Comment rester indifférent ?

4 juin 2009

Mot de l’évêque - Eglise d’Avignon n°50 - Juin 2009

Comment rester indifférent devant la crise ? Chaque
jour, les journaux nous apportent leur lot de fermetures
d’usines avec la perte de centaines d’emplois.
Bien sûr, ce ne sont que des chiffres, mais derrière
eux se cachent des hommes et des femmes touchés dans leur
être le plus profond, dans leur dignité humaine. Chacun était
heureux d’avoir pu fonder une famille, acquérir une maison,
chacun était heureux de pouvoir assurer la vie de sa famille
et l’éducation de ses enfants, mais voilà, la boîte ferme et
les laisse sur le carreau. Ils ne sont plus rien et ils ne savent
plus ce qu’ils vont devenir. Combien poussent la porte de leur
médecin de famille pour chercher un réconfort, pour chercher
comment ne pas se laisser aller dans une dépression bien
compréhensible car ils ont perdu non seulement leur emploi,
mais leur dignité, comment en parler aux enfants, à la famille ?
En quelques heures leur vie a basculé dans la nuit la plus
noire, dans le désespoir.

Comment ne pas être révolté en apprenant la proposition faite
à des salariés de retrouver un emploi dans le même groupe,
mais en Inde pour un salaire indien, justement là où le groupe
se délocalise pour produire à moindre coût ? Comment ne
pas se révolter devant l’utilisation dans tous ces pays d’une
main d’oeuvre à bon marché, exploitée sans que personne
ne réagisse, politique oblige ? Comment ne pas rester sceptique
devant les plans de sauvegarde qui arrivent à dégager
des centaines de milliards d’euros ou de dollars pour éviter
la catastrophe du système bancaire ou de grands groupes
d’automobiles. Mais où va ce monde où l’argent est devenu
tout puissant et où, dans le même temps, les économistes ont
perdu les clefs d’une saine gestion de notre planète ?

En même temps, au lendemain de la résurrection, je sais que
Jésus est vivant et qu’il me précède dans la Galilée de ma vie
quotidienne, là je peux le rencontrer. Je dois vivre dans un
monde à la fois douloureux et merveilleux, douloureux parce
qu’il a perdu le nord et merveilleux parce qu’habité par Dieu,
aimé par le Christ et travaillé par l’Esprit. Cette tension m’atteint
au plus profond de ma chair comme s’il m’était donné de
revivre le mystère du calvaire. D’un côté, je porte dans ma
chair la souffrance des licenciés de chez Kerry ou des Papeteries
de Malaucène, la souffrance de tous ceux qui se sentent
sans avenir, la peur du lendemain qui pèse lourdement sur le
coeur de pères ou de mères de famille. De l’autre, dans la nuit
de ce monde, je vois apparaître la lumière du cierge pascal
qui progressivement dissipe les ténèbres du péché du monde
et répand sa lumière, la lumière du Christ venant éclairer tout
homme en ce monde.

Attention, nous qui portons en nos coeurs la lumière du Ressuscité,
nous ne pouvons passer indifférents devant la souffrance
de nos contemporains. Nous devons avoir un coeur qui
bat comme celui de Jésus au soir du jeudi saint, un coeur qui
bat au rythme de la miséricorde, aux dimensions de la charité.
Avec Simon de Cyrène, nous devons nous laisser réquisitionner
pour porter à notre tour la croix de Jésus et porter avec lui
le poids du péché du monde. Avec Marie, nous nous devons
d’être là, au pied de la Croix pour communier comme elle,
avec son coeur de mère, à la souffrance qui envahissait le
coeur de son fi ls lourd de toute la souffrance de tous les hommes
de tous les temps. Avec le disciple que Jésus aimait, nous
nous devons d’être là au pied de la Croix pour recueillir l’eau
et le sang qui coulent du côté transpercé du Sauveur, pour
recueillir les sources de la vie, les sources de l’Amour divin qui
continuent à descendre sur notre monde pour le guérir et lui
redonner vie.