Mot de l’évêque

24 avril 2015

RCF, 24 avril 2015

Drame des migrants africains 

Comment ne pas être bouleversé par ce désir des gens du Sud de venir chercher leur survie chez nous, dans le Nord ?
On sent bien qu’on ne peut pas absorber une immigration importante, et en même temps, en tant que chrétiens, nous pouvons nous interroger : que faisons-nous pour aider le Sud à se stabiliser ? Nous avons vendu des armes pendant des années à la Lybie. Que sont devenues nos armes ? Tout l’armement disséminé à travers l’Afrique ne nous revient-il pas comme un boomerang dans la montée de Daech et de l’état islamique en Lybie ? Que faisons-nous face à ce fossé Nord/Sud qui continue à se creuser, alors même que la seule réponse est les armes ? Je souhaite qu’il y ait une réflexion de fond de nos gouvernants européens et une prise de conscience qu’on doit changer de comportement : nous ne pouvons plus dépenser 80% des biens de la planète au détriment de milliards d’hommes qui, eux, n’ont pas accès à ces ressources.

Pour avoir vécu 15 années en Afrique sub-sahélienne, je me dis qu’il faut que nous prenions conscience qu’il faut aider l’Afrique à grandir, car ce sont des pays aux potentiels humains et économiques énormes ; et de le faire d’une autre manière qu’en leur donnant des armes. Nous portons une responsabilité de fraternité. Les premiers mots qu’utilisaient les chrétiens pour dire ce qu’ils étaient, sont : communion et fraternité. Il me semble que dans le rapport Nord/Sud aujourd’hui, nous sommes loin de ces notions de communion et de fraternité.
Comment chacun de nous peut-il se sentir responsable de ce problème majeur du fossé Nord/Sud, dans les années à venir ? Cette industrie de l’armement française est-elle une bonne politique à long terme ? Vendre des rafales ? Mais qu’est-ce que cela veut dire à long ou à moyen terme pour l’équilibre de la planète et pour ce fossé Nord/Sud ?

Bombardements en Syrie

Alors que l’Eglise orthodoxe célébrait la Pâque du vendredi Saint jusqu’au jour de Pâques, et que l’Eglise catholique célébrait le Dimanche de la Miséricorde, la ville antique d’Alep, ville riche de son passé, a été bombardée sans cesse, au point que le patriarche d’Alep a lancé un appel angoissé en disant : « Arrêtez de nous bombarder ; nous ne voulons qu’une seule chose, c’est vivre paisiblement dans la terre de Syrie ; et vous continuez à nous bombarder, à nous tuer, à laisser nos femmes, nos enfants, nos vieillards seuls. Est-ce que nous devons être un peuple, une Eglise qui va disparaître ? Ou avons-nous le droit de vivre en paix sur notre terre de Syrie ? »

Il est étonnant que cet appel du patriarche de Syrie soit resté sans répercussion sur nos médias, de la même manière que ces bombardements n’ont pas été dénoncés. Or, ce sont des bombardements de plusieurs jours qui tombent exactement pendant la Pâque orthodoxe, et le Dimanche de la Miséricorde ; on peut alors s’interroger sur ce « hasard » ou plutôt une volonté de certains courants islamiques pour dire aux chrétiens qu’ils ne veulent plus d’eux en Syrie, ni en Irak, ni ailleurs.

En Syrie, exactions et exécutions se passent dans des conditions horribles, sous le simple prétexte que quelqu’un est chrétien : copte, orthodoxe, protestant, catholique, peu importe. Voilà une cause de mort pour certains courants, qui heureusement ne sont soutenus par l’ensemble de l’Islam, mais qui doivent être dénoncés par tout le monde afin de mettre un terme à ces horreurs et barbaries….qui rejoignent celles de l’Histoire : tout peuple est capable de telles exactions ; il n’en demeure pas moins qu’il faut les dénoncer chaque fois qu’elles arrivent.

Célébrations de Confirmation

La Confirmation est en quelque sorte le deuxième degré du sacrement du Baptême, son achèvement. Il y a 3 sacrements pour devenir chrétien : le Baptême, la Confirmation et l’Eucharistie. Autrefois, ces 3 sacrements étaient donnés à l’âge adulte, dans cet ordre-là, avec l’Eucharistie en dernier, qui était l’union plénière au Christ qui se donne à nous. Aujourd’hui, souvent, les jeunes sont confirmés dans notre diocèse vers l’âge 12, 13, 14ans.
C’est le sacrement par lequel Dieu met en place tout ce qui permettra à l’Esprit Saint d’agir en nous, quand et comme Il voudra.

L’Esprit Saint est l’artisan, le constructeur, l’architecte de l’Eglise et de la propre sainteté de chacun. Il est là pour venir à notre secours, nous aider, et en même temps, c’est vraiment Lui qui réalise le projet créateur de Dieu. Malgré tout ce qui se passe au cœur de notre monde, l’Esprit Saint continue mystérieusement son œuvre d’Amour. Il est l’Amour -même au cœur de Dieu, et cet Amour que le Père nous donne, nous rejoint à travers ce don de l’Esprit, présent dans tous les baptisés, et qui, grâce à la Confirmation va pouvoir agir de manière permanente, quand et comme Il voudra, pour nous aider à grandir dans l’union de notre nature humaine et de notre grâce d’enfant de Dieu : Je suis appelé en même temps à être homme et enfant de Dieu, dans une union très profonde.

Il n’y a pas de limite d’âge pour la Confirmation, car c’est un sacrement tellement important pour qu’on puisse vraiment se laisser conduire, guider et habiter par l’Esprit Saint, que toute personne qui découvre qu’elle n’est pas confirmée, peut en parler à un prêtre. Le prêtre verra comment préparer cette personne pour recevoir ce sacrement. Cette année, par exemple, une dame de 73 ans, malade, a été confirmée. De même, la veille de Pentecôte, dans la nuit, j’aurai l’occasion de confirmer un certain nombre d’adultes de tout âge, personnes qui sont passées à travers ce sacrement, et que l’Esprit Saint rejoint à un moment ou l’autre de leur existence, pour leur permettre de vivre en plénitude leur vie chrétienne afin d’être témoins de l’Amour de Dieu auprès de tous les hommes d’aujourd’hui.

Fin de visite pastorale

Le diocèse a été divisé en 8 doyennés. Chaque année, je visite un doyenné en passant un certain nombre de jours dans chaque paroisse. Je termine le doyenné de Cavaillon, avec les villages de Saumane, Lagnes, Velleron et Fontaine de Vaucluse qui sont plus ou moins rattachés à l’Isle sur Sorgue, mais qui commencent maintenant à former une certaine entité. Je souhaite ainsi rencontrer, dans les villages, le prêtre et les chrétiens et voir avec eux, comment ils vivent leur vie chrétienne, les encourager, et les aider à la vivre encore davantage. Je rencontre aussi les élus, les réalités humaines du village, afin que tout le monde sente bien que l’Eglise s’intéresse à tout ce qui fait la vie des hommes, alors même que, souvent, on essaie de mettre l’Eglise à part en disant que cela relève des questions personnelles de chacun.
Et quand je visite un maire et ses conseillers, je constate qu’ils sont toujours étonnés qu’un évêque vienne les écouter, discuter de la vie du village.
C’est pour moi une très bonne manière de montrer comment nous nous intégrons, nous, Eglise au cœur de la vie du village…avec des sujets qui souvent nous sont bien communs. Les maires, par exemple, nous parlent de leur intercommunalité, et nous, nous parlons de secteurs inter-paroissiaux. Le maire est sollicité par une multitude de demandes, le curé, d’une multitude de manières aussi.

Nous avons tout intérêt à partager ce qui fait les richesses des uns et des autres. On voit aussi des curés et des maires qui se rencontrent, constatant que finalement, ils sont tous au service du village. C’est important qu’on se connaisse et rencontre !