Vous êtes le sel de la terre et la lumière du monde ?

6 novembre 2018

Bloc-Notes, novembre 2018

Autrefois, dans un village ou une paroisse, le curé était reconnu comme une personne importante dans la vie du village, comme l’instituteur ou le secrétaire de mairie, l’Église avait pignon sur rue. Aujourd’hui, en France, les choses ont bien changé. L’Église est devenue une minorité qui est reconnue à la condition de rester dans la sphère du privé et de ne pas intervenir dans les débats de société. La Conférence des évêques de France a publié un document de cent vingt pages pour éclairer le débat sur les prochaines lois de bioéthique, mais avant même que le débat ne commence ce texte est déjà mis de côté sans grand intérêt et le grand public par contre continue de faire les gorges chaudes des affaires de pédophilie qui empoisonnent l’Église. De plus, les dés sont pipés à l’avance : la PMA est déjà acceptée et la GPA suivra inexorablement !

La société nous invite sans cesse à la tolérance et en même temps, ceux qui prêchent la tolérance deviennent totalement intolérants dès que quelqu’un défend un point de vue qui n’est pas le leur, j’en ai fait l’expérience. Dans un tel contexte, comment être lumière du monde et sel de la terre dans notre société telle qu’elle est ?

La manière de faire de saint Jean-Paul est pour nous un chemin de lumière : il était toujours accueillant et à l’écoute de ce que vivaient ses interlocuteurs. Tous ceux qui l’approchaient en faisaient l’expérience et se sentaient aimés tels qu’ils étaient, sans jamais être jugés. La manière de Jean-Paul II était de faire route avec les jeunes, il les comprenait, il aimait être au milieu d’eux, il se réjouissait de leur dynamisme, sans jamais souligner les contradictions qui traversaient cette jeunesse, contradictions dont il n’était pas dupe. En même temps, il leur montrait toujours la lumière qui éclairait pour lui le terme du chemin, la lumière du Christ et il vivait lui-même ce qu’il disait.

Il nous est arrivé à tous d’approcher des chrétiens qui rayonnaient la présence de Celui qui les habitaient. Ils sont tout pleins de Jésus et cette présence irradie tout leur être. De plus, ils sont totalement investis dans l’instant qui passe et de ce fait totalement disponibles pour accueillir, écouter et communier profondément avec l’autre ou les autres. Ils ne vivent ni dans le passé ni dans l’avenir, ils sont pleinement engagés dans l’instant présent et de ce fait, ils rayonnent la présence de Dieu, l’éternel présent. Vivant de la présence vivante du Seigneur ressuscité, vivant au souffle d’amour de l’Esprit Saint, ils savent que le Seigneur est « le Chemin, la vérité et la vie » (Jn 14, 6) et ils nous entraînent avec eux dans cette suite du Christ.

Si nous voulons aujourd’hui encore, être le sel de la terre et la lumière du monde, nous avons à nous dégager de nous-même, à nous désapproprier de tout l’avoir dans lequel nous sommes englués pour accueillir le Christ, nous laisser transfigurer en lui jusqu’à ne faire qu’un en lui, il nous donnera de devenir en lui les enfants bien-aimés du Père, par adoption dans le Fils Bien-aimé du Père et nous recevrons tout du Père d’instant en instant comme des enfants. Alors, le Christ lui-même, lui la lumière du monde rayonnera à travers nous, sa présence irradiera autour de nous l’amour de l’Esprit Saint et nous serons présence du Christ, ambassadeurs du Christ jusque dans les plus petites choses de notre vie quotidienne.

Le pape François, quand il nous a reçu durant le voyage des politiques de la Province à Rome, a fait distribuer à chacun le discours qui était prévu et a pris le temps de rencontrer chacun personnellement avec un sourire merveilleux et une authentique écoute, et pourtant nous étions presque 130 personnes. Tout le monde, même les plus réticents ont été touchés, bouleversés par un tel accueil rayonnant de joie et d’une telle profondeur.

Nous allons fêter tous nos frères les saints, les saints de nos familles, les saints les plus anonymes comme les plus grands saints, les saints de notre terre de Provence et ceux qui à travers le monde entier se sont laissés habiter par le Christ. Leur point commun n’est pas dans ce qu’ils auraient pu faire d’extraordinaire, il est tout simplement dans le fait qu’ils ont laissé l’Esprit Saint déployer en eux la grâce de leur baptême et de leur confirmation, ils se sont nourris de l’eucharistie jusqu’à devenir Celui qu’il recevait. Ils ont laissé la Parole de Dieu prendre vie, prendre corps en eux. Les uns sont devenus de grands saints, d’autres des petits saints, mais il n’y aura pas de jalousie au ciel car les petits saints se réjouissent d’avoir aidé un grand saint le jour où il en avait besoin et les grands saints se réjouissent devant les petits saints qui leur sont venus en aide quand ils en avaient besoin. Désormais, tous forment l’Église du Ciel, mais restent attentifs à tout ce qui se passe ici-bas pour nous aider à prendre à notre tour le chemin de la vie.

La solidarité est une grande réalité entre nous et tous les saints et tous les anges, n’ayons pas peur de les tirer par la manche pour qu’ils nous montrent ce chemin de vie par lequel nous serons lumière du monde et sel de la terre au cœur de notre société d’aujourd’hui telle qu’elle est.
 

+ Jean-Pierre Cattenoz