’’Ce que j’ai, je te le donne !’’

novembre 2003

Nous sommes à l’heure de la prière, à la porte du Temple, Pierre et Jean arrivent au moment justement où on installe un handicapé de naissance, un homme paralysé qui habituellement mendie ici auprès de ceux qui viennent prier. Cette situation, nous la vivons quotidiennement, non seulement aux portes de nos églises, mais encore dans chacune de nos rencontres avec les paralysés de la vie, avec tous ceux qui n’arrivent plus à avancer, qui ne savent plus où ils en sont, avec une humanité déboussolée, en recherche de sens à sa vie.

D’un côté, deux hommes rayonnants de la puissance de l’Esprit Saint qui vient de transformer leur vie, deux hommes qui n’ont plus qu’une seule raison d’être à leur vie : témoigner de Jésus vivant et agissant dans leur vie, annoncer sa Parole, répandre son amour. Tout le reste est désormais au service de cette unique mission. De l’autre, un homme, assis à la porte du Temple, il est là, paralysé ; sa vie se résume à faire la manche pour survivre, sa vie n’a plus d’autre horizon.

Terrible face à face, des regards se croisent, se rencontrent, se mesurent : d’un côté le regard fatigué d’un mendiant, il voit ces hommes qui, comme tant d’autres, vont passer en l’ignorant pour aller prier, un regard fuyant qui voudrait ne pas voir - on ne peut pas donner à tous les mendiants -. De l’autre, le regard de Pierre, il s’arrête et fixe cet homme ; Pierre et Jean n’ont d’yeux que pour cet homme, cet homme qui gît là, à terre, dans sa misère et sa pauvreté, dans son humanité qui n’a plus de sens. A travers ce regard de Pierre et de Jean, n’est-ce pas le regard de Jésus qui continue à se poser sur l’homme sur tout homme pour lui redonner vie.

Le face à face continue, Pierre prend l’initiative, il invite l’homme à fixer son regard sur eux ; en réponse, le mendiant les observe, il s’attend à recevoir d’eux quelque chose puisqu’ils se sont arrêtés. Que vont-ils lui donner ? Qu’allons-nous donner à nos frères ? Avons-nous quelque chose à leur donner ?

Mais écoutons Pierre prendre la parole et recevons ces mots de feu, laissons-les descendre en nous : “Je n’ai pas d’or ni d’argent ; mais ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus-Christ, le Nazaréen, lève-toi et marche.” La parole s’accompagne d’un geste : “Le prenant par la main droite, il le releva”. Ce que j’ai, je te le donne ! Ma véritable richesse, ce n’est pas de l’or, ce n’est pas de l’argent, ma véritable richesse c’est Jésus-Christ, mon Seigneur. Non seulement il a changé ma vie, mais il brûle en moi pour aller rejoindre tous mes frères et changer leur vie à tous.

Et Pierre sait de quoi, de qui il parle ; il y a seulement quelques semaines il a renié Jésus avant de s’effondrer, en larmes, mais depuis, il a vu le tombeau vide, Jésus a soufflé sur lui pour lui donner son Esprit Saint, Jésus enfin, par trois fois, lui a demandé : “Pierre, m’aimes-tu ?” Désormais, il ne pourra plus s’y tromper, sa force, il ne la puisera plus en lui-même, mais en celui qui désormais l’habite : Jésus vivant en lui dans la puissance de l’Esprit !

Ces paroles de Pierre ont gardé pour nous toute leur actualité et elles nous obligent tous à nous interroger : notre véritable richesse, où est-elle ? Ou plus exactement, qui est-elle ? Jésus est-il vraiment le coeur de notre vie, le tout de notre vie ? Il est bon de réentendre ces paroles et ces questions. Aurions-nous, avons-nous l’audace de dire à nos frères et soeurs les hommes : “De l’or et de l’argent, je n’en ai pas ! Mais ce que j’ai, je te le donne au nom de Jésus-Christ lève-toi et marche !” Notre humanité a-t-elle besoin d’or ou d’argent ; n’a-t-elle pas besoin avant tout de découvrir celui qui seul pourra donner un sens à sa vie, à nos vies ?

D’ailleurs, que fait le mendiant à la porte du Temple ? Pierre vient de le relever, non seulement les Actes nous le disent : d’un bond, il fut debout et il marchait ; mais ils ajoutent : “Il entra avec eux dans le Temple, il marchait, bondissait et louait Dieu.” Désormais, non seulement il sera un homme debout, mais la prière habitera sa vie, la louange en sera le coeur, lui aussi ne cessera de chanter les merveilles de Dieu.
Ne gardons pas pour nous ce trésor qui nous habite, n’ayons pas peur, à notre tour allons dire à tous nos frères : “Ce que j’ai, je te le donne, au nom de Jésus-Christ, lève-toi et marche !

+ Jean-Pierre Cattenoz
Novembre 2003