance. Mais voilà que tout s’était terminé de façon dramatique, il avait été arrêté, condamné et exécuté comme un moins que rien sur une Croix à la veille de la fête de la Pâque.

Jésus lui-même s’approche et il marche auprès d’eux, mais ils ne le recon­naissent pas. Aujourd’hui encore, il ne cesse de nous rejoindre dans nos vies quotidiennes et il marche à nos côtés, il fait route auprès de nous, dans le silence, mais il est là ! Ensuite, il prend la parole et interroge : “Mais de quoi parliez-vous tout en marchant ?” Jésus nous rejoint au cœur de notre histoire, il nous invite à lui dire tout ce qui habite notre cœur et il nous laisse parler, ra­conter nos joies, nos tristesses, nos espérances ou nos désespérances, il écoute, il accueille. Progressivement, notre cœur s’ouvre, se livre, se met dans la vérité exactement comme Cléophas et l’autre disciple en route vers Emmaüs, ils livrent à Jésus toute leur souffrance devant les événements qui viennent de se produire.

Jésus continue, avec toute sa pédagogie divine il reprend l’initiative en par­tant de ce que viennent de lui partager les deux disciples. Il repart pratiquement des paroles des deux hommes aux femmes devant le tombeau vide : “Ne fallait-il pas que le Messie souffrît tout cela pour entrer dans la gloire ?” Le pas­sage par la croix, la souffrance et la mort est vital pour entrer dans la gloire. Et Jésus prend le temps de relire avec eux la Parole de Dieu pour les aider à entrer dans l’intelligence des Écritures et découvrir en elles tout ce qui les concernait. Jésus nous montre le chemin, il nous invite après avoir livré notre coeur et tout ce qui l’habite, à ouvrir nos Bibles et à le laisser lui-même nous aider à entrer dans la vérité de sa Parole qui devient vie sous nos yeux pendant que notre coeur est tout brûlant tandis qu’il nous explique les Écritures.

Mais déjà les disciples sont sur le point d’arriver à Emmaüs et ils essaient de garder avec eux ce mystérieux voyageur qui chemine avec eux depuis déjà un moment. Eux aussi, ils ont le cœur brûlant et ils souhaitent le garder auprès d’eux : “Reste avec nous !” Et Jésus accepte, il accepte toujours de rester avec nous. Il entre et prend place auprès de nous. Il est là à table avec nous, nous près de lui et lui près de nous. Il prend le pain, mais voilà que de nouveau les événements s’accélèrent : à peine a-t-il dit la bénédiction, il a rompu le pain et l’a distribué, immédiatement, leurs yeux s’ouvrent, ils le reconnaissent : c’est lui ! Mais il dis­parut à leur regard.

En fait, désormais, ils n’ont plus besoin de le voir avec leurs yeux de chair, il leur a révélé sa présence dans sa Parole et dans le pain partagé, dans l’eucharis­tie ! Il est là, il est vraiment là. Il est vivant dans sa parole : dès que j’ouvre ma Bible, mon Nouveau Testament, mon Évangile, je suis là auprès de lui et je peux me réjouir à l’écouter, à accueillir sa parole qui vient habiter ma vie pour y porter du fruit. Il est là dans l’eucharistie, chaque fois que je m’approche pour communier, il est là vivant pour faire de moi un vivant en lui, un vivant de sa vie divine qu’il me donne pour m’unir à lui.

Oui, il est vraiment le Vivant et il nous invite tous à nous laisser rejoindre par lui, à faire route avec lui sur le chemin de nos vies. Avec toute sa délicatesse et sa puissance divine, il se révélera à nous et nous le verrons vivant dans nos vies à travers sa Parole et à travers l’Eucharistie, et nous pourrons aller le dire à tous : il est le Vivant, pourquoi le chercher parmi les morts ?

+ Jean-Pierre Cattenoz
Avril 2004